TEST VIEW
  • Développeur : Telltale Games
  • Editeur : Telltale Games
  • Site Web : PAL
  • Version testée : PC
  • Classification :
    Sigle âge 18 ans et plus
    Francaise : 24/04/2012
    Americaine : 24/04/2012
    Japonaise : nc/nc/nc
  • Exclusivitée
  • PEGI :
    Violence : jeu contenant des scènes de violentesGrossièreté de langage : jeu contenant des expressions vulgaires

The Walking Dead

Rédigée par

Il faut vous y faire, votre petite vie bien tranquille va bientôt se terminer. Si si ! Le monde entier n’arrête pas de le crier, le 21 Décembre 2012, c’est l’apocalypse ! Et tout comme le garçon qui criait au loup a fini dans le ventre de celui-ci, vous allez finir radié de la surface terrestre par une quelconque explosion nucléaire/météorite géante/rupture de stock de bières. Heureusement, Telltale a pensé à vous et vous donne une ultime chance de vous préparer à l’un des scénarios qui nous attend : la Zombie Apocalypse. Et autant dire que vous n’en sortirez pas indemne.

« Rule 17 : Don’t Be a Hero » t’entends Telltale ?

Les connaisseurs reconnaîtront Glenn, déjà présent dans la série.


Avant d’entamer une critique en long, en large et en travers de The Walking Dead, revenons sur ce phénomène international qui est venu frapper à nos portes l’air de rien tout comme les témoins de Jéhovah le jour de votre grasse mat’ pour vous parler de l’apocalypse (puisque je vous dis que tout est lié !). A la base écrite sur support papier, en tant que comic, par Robert Kirkman en 2003, elle connait un succès grandissant d’années en années et finit par être adaptée en 2010 à la télévision par Franck Darabont, déjà réalisateur des excellents La Ligne Verte ou encore Les Evadés (The Shawshank Redemption en VO). Autant dire que le talent de ce bon vieux Kirkman est reconnu et s’inscrit parfaitement dans la folie Zombie qui touche à peu près tous les univers depuis maintenant une cinquantaine d’années avec des précurseurs tel que Romero et sa Nuit des Morts-Vivants en 1968 et plus récemment des films comme Shaun of the Dead (2004) ou encore Bienvenue à Zombieland (2009), dans un style comique et 28 Jours plus tard (2002) qui privilégie les relations entre les personnages. Evidemment, on ne s’étendra pas sur des jeux cultes comme la saga des Resident Evil ou encore les deux épisodes de Left 4 Dead qui ont révolutionné à leur manière le jeu en coop et la littérature possède également ses œuvres majeures avec entre autres Je suis une Légende (Richard Matheson, 1954) voire, World War Z (Max Brooks, 2006) qui surfe sur la popularité croissante de nos amas de chairs décomposés préférés.

Le style comic n'empêche pas le gore omniprésent.

Ainsi, l’adaptation de l’univers de The Walking Dead en jeu vidéo n’est que la suite logique pour cette série prestigieuse et pourtant, on pourrait être étonné que ce soit le studio Telltale (Sam & Max, Retour vers le Futur, …) qui prenne en charge cette conversion. En effet, il est tout à fait légitime d’imaginer un classique Survival-Horror où on dézinguerait du zombie à tour de bras tout en mettant en avant une nécessité de la survie en groupe avec de la recherche de nourriture etc. D’autant plus que Telltale avait fait des déçus avec l’adaptation certes sympathique mais pas transcendante de Retour Vers le Futur et le très moyen Jurassic Park. Bref, The Walking Dead est un peu le jeu de la dernière chance pour redorer leur blason et, soyons clair dès maintenant, il n’a jamais autant brillé.

Stupeur et Tremblements

Toutes les réponses sont bonnes.

Tout commence à bord d’une voiture de police, mais contrairement à la série, vous n’êtes pas le sheriff, mais bien le prisonnier. Son nom ? Lee, professeur à l’université, condamné pour meurtre. Vous voulez en savoir plus ? A vous alors de choisir les réponses qui vous arrangent aux diverses questions posés par votre chauffeur, sorte de didacticiel pour comprendre le fonctionnement des dialogues, élément central de The Walking Dead. En effet, lors de ces séquences, vous aurez en général 4 choix de réponses (le silence en étant souvent une) allant du mec honnête et sociable à l’homme détestable qui ne veut rien entendre. Jusque-là, on reste très proche d’un Mass Effect, par exemple, où vos réponses vous orientent vers un caractère plutôt conciliant ou au contraire pragmatique. Pour autant Telltale a trouvé l’innovation qui révolutionne complétement ce système de dialogue : vous n’aurez que quelques secondes pour choisir vos réponses. Cela implique donc une immersion totale dans le personnage qui est ici synonyme de spontanéité. Et c’est là que le soft fait fort : dès les premières minutes du jeu, Lee et le joueur ne font plus qu’un. Bien évidemment, le contexte joue aussi sur le chronomètre et une discussion amicale avec un nouveau survivant vous laissera plus de temps de réflexion que lorsque vous devrez prendre une décision dans la seconde en plein milieu d’une attaque de zombie.

Les actions banales font généralement monter le stress.

Celles-ci sont d’ailleurs éreintantes psychologiquement tellement les choses s’enchaînent vite, un peu comme en vrai ai-je envie de dire. Au bout de quelques minutes de jeu, vous serez déjà confronté à votre premier mort vivant. Et le tuer bousculera immédiatement vos habitudes. Sauter sur la gâchette de tir ne vous avancera à rien, il faudra d’abord chopper le fusil qui est à vos pieds, trouver l’unique cartouche qui se balade près de vous, la prendre, la charger, la faire tomber à cause du stress, la reprendre, etc, jusqu’à enfin tirer dans la cervelle de ce méchant tas de viande. Sur le papier, tout ça paraît fastidieux et pourtant, in game, votre cœur battra à cent à l’heure, vous transpirez et vos mouvements seront hasardeux. Je fus le premier étonné de regarder mes mains tremblantes après cette séquence, me disant que finalement, j’aurai mieux fait de prendre au sérieux les différentes critiques du jeu. Et le pire, c’est que j’ai adoré détester Telltale de m’avoir fait subir ça. Et ce n’était que le début.

Vis ma vie de survivant

L'innocence de Clémentine en prendra un coup.

En effet, le jeu qui est divisé en 5 épisodes, vous en fera voir de toutes les couleurs. L’autre atout que possède The Walking Dead est son scénario « personnalisé ». Dans chaque chapitre, vous serez confronté à 5 décisions plus importantes que les autres qui influeront énormément sur la suite des événements et plus particulièrement sur vos relations avec les divers personnages. Par ailleurs, à la fin de chaque épisode, vous retrouverez des statistiques sur la communauté qui vous indiqueront le pourcentage de personnes à avoir agi de la même manière que vous. Assez anecdotique mais relativement intéressant sur le fond, cela permet aussi de voir à quel point votre jeu est unique. Par exemple, dans mon cas, nous sommes seulement 6% à avoir préféré partir en croisade solitaire face aux morts-vivants à un moment donné du jeu. De ce fait, la rejouabilité est élevé si vous souhaitez voir tous les dénouements possibles et observer la différence entre incarner un Lee intègre ou à l’inverse, un Lee impulsif et vulgaire. D’autant plus que les différents protagonistes, qui possèdent tous un caractère bien particulier et complexe, bien loin des standards, se souviendront de vos réactions vis-à-vis d’eux et de votre manière d’être, Clémentine en tête de liste.

Tous n'auront peut-être pas la même opinion de vous.

Et puisque je suis passé maître en matière de transition, parlons-en de cette petite fille. Rencontrée au tout début du jeu, et sauvée de l’invasion des « walkers » par bibi, vous comprendrez bien vite qu’elle est orpheline, même si elle garde espoir. Si vous êtes insensible et privilégiez votre propre survie alors vous n’aurez que faire de cette gamine qui vous traîne dans les pattes et pourtant, peut-être vous surprendrez vous en la défendant contre vents et marées et en tâchant du mieux que vous pouvez de protéger son innocence d’enfant du monde qui l’entoure. Car oui, vous vous étonnerez de sourire quand elle vous montre son dessin sur lequel vous figurez ou à ne savoir que répondre quand elle vous demande comment vont ses parents. Un peu de pureté dans ce monde déchiré et détruit par une épidémie étrange ne peut pas faire de mal. Et, finalement, c’est un peu ça aussi que Lee essaie de sauver en plus de Clémentine, l’espoir que tout redeviendra comme avant, mais encore une fois, Telltale ne l’entend pas de cette oreille.

Une place au panthéon ?

Jusqu'où irez-vous pour protéger Clémentine ?

En dehors de tout ce que j’ai déjà pu dire sur l’ambiance maîtrisé avec maestria par le studio, il faut savoir qu’il n’y a pas que les personnages et le design qui en sont la cause. Bon, c’est vrai que ça joue énormément, entre les expressions faciales qui retranscrivent parfaitement les émotions et le doublage fantastique de tous les protagonistes, on est proche du sans-faute. De la même manière, les musiques servent particulièrement bien les différents passages du jeu. Du riff calme de guitare pendant les séquences Point&Click où vous devrez discuter avec un peu tout le monde et récolter diverses provisions et objets pour la suite aux sons stridents mettant en avant le stress et la nécessité d’agir vite lors d’une agression au corps à corps par un zombie et qu’il faudra que vous cibliez sa tête pour vous en débarrasser, on aura droit ici aussi à un véritable ascenseur émotionnel. Mais Telltale est cruel, Telltale vous en veut, et Telltale vous poussera dans vos derniers retranchements. Et c’est souvent au moment où vous vous y attendrez le moins que vous assisterez, impuissant, à un événement particulièrement traumatisant… et je m’arrêterai là, il faut que vous découvriez un peu le jeu aussi, bon sang ! (Sang, zombie, haha…).

Vous avez vraiment cru que je garderai mon sérieux tout du long ?

Il est vrai que faire une critique d’un jeu comme The Walking Dead n’est pas chose aisée tant il m’aura marqué sur le plan personnel et dans ma vie de joueur chevronné. Telltale a bousculé mes habitudes, et surement celles de tous ceux qui auront posé leurs mains sur ce jeu si particulier. Ainsi, le gameplay, finalement quasi inexistant en dehors de l’idée fantastique que sont les dialogues/QTE et les phases « reflexes » lorsqu’il vous faudra choisir qui sauver, au dépend de la vie d’un autre, ou pour vous sauver vous-même, ne sert qu’à soutenir un scénario écrit de main de maître et dont la narration accomplit un parcours sans faute au fil des épisodes vous demandant de laisser derrière vous une part de vous-même un peu plus grande à chaque fois. Les fans de la première heure apprécieront le fait que Telltale ait préféré mettre en avant les relations entre les personnages plutôt que les morts-vivants qui finalement font plus office de toile de fond. Aussi, Telltale prend le contre-pied des productions actuelles en réussissant le tour de force de donner un impact à nos actes, et du coup, de nous faire ressentir la gravité qu’est de tuer quelqu’un. Bref, il y a énormément à dire mais The Walking Dead est un précurseur et va probablement inspirer de nombreuses productions par la suite dans le domaine du jeu d’aventure, et même du jeu-vidéo. On en demandait pas tant mais dieu que c’est bon !

Je tiens également à féliciter le travail accompli par la TWDTradTeam qui a fait un boulot titanesque pour traduire dans la langue de Molière la totalité du jeu. Le résultat est impeccable et permettra aux allergiques de l’anglais de jouer dans les meilleures conditions. Bravo et merci à eux !

L'avis général

  • Le Scénario "personnalisé"
  • Le design fidèle au comic
  • Les personnages complexes et attachants
  • L'implication du joueur
  • Sérieusement, je le nomme jeu de l'année et hit, namého !
Telltale a fait fort avec cette saison de The Walking Dead et pourtant, le pari était risqué : transposer un comic qui a connu un énorme succès, sur papier et à la télévision, en jeu vidéo sans céder aux sirènes du Survival-Horror ou encore du FPS. Nous voilà donc devant un chef d’œuvre qui n’est ni tout à fait un Point&Click, encore moins un jeu d’action, et on en viendrait à se demander si c’est vraiment un jeu vidéo au sens propre. Et pourtant le résultat est là : on est littéralement en phase avec le héros Lee avec qui on partage sa destinée, ses choix et surtout leurs conséquences. Un syndrome de Stockholm s’installe alors dans le cerveau du joueur qui en vient à adorer la souffrance que lui fait subir Telltale avec ses QTE/dialogues et la nécessité de garder son sang-froid même dans les pires situations. Délicieusement cruel, abominablement addictif, The Walking Dead mérite amplement sa place de jeu de l’année 2012 aux VGA mais aussi celle au podium de notre petit cœur de joueur encore meurtri par cette expérience unique et hors normes.