TEST VIEW
  • Développeur : Hangar 13
  • Editeur : 2K Games
  • Site Web : PAL
  • Version testée : PlayStation 4
  • Classification :
    Sigle âge 18 ans et plus
    Francaise : 07/10/2016
    Americaine : nc/nc/nc
    Japonaise : nc/nc/nc
  • Existe aussi sur Xbox One, PC
  • PEGI :
    Violence : jeu contenant des scènes de violentesDrogue : jeu faisant référence aux drogues ou montrant leur usageGrossièreté de langage : jeu contenant des expressions vulgaires

Mafia III

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Quand l'open world est une mauvaise idée

L’open world. Il y a quelques années de cela, on avait peut-être cinq ou six titres open world dans l’année. Aujourd’hui, c’est presque devenu une évidence. Tous les genres s’y mettent et on se retrouve avec plus de titres open world que de jeux dits « couloirs ». Pourquoi les mondes ouverts ont-ils autant la côte ? Parce qu’ils sont très souvent synonymes de liberté pour le joueur, et généralement d’une plus grande durée de vie. Néanmoins, Mafia III vient nous rappeler une cruelle vérité : l’open world, c’est un art. Et même si tout le monde en rêve, tout le monde ne s’appelle pas Rockstar ou CD Projekt. Quand un studio comme Hangar 13 s’y frotte, on ne peut être que déçu au vu des qualités folles qu’il démontre sur certains aspects de son jeu, et du cruel échec de leur open world.

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Mon nom est Lincoln Clay

Lincoln Clay et me reste des personnages sont le meilleur aspect du jeu

Lincoln Clay et le reste des personnages sont le meilleur aspect du jeu

Mafia III c’est une histoire de vengeance. Vétéran du Vietnam, Lincoln Clay revient au pays marqué par ses années de combat. Il retrouve sa famille et se prépare à partir pour la Californie pour reprendre sa vie à zéro. Mais il se retrouve entraîné dans une sale histoire, voit sa famille entière se faire décimer sous ses yeux et est laissé pour mort. Si ça ne vous donne pas envie de retourner la ville à grand coup de fusil, je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Mafia III dépeint un univers extrêmement violent et froid aussi bien par son histoire que son gameplay. Lincoln, il n’est pas là pour rigoler et il fait clairement dans le spectaculaire. Certaines de ses cibles connaissent un sort peu glorieux, venant nous frapper en pleine tronche par leur brutalité, aussi bien visuelle que mentale. Les affrontements sont sanglants, les exécutions au corps-à-corps sans merci, et le tout ferait passer GTA pour un PEGI 12. D’ailleurs, la partie gunfight se joue plutôt bien manette en main. Malheureusement, si les sensations sont bonnes, elles sont totalement gâchées par une IA à la ramasse. Il suffit de regarder deux minutes de gameplay pour s’en rendre compte. Entre ceux qui restent cachés derrière une barricade explosée, ceux qui avancent tout droit sans réfléchir, ceux qui restent plantés au milieu et qui tirent à côté… sans oublier les pires, ceux qui se mettent dos à vous et tirent de l’autre côté sans aucune raison, il y a de quoi sortir du jeu assez rapidement. Fatalement, la difficulté en prend un coup, et on ne se fera tuer que par des one shot assez inexplicables ou des accidents de voiture bien trop punitifs. Quant à l’infiltration, si on a tendance à s’en servir beaucoup au départ, on se rend rapidement compte que ça va bien plus vite en y allant à la Terminator, tout droit avec de la grosse puissance de feu.

Non mais vraiment, c'est moche

Non mais vraiment, c’est moche

Au fil du jeu, on débloque un paquet d’améliorations des plus utiles, aussi bien pour Lincoln (barre de vies supplémentaires, rechargement plus rapide, stamina amélioré, etc.) que pour ses associés. D’un simple coup de Talkie, on peut demander de se faire apporter une voiture, des armes, ou carrément un commando qui vient nous filer un coup de main pendant les affrontements. Leur coût et leur efficacité dépendent de votre relation avec vos lieutenants, qui vous donnent accès à leurs services. C’est une des originalités bienvenues dans ce Mafia III. Le but étant de capturer la ville quartier par quartier, il nous faut les attribuer à nos lieutenants en leur donnant plus de revenus, et donc plus de possibilités pour eux et vous-même. En revanche, il faut faire attention à ne pas faire de jaloux, car l’un d’entre eux peut très bien se retourner contre vous si vous ne lui faites pas confiance ou que vous ne tenez pas vos promesses. Le tout est rendu encore plus compliqué grâce à la formidable profondeur de chacun de ces lieutenants; des personnages attachants qui profitent de doublages de très haut niveau (en VO, et pas mal du tout en VF) et de dialogues savamment dosés. C’est d’ailleurs le cas pour pratiquement tous les personnages que l’on rencontre au fil du jeu. Tous ont une bonne raison d’être ici, et nous révèlent leurs motifs sans jamais en faire trop.

Disons que dans le noir, de loin, ça passe.

Disons que dans le noir, de loin, ça passe.

Aller-retour mon amour

Certaines missions relèvent sacrément le niveau, mais elles sont bien trop peu nombreuses

Certaines missions relèvent sacrément le niveau, mais elles sont bien peu nombreuses

New Bordeaux est un ersatz de La Nouvelle-Orléans. Racisme et lutte des classes y sont présents au moindre coin de rue, et c’est d’ailleurs relativement rare de voir un jeu s’attaquer à ces sujets d’une manière aussi réaliste. Malheureusement, malgré les nombreux quartiers différents, c’est une ville fantôme qui fait peine à voir. Rien ne distingue vraiment les quartiers les uns des autres. Certes, certains sont plus industriels et d’autres plus résidentiels, mais ça s’arrête là. D’ailleurs, si l’histoire revient fréquemment sur les changements que l’on apporte à la ville en en prenant le contrôle, rien ne vient nous le montrer. Une fois un quartier contrôlé, on y remet plus les pieds du tout (sauf pour de très rares missions annexes) et on passe au suivant. De plus, le titre semble avoir huit ans de retard sur le plan technique. C’est simple on dirait un remaster HD d’un titre PS2. Outre le fait qu’une si grande ville semble à peine peuplée de plus de 1 000 personnes, l’aliasing est omniprésent, la distance d’affichage ridicule, les textures grossières… À part quelques très rares moments où le jeu de lumière fait son petit effet, c’est un titre indigne de la génération des consoles actuelles.

Conduire sans que rien ne se passe, pendant des heures

Conduire sans que rien ne se passe, pendant des heures

Et croyez-moi, on a tout le temps du monde pour « apprécier » les graphismes. Le titre est long (entre 25 et 30 heures pour en voir le bout en faisant l’essentiel des activités annexes), ce qui est généralement une bonne chose. Or ici, c’est tout l’inverse. Essentiellement parce que 60 % du temps du jeu est composé d’allers-retours interminables en voiture. Et rien ne vient nous divertir (et évidemment, pas de Fast Travel ). Quand on se déplace, jamais on n’a envie de s’arrêter au bord de la route, ou de faire un détour pour faire une activité annexe. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’y a rien à faire dans Mafia III. Quelques missions de livraisons laborieuses et répétitives qui vous demanderont d’aller aux deux extrêmes de la map pour ramener un camion qui roule à 2 km/h, deux pauvres missions d’assassinat, et c’est tout. Le pire, c’est que même la quête principale à un arrière-goût d’activité annexe forcée. Pour prendre un quartier, il faut faire sortir les lieutenants de leur cachette et pour cela il est nécessaire de mettre à mal leur business. Le contexte change un peu d’un lieu à l’autre, mais c’est essentiellement toujours la même chose : « Aller ici, détruire ça et tuer telle personne », lieu suivant. Ça ressemble beaucoup au premier Assassin’s Creed, où il fallait récupérer des informations avant de pouvoir exécuter notre cible, et répéter la même chose dans chaque ville. Vous vous rappelez ? C’était il y a neuf ans et déjà à l’époque, c’était un gros reproche fait au titre.

Ah oui et y'a une tonne de bugs, même après plusieurs patchs

Une tonne de bugs… même après plusieurs patchs

Et bien Mafia III réussit à faire pire. Ici, on doit se retaper un lieu déjà visité pour flinguer un lieutenant (ou le recruter pour le peu que ça change). Tout d’abord, on remarque que côté cohérence de l’univers, ce n’est pas terrible… parce qu’on se retrouve à capturer les mêmes lieux plusieurs fois, mais surtout, dans une ville aussi grande on trouve le moyen de recycler des zones ! Heureusement, la dernière partie du jeu surprend avec des missions plus originales et vraiment bien faites. Mais il est difficile de comprendre pourquoi, plutôt que d’avoir opté pour un titre plus linéaire et axé sur sa narration qui clairement le point fort du titre, les développeurs nous ont pondu cet open world absolument atroce avec aucune activité et sans vie.

Mafia III échoue dans les domaines les plus importants. Son open world vide et affreusement laid fera jeter l’éponge à bien des joueurs avant d’en voir le bout. Son IA catastrophique détruit totalement toute notion de difficulté, et son recyclage permanent donne vraiment la sensation qu’on se moque de nous. Malheureusement, même ses indéniables qualités d’écriture et sa galerie de personnages 5 étoiles ne justifieront pas le temps nécessaire pour terminer ce jeu. Que cela serve de leçon à l’industrie, mieux vaut un titre de huit heures parfaitement maîtrisé et linéaire, qu’un open world fade et interminable.

Critique réalisée à partir d’une version dématérialisée fournie par l’éditeur.

L'avis général

  • Personnages et Doublages 5 étoiles
  • Violence qui fait mouche
  • Les cinématiques, les dialogues, le scénario, l'ambiance, l'écriture...
  • La bande son - même si elle est un peu facile
  • De jolis moments de bravoure
  • New bordeaux = Ville Fantôme
  • Répétitif, laborieux, pénible
  • Recyclage à tout va
  • I.A à l'Ouest
  • Que c'est moche, et ça se permet de ramer !
Mafia III est l'un de ces titres qui veulent en faire plus qu'ils ne le peuvent. Son ambiance et la violence de son univers cohabitent parfaitement avec son histoire et les personnages qu'il met en scène. Et si chaque ligne de dialogue semble avoir été soignée et réfléchie, il est impossible d'en dire autant pour le reste du jeu. Un open world d'une tristesse sans nom où les heures de jeux défilent et l'ennui s'accumule. Un jeu qui repose sur un recyclage constant d'activités médiocres que l'on exécute de façon robotique. Et la poignée de missions qui vient relever le niveau ne fera qu'enrager un peu plus tous les joueurs conscients du potentiel du titre.