Les jeux vidéo parlent de santé et de handicap : Partie 3.4Capsule Technique

LES JEUX VIDÉO PARLENT DE SANTÉ ET DE HANDICAP :
Partie 3.4 : les jeux vidéo pour la recherche scientifique
[La série d’article que vous lisez se découpe en plusieurs parties, en voici le sommaire avec les renvoi vers les articles :
Introduction : le jeu vidéo est un média sérieux
Partie 1 : les jeux grand public
Partie 2 : les jeux d’apprentissage pour les patients
Partie 3 : les jeux vidéo pour la recherche scientifique
3.1 : Foldit
3.2 : Genes in Space
3.3 : VR Institute of Health and Exercise
3.4 : vous êtes ici
Conclusion : le jeu vidéo comme objet à usage multiple]
III.4 LES JEUX VIDÉO POUR LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE : LE JEU VIDÉO EN MÉDIA ET OUTIL SÉRIEUX
- L’Institut Max Planck pour la science de l’histoire humaine, proposait en 2022 une application ludique appelé Glyph, qui devait durer 6 mois : le but du jeu est de proposer des classements, des règles descriptives et des catégories sur les ensembles de lettres des langues du monde, proposés par le jeu. L’équipe de chercheurs travaillant en sciences cognitives est dirigé par Yoolim Kim et Olivier Morin et présentaient en ces termes leur idée de base :
La science sait proposer des classifications pour classer les choses. Les chimistes ont le tableau des éléments, les biologistes ont le système des espèces – il existe même des règles pour ranger les Pokémon ! Mais il n’y a rien de tel pour les lettres. Pour certaines écritures, oui, mais pas pour toutes les lettres du monde. Et pour changer cela, nous souhaitons solliciter l’aide du public.
Une présentation de 2022 plus complète du projet est à lire sur le site de l’Université PSL (Paris Sciences et Lettres) co-directrice de ces recherches : à retrouver ICI. Et une synthèse est publiée en avril 2025 dans un journal scientifique en libre accès à lire ICI (en anglais). En résumé, les chercheurs, après l’exploitation de données des 1683 participants à l’application qui ont donné 19 591 règles binaires de classifications, se sont accordé pour avoir suffisamment de caractéristiques (comprendre : des règles binaires oui/non) pour décrire chaque lettre des 43 écritures qu’ils ont. Par rapport aux phonèmes qui sont largement étudiées, le dessin des lettres a besoin de beaucoup plus de caractéristiques pour distinguer deux lettres entre elles. Ainsi le travail de ces chercheurs à l’appui des participants de Glyph proposent un nombre de règles réduit au plus précis et essentiel possible pour arriver au résultat de distinguer deux écritures différentes. Une bonne observation finale est ainsi donné : les caractéristiques des dessins comportent moins d’information chacune que les règles des phonèmes. Enfin, l’étude se heurte à une incapacité malgré les tentatives d’établir des règles valables universellement dans l’écriture des lettres, mais elle a aidé à voir plus clairement les possibilités de classifications.
Cet exemple est important pour l’idée de montrer que le jeu vidéo permet d’aider sur des calculs de masse. La mise en commun du travail d’une multitude de cerveaux est essentielle pour beaucoup de recherches scientifiques et l’application jeu vidéo est un outil possible pour produire cela. Egalement, l’application Glyph est un exemple étonnant car sur un sujet hyper spécialisé comme ici (une classification des manières de construire et dessiner des lettres dans tous les systèmes d’écriture du monde), rare sont les personnes qui se diraient naturellement : « faisons un jeu vidéo là-dessus !« . Et pourtant, d’une part certaines personnes commencent à y penser et d’autre part quelques jeux vidéo attestent de la faisabilité de faire un jeu à propos de tout et sur tous les sujets.
Le jeu Glyph nous paraissait intéressant à montrer dans cette liste, bien que le sujet de la recherche dont il est question n’est pas la recherche médicale, pour justement faire une ouverture sur tous les autres sujets de recherche scientifique sur lesquels le jeu vidéo peut se greffer.
Pour finir l’article et notre troisième grande partie, revenons en quelques lignes sur le principe du crowdsourcing, la science participative. Un article fait très bien le tour du sujet, plus vaste que son seul lien avec les jeux vidéo : « Qu’est-ce que le crowdsourcing ? » sur IdeaScale. Le principe de faire appel à la « foule » pour aider sur un projet, pour résoudre un problème, est en vogue avec internet. La plateforme Wikipedia est sans doute le meilleur exemple de science participative et montre de plus que ce n’est pas née hier, puisque sa création date de 2001. La marque LEGO l’utilise également, avec LEGO Ideas, dont le principe est que tout le monde peut soumettre des idées de concepts et le vote des autres utilisateurs fait sortir du lot les futurs modèles commercialisés.

Image de Project Discovery: Human Protein Atlas, mini jeu intégré dans Eve Online (jeu MMO sorti en 2003), où les joueurs participent à la reconnaissance de structures cellulaires pour l’Université de Reykjavik.
En ce qui concerne les jeux vidéo et les possibilités de jouer pour aider la science, les exemples ne manquent pas :
- zooniverse.org, dont les mots d’inspirations sont « Tout le monde peut être chercheur » et « Nous accélérons les recherches importantes en travaillant ensemble« , est une plateforme qui propose de faciliter les liens entre les équipes de recherche qui doivent analyser une masse de données et des volontaires ;
- ou bien des équipes de concepteurs comme MMOS (Massively Multiplayer Online Science), celle qui a travaillé sur le mini-jeu Science Intergalactique dans Borderlands 3, qui vont œuvrer entre une équipe de chercheurs et une équipe de développeurs d’un jeu vidéo pour intégrer les heures passés dans les jeux en heures de jeux pour la science. Outre Borderlands 3, ils ont travaillé sur Eve online.
Espérons simplement que ces initiatives de un, continuent à trouver des joueurs volontaires à aider la recherche et de deux, continuent à donner des résultats utiles et vitaux aux projets de recherche qui améliorent la connaissance scientifique fondamentale.




