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Marcus : Pixel Mania – Jeu Vidéo entre présent et avenir !Bibliotopie

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A l’occasion de la sortie du livre Pixel MANIA : 50 projets pour réinventer les jeux vidéo, nous avons eu l’immense privilège d’interviewer Marcus, journaliste et animateur spécialisé dans l’univers du jeu vidéo (Game One, Nolife) et auteur de Pixel Mania.

[N.B] Notre Marcus national étant très bavard, nous avons décidé de scinder l’interview en deux parties. Une premiere nommée Pixel Mania – De l’idée à la création se concentrant sur le livre Pixel MANIA : 50 projets pour réinventer les jeux vidéo et une seconde qui traitera du jeu vidéo entre présent et avenir

[A Lire ] Critique du livre Pixel MANIA : 50 projets pour réinventer les jeux vidéo

 

II – Le Jeu vidéo entre présent et avenir

 

Le jeu vidéo n’est pas une mode comme les hand spinner et autres colliers élastiques, c’est un truc qui existe depuis 30 ans. Il y a quelques années, on s’est rendu compte qu’il y a une culture jeu vidéo, une histoire, que ce n’est pas qu’un jouet pour les enfants. Les jeux vidéo ne vieillissent pas, si l’idée est solide ça passera l’épreuve du temps. Certes, les graphismes changent mais la mécanique du jeu reste et permet de conserver le plaisir du jeu, au-delà des années.

Ce qui est fascinant c’est que les vieux joueurs comme moi se remémorent le bon vieux temps et que les jeunes mettent leur nez dans cette playhistoire avec autant de ferveur que nous avions à découvrir ce média fascinant. J’écris des émissions et des livres sur le retro gaming et je vois des jeunes sur les salons venir m’en parler. Ce sont des adolescents de 10-15 ans, mais le jeu vidéo c’est leur passion et ils veulent tout savoir, même ce qui se passait avant leur naissance.

C’est pour cela que je pense qu’on est au-delà de la mode type phénomène passager. On est en face d’une culture. Je mets ça sur le même plan que la bande dessinée ou le cinéma. La bande dessinée, c’est un art finalement récent qui a subi ce que vit actuellement le jeu vidéo. Dans les années 50/60, on pouvait entendre des exclamations du type “la bande dessinée pervertit la jeunesse”. Aujourd’hui, on retrouve des bandes dessinées partout, on entend du rock, musique du diable pour certains à une certaine époque, même dans des ascenseurs. Pour moi, le jeu vidéo est un art comme un autre.

On a commencé à comprendre que tout cela changeait avec les années 90 et l’arrivée de la Playstation. Avant, pour beaucoup, le jeu vidéo c’était cucul la praline, rien qu’un jouet pour enfant. Le pouvoir marketing de Sony a mis le focus sur des jeux plus violents, comme Duke Nukem ou GTA, en disant “non ce n’est pas qu’un jouet pour les enfants”. A ce moment-là en regardant derrière nous, on a vu qu’il y avait en effet une histoire. On a vu l’évolution, des personnages, des musiques, et des graphismes bien évidemment.

Le jeu vidéo dépasse aujourd’hui le gamer. Il n’y a qu’à voir la guerre des post-it dans les open space. Beaucoup de personnes ne jouent pas mais trouvent dans le pixel une esthétique intéressante avec laquelle on peut faire plein de choses.

 

Le néo-rétro gaming est une grosse tendance actuelle, surtout chez les indépendants. A l’origine, le jeu vidéo c’est un type qui crée son jeu dans son garage. Il pouvait faire ça chez lui, sans équipe. Maintenant, les jeux AAA prennent cinq ou six ans. On est passé de l’artisan à la grosse industrie avec une centaine d’employés. Les indés n’ont pas les moyens d’Ubisoft par exemple, du coup ils jouent sur ce filon de la nostalgie pixelisée pour faire des jeux sympas.

Je pense aussi que ces créations à base de pixels permettent la précision. Un bonhomme de profil en pixels, tu sais où il est, tu vois à quoi il ressemble. Le pixel permet des private joke également. A côté de ça, il y a aussi des créateurs indépendants qui reprennent uniquement les mécanismes de jeu des anciennes créations, comme un bon vieux scrolling horizontal, pour proposer une amélioration graphique avec des dessins peints à la main. Je pense au remake récent de Wonder Boy. Si je devais résumer, je dirais qu’il y a des problèmes logistiques qui poussent au minimalisme mais pas uniquement, on observe également un choix esthétique volontaire.

 

Le jeu vidéo reste un divertissement avant tout pour moi. Si ça fait réfléchir comme Soldats inconnus c’est bien mais ça reste un divertissement, comme le cinéma. Je vais au cinéma pour rêver. Star Wars me procure ce plaisir. J’en ai rien à faire de la vie de tel réalisateur s’étalant pendant quatre-vingt dix minutes dans un film chiant. Je ne veux pas que le jeu vidéo prenne cette dérive. Pour être un peu direct, je dirais qu’il ne faut pas péter plus haut que son cul. Au-delà du divertissement, on peut raconter de belles histoires, comme le font les jeux Walking Dead. Les vraies émotions comme au cinéma, c’est encore très rare dans le jeu vidéo.

 

J’aime beaucoup les Mass Effect. Le dernier a été critiqué mais moi ça me fait rêver, je découvre des galaxies, je suis fasciné par le niveau de détail des développeurs. C’est un Star Wars avec des cas de conscience où on est amené à prendre des décisions qui remuent. Un vrai chef d’œuvre de narration.

Le truc que j’attends le plus, c’est le décollage de la réalité virtuelle. Cette année c’était le lancement, le frame rate n’est pas encore au top, la réalisation est bof, mais la base est là. N’importe quel joueur qui enfile un casque se dit “c’est quand même quelque chose”. Ce qui la fera décoller, ce sont les gros jeux comme Red Dead Redemption ou GTA. Pour rester dans le jeu vidéo plus classique, j’attends beaucoup Red Dead Redemption 2.

 

J’ai déjà pensé à ça, mon jeu idéal serait un jeu sur les pirates mais c’est un boulot incroyable, beaucoup de travail, de frustration. Je ne suis pas fait pour ça. Il me faudrait une superbe équipe mais j’ai peur de faire chier tout le monde avec mes remarques incessantes. Si on reste dans l’hypothèse pure, je dirais que mon jeu idéal serait la vision d’un pirate de 12 ans jusqu’à la fin de sa vie.

Quoi qu’il en soit, je ne me plains pas. J’ai tellement de plaisir à jouer aux jeux des autres. Mon truc c’est de faire partager ma passion avec les gens. Du moment que j’arrive à trouver de nouveaux camarades de jeu, je suis content.

 

Ce qui est génial c’est que tout cohabite. J’ai une borne d’arcade à la maison avec Pac-Man, je fais Uncharted sur ma console et j’ai un casque de réalité virtuelle. De la même façon qu’un vrai cinéphile peut voir Pirate des Caraibes 12 et revoir La Ruée vers l’or de Chaplin, je peux jouer à toutes ces facettes du jeu vidéo. L’important c’est que ça reste efficace au niveau des émotions et du plaisir.

Je pense qu’avec le jeu vidéo, on va vers un truc total où on ne pourra plus distinguer le virtuel de la réalité, c’est fascinant et inquiétant. La technologie a toujours un côté inquiétant, il suffit de regarder l’excellente série Black Mirror. Je suis enthousiaste, prêt aux jeux vidéo contrôlés par la pensée et à la réalité virtuelle mais je suis également inquiet qu’on finisse dans la Matrice. Je partirai quand ça commencera à mal tourner…dans longtemps j’espère.

Nous remercions Marcus d’avoir pris le temps d’avoir réalisé cette interview goupillée par Alfoux.