HammourabiRoi de Babylone, dirigeant de la "Civilization" babylonienne

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Hammourabi, mod fan Civilization V
Hammourabi, mod fan Civilization V
La description détaillée ci-dessous peut comporter du spoil.

 


HAMMOURABI

Roi de Babylone


Hammourabi, debout à gauche, reçoit l’insigne royal des mains de Marduk/Shamash, dieu de Babylone, en faisant signes de prières. Relief se trouvant sur la partie supérieure de chaque pilier contenant le code de loi d’Hammourabi dans toutes les villes de son royaume. Conservé au Louvre.

 

Hammourabi ou Hammurabi est le sixième roi de Babylone au XVIIIe siècle av. J.-C. (1792-1750). Par des faits de guerre, il étend son royaume dans les régions de Sumer et d’Akkad (au nord et au sud de Babylone) et il développe une législation exceptionnelle dont le « Code de Hammourabi » en est le témoin.

Roi et législateur emblématique de l’une des premières civilisations du monde, Hammourabi se retrouve évidemment dans la série de jeu Civilization, du premier développé en 1991 par Sid Meier et édité par MicroProse, au cinquième, développé par Firaxis Games et édité par 2K Games en 2010. Mais sa représentation est changeante, il va apparaître ici ou là soit dans le jeu de base, soit en ajout de DLC pour, à la fin, ne plus apparaître dans le sixième opus de Civilization.

Evolution des caractéristiques de jeu entre le premier et le cinquième Civilization (1991-2010)

Comme le jeu l’exige, la civilisation, lorsque celle-ci n’est pas jouée par le joueur, agit d’elle-même. Elle se gère, se développe, déclare la guerre, fait la paix, etc., toute seule. Ses actions, la forme et la façon de se développer, sont influencées par la « personnalité » du dirigeant. Ainsi chaque dirigeant de civilisation a des traits de caractères particuliers. Ces traits de caractères sont des bonus ou des malus. Chaque civilisation a aussi ses originalités qui vont influencer également le jeu du joueur. Ces objets de gameplay apparaissant dès le premier jeu ne vont pas arrêter d’être améliorés et repensés de jeu en jeu. Aussi, une évolution de ces caractéristiques est notable dans le temps.

Faisons un tour d’horizon en ce qui concerne Hammourabi :

 

Portraits de Hammourabi de Civilization I et II, et de la déesse Ishtar dans Civilization II.

Portrait de Hammourabi dans Civilization III.

 

Portrait de Hammourabi du mode de jeu de fan l’incluant dans Civilization V (créé par JFD et Janboruta).

 

Disparition de Hammourabi entre Civilization V et Civilization VI

La disparition du dirigeant Hammourabi autant que de la civilisation des Babyloniens est notable dans Civilization VI. Est-ce que l’on peut tenter d’expliquer cette disparition par une petite réflexion de principe ?

Les Babyloniens et Hammourabi étant bien connus de l’Histoire et emblématiques d’une civilisation grandiose, le jeu lui-même rendait hommage à Hammourabi par une piste de musique portant le titre « Hammurabi’s Code » parmi les toutes premières musiques affiliées chacune à sa civilisation en 1991. De même, Hammourabi est le deuxième plus grand dirigeant selon Civilization dans la liste des grandes figures historiques du système de score final.

Score final d’une partie de Civilization IV (avec les Maliens de Kankan Moussa). Hammourabi est le deuxième plus grand dirigeant retenu.

Portraits de Gilgamesh, dirigeant des Sumériens, dans Civilization III puis IV.

Aperçu de la stèle en basalte du Code d’Hammourabi.

La disparition des Babyloniens et d’Hammourabi est peut-être due au fait de l’apparition, depuis Civilization III, des Sumériens, guidés par Gilgamesh, qui se partagent l’Histoire de la Mésopotamie avec les Babyloniens, notamment les premières villes de leurs royaumes. La coexistence n’était peut-être plus possible ? ou bien la raison réside dans l’image des dirigeants et ce que les développeurs voulaient mettre en avant dans Civilization VI ? Ce Civilization semble en effet se focaliser sur la beauté de la culture des civilisations et des dirigeants et l’image, pour cela, de Gilgamesh, héros mythique de son épopée, colle mieux qu’un législateur-dictateur dont les lois éditées étaient sévères : certaines punitions exigeaient la mort du coupable ou bien proposaient la « loi du Talion », la réciprocité du crime et de la peine.

 

Fragments de l’Épopée de Gilgamesh conservés au musée de l’Institut Oriental de l’Université de Chicago.

Ne pourrait-on pas en retirer une question hautement philosophique : quelle est la pierre angulaire d’une « civilisation » ? Est-ce un code de loi, montrant un fonctionnement administratif poussé ainsi qu’une réflexion profonde de la maîtrise d’une population ? ou est-ce une grande littérature, avec son lot de points communs et d’expériences humaines sensibles autour desquels une population, la plus large et hétéroclite possible, se sente rassemblée et soudée ?

Le fait est que Babyloniens, Sumériens et Assyriens, que l’on retrouve à peu près tous dans Civilization IV et V, partagent un même espace géographique ; la Mésopotamie ancienne. Mais, sur le plan des villes, également cœur battant d’une civilisation, les même grandes villes vont et viennent entre ces civilisations, avec, certes, des différences de noms, puisque les langues changent : Uruk, capitale des sumériens de Civilization IV est la même ville que Erech, la douzième ville des Babyloniens dans Civilization V ; Ur et Lagash, parmi les cinq premières villes des Sumériens, vont se retrouver sous le nom Sirpurla, de la quatorzième ville des Babyloniens dans les même jeux que précédemment ; pire encore avec les premières villes assyriennes, Assur, Ninive et Nimrud, qui sont aussi les seizième, dix-septième et dix-huitième villes des Babyloniens dans le même Civilzation V.

Ce petit imbroglio de cultures à peu près similaires avec des villes partagées entre plusieurs civilisations, est peut-être ce qui a été réparé par la disparition pure et simple des Babyloniens d’Hammourabi/Nabuchodonosor II et également des Assyriens d’Assurbanipal. Tout est alors regroupé derrière les Sumériens de Gilgamesh.

Portrait de Assurbanipal, dirigeant des Assyriens dans Civilization V.

Ceci dit, Perses et Arabes, qui partagent eux-aussi la Mésopotamie comme région conquise à un instant de leur Histoire, sont gardés tout au long des Civilization.

 

En se servant de ces derniers paragraphes interrogeant la perspective des jeux Civilization sur la réalité et la situation historique des civilisations de notre monde, centrons-nous pleinement sur la Mésopotamie et Babylone pour développer dans une troisième partie quelques concepts représentés dans les jeux.

 

 

L’Histoire sérieuse avec un grand « H »

Carte de la Mésopotamie avec le Moyen et Proche-Orient. Carte créée par Jacques Leclerc de l’Université de Laval.

« Mésopotamie », terme emprunté du grec « mesos » et « potamos », ou « milieu » et « fleuve », donc littéralement la région au milieu des fleuves (du Tigre et de l’Euphrate), est le nom donné à cette zone géographique au Moyen-Orient qui a vu la naissance, la grandeur ainsi que la ruine de beaucoup de peuples et de civilisations. Parmi celles-ci, celle de Babylone n’est ni la première ni la dernière mais elle est la civilisation qui a le plus attisé la curiosité occidentale. La première responsable de ce regard est la Bible, qui, dans ses différents exposés historiques, évoque souvent Babylone. Mais il y a bien d’autres témoins de l’Histoire de la ville des mythiques Jardins Suspendus. Des textes en langues aussi diverses qu’il y a eu de peuples circulants entre les deux fleuves aux fouilles archéologiques permises hors des périodes des guerres contemporaines, tout cela permet d’en savoir plus et mieux sur la Mésopotamie, sur Babylone et sur la précieuse première civilisation du monde.

Babylone, de « Babu » et « Ilu » akkadien, ou « Porte du Dieu », est d’abord connue pour sa construction en 2500 av. J.-C. d’un temple au dieu Marduk, dieu tutélaire de la ville en devenir. La ville se situant sur l’Euphrate, en Irak actuelle, semble d’abord connaître une domination sumérienne dans les luttes entre Cités-Etats, notamment avec Ur, avant d’être soumise par les Amorrites vers 1894 av. J.-C. entre autres avec le règne de Hammourabi qui la mène à la tête d’un vaste royaume, voire empire. Elle devient de ce fait un objet de convoitise d’autres envahisseurs successifs de la Mésopotamie : Hittites, Kassites, Elamites, Araméens ou encore Assyriens. Et quand vient l’effondrement de l’empire d’Assyrie vers 627 av. J.-C., Babylone tire son épingle du jeu en redevenant une Cité-Etat du Sud de la Mésopotamie et, dès lors, fait renaître l’empire de Babylone. Grâce à un gouverneur ambitieux comme Nabopolassar (règne de 626 à 605 av. J.-C.) qui aura pour successeur Nabuchodonosor II (605-562 av. J.-C.), Babylone vit encore quelques belles années, jusqu’à la perte définitive de son indépendance sous l’Empire Perse en 539 av. J.-C.

Représentation de la voie processionnelle de Babylone, peinture contemporaine de Balage Balogh.

C’est ainsi 2 000 ans d’Histoire que le simple nom de Babylone peut évoquer. Nous allons décortiquer cela petit à petit.

 

Hammourabi règne sur Babylone pendant une quarantaine d’années, de 1792 à sa mort en 1750 avant J.-C.. Entre 1764 et 1761 avant J.-C.,  il va repousser une invasion de l’Elam, annexer Larsa (grande rivale régionale) et Eshnunna ainsi que détruire Mari, des Cités-Etats de Mésopotamie. On le verra brûler le palais royal de Mari pour montrer la pleine destruction de la ville, et, avant cela, emmener tous les objets précieux et le harem d’épouses pour lui. Le prologue de son Code de loi renseigne ensuite, glorifiant le règne d’Hammourabi, que celui-ci a fait régner la justice et la piété  sur toutes les villes de Mésopotamie : Nippur et Eridu, les centres religieux, Ur, Sippar, Larsa et Uruk dont les divinités tutélaires sont mises en avant, Kish, Kuta, Lagash, Maskan-sapir et Malgium citées pour des raisons géographiques, Mari, Tuttul, Eshnunna, Akkad, Assur et enfin Ninive des cités conquises aux extrémités septentrionales de la Mésopotamie. C’est là, tout simplement, la liste de toutes les plus importantes villes de la Mésopotamie. Certaines des villes ont été conquises par les armes comme nous l’avons vu précédemment, d’autres ont étés soumises par la diplomatie que les lettres conservées permettent de dessiner.

Carte de la Mésopotamie ancienne faisant apparaître toutes les localités importantes. Crédit Larousse.fr.

La guerre n’est effectivement pas une entreprise qui va de soit. L’acte de guerre est toujours précédé de rituels religieux de purification. Suivent des sacrifices de moutons et des consultations d’oracles. La guerre doit être en harmonie avec les dieux et le chef militaire, c’est-à-dire le roi, est investi de la mission de faire régner l’ordre en chassant les forces du chaos. Et le prologue du Code d’Hammourabi d’illustrer la prépondérance dans le ciel divin du nom de Marduk (tutélaire de Babylone), de nommer Babylone rayonnante aux quatre coins du monde et de signifier l’élection d’Hammourabi par le duo An et Enlil (le père, pour le premier, et le roi, pour le second, de tous les dieux) pour faire respecter cette harmonie.

Exemple de canal d’irrigation aujourd’hui en Irak. Crédit photo U.S. Army.

La guerre trouve aussi une raison pragmatique. De nombreux conflits, qu’ils commencent en simple rivalité de voisins jusqu’en conflits entre Cités-Etats, ont pour origine l’accès à l’eau. La Mésopotamie a pour terrain une terre d’argile qui ne peut donner de cultures sans un apport régulier et conséquent en eau. Un conflit entre les villes d’Umma et de Lagas sur trois siècles, connu grâce à des inscriptions, tourne autour d’un territoire nommé « Gu-edenna », ou « bord de la plaine » qui est une zone parsemée de canaux. Ces canaux seront toujours nommés dans les déclarations sur les inscriptions parce que ce sont bien eux les raisons des conflits. L’autre raison de contrôler les canaux et les fleuves sont les projets de leurs détournements : si l’on contrôle localement l’Euphrate, on peut, comme c’est le cas de Larsa au XIXe siècle av. J.-C., faire ériger un barrage pour irriguer une vaste région qui sera cultivée. La ville de Isin qui a été vaincue a ainsi moins d’eau pour ses terres à elle. Il est essentiel dans ces conditions de dominer les régions en amont des rivières et fleuves qui traversent ses propres terres, pour la simple prospérité de sa ville.

Civilization I met en scène Hammourabi et les Babyloniens sous le trait « Amical », dans le sens où ils ne font jamais la guerre, Civilization II puis le troisième restent dans le sens du pacifisme de la civilisation qui préfère se tourner vers la prospérité de son royaume. Cette représentation de la volonté de ne pas faire la guerre et de faire prospérer son espace tout seul semble loin de la réalité. La guerre était constante au temps de Hammourabi, due surtout à l’ambition de créer un vaste Royaume, idée héritée de précédentes expériences de domination totale, en plus des soucis de voir prospérer les villes et les terres. La bienveillance des Babyloniens est donc à revoir, ce que fera Civilization IV en dotant Hammourabi du trait « Agressif ». Mais, d’un autre côté, l’idée de la prospérité intérieure de son territoire est bien ce qui est à l’origine de toutes les guerres locales en Mésopotamie. L’accès à l’eau en quantité suffisante pour l’irrigation des champs est l’objectif de toutes les villes, c’est la base de leur survie. Si l’eau n’est pas suffisante, il faut se battre avec ses voisins pour en avoir plus.

Le terme utilisé, « amical », n’est peut-être pas le bon, mais, associé à l’idée de la prospérité des villes, cette mise en scène des Babyloniens dans leur longue chronologie de la Mésopotamie tient son sens.

 

Tablette relevant des observations sur le poids de l’eau avec des relevés de poids pendant cinq nuits. La tablette est signée par le Scribe Nabu-aapla-iddin. Conservée au British Museum, Londres.

Les mythes mésopotamiens mettent en scène l’être humain ; il y apparaît toujours comme serviteur des dieux. L’objectif de son existence est en effet d’exploiter la Terre pour entretenir les dieux avec des offrandes. Cette idée sur l’existence, sur la raison de la vie, est bien représentative de la façon de vivre des mésopotamiens. La partie lettrée de ceux-ci, que l’on appelle Scribes, s’est lancée dans la vaste tâche de recenser tout ce qui est sur la Terre, c’est-à-dire de faire l’inventaire de toute chose pour connaître à quoi ces choses peuvent servir les dieux et après eux les humains. Par là, une mise en ordre logique du monde doit apparaître en toute chose : tout est lié avec tout. Par exemple, le passage d’une comète dans le ciel prédit une menace pour le règne du Roi. Cette vision du cosmos se retrouve également dans la mise en place sociale des villes. Chacun a sa place dans cet espace de culture et ce qui est sauvage et indomptable est rejeté à l’extérieur des murs, dans la steppe. Cette vision de la société est tout de même trop idéale. La ville en modèle de société ? Cela exclut les nomades qui, pourtant, faisait une grande part de la prospérité des villes. La classe des Lettrés, ceux qui ont posé par écrit les mythes et les principales histoires mésopotamiennes que nous connaissons, était peut-être dans une vision particulière et non partagée avec tout le monde.

La tablette du Déluge, dans sa version de Ninive. Un passage de l’Epopée de Gilgamesh rapporte les événements du Déluge. Conservée au British Museum, Londres.

Les mythes, pourtant, devaient être populaires. S’ils ont été mis à l’écrit par des scribes, ces mythes étaient largement répandus au sein de la population. Alors la vision du monde qu’ils transmettent devaient bien être celle vécue par cette population. Pour identifier le « rationalisme » que donne Civilization II, un mythe est particulièrement parlant, le mythe du Déluge : lorsqu’il y eut trop d’humains et que le bruit de leur agitation a gêné les dieux, ceux-ci ont décidé le déluge : c’est-à-dire d’inonder le monde pour noyer tous les êtres humains. Le projet n’est pas allé jusqu’à son terme puisque Enki/Ea a averti un humain, Atra-hasis, qui s’en est protégé. Heureusement qu’il a fait cela, parce que les dieux se sont rendu compte que, sans les humains, ils ne pouvaient pas vivre, plus personne n’étant là pour les entretenir. Dieux et êtres humains vivent ainsi en bonne harmonie, les premiers ont besoin des seconds, et les seconds ont besoin des premiers pour la protection de leur vie, durant et après leur passage à la surface de la Terre. Le mythe du Déluge montre l’esprit rationnel des Mésopotamiens : ce n’est pas une disposition morale des dieux qui a décidé du Déluge, mais le pragmatisme de la vie, l’être humain faisant trop de bruit il fallait le supprimer et, au contraire, il est en fait utile donc il doit survivre.

Tablette à écriture précunéiforme.
Époque d’Uruk III, fin du IVe millénaire avant J.-C. Conservée au Louvre, Paris.

La rationalité ainsi que l’esprit scientifique (mis en avant dans Civilization III) se retrouve dans une invention particulière, l’écriture. L’ « invention » des Sumériens de l’écriture au XXXIVe siècle avant notre ère est le reflet de cela ; le projet de l’écriture est de référencer tous les mots de la langue par des signes. Il a fallut dans un premier temps fixer une sémiologie, c’est-à-dire de représenter les objets par des signes à peu près ressemblants (KU, le poisson, se dessine par un poisson ; UD, le jour, se fait par un croissant de lune dans lequel se trouve un arc de cercle pour le soleil) ou par addition ou contraire avec un autre objet (côte droit est le même signe mais inversé que celui pour côté gauche ; pour dire « sortir », il faut additionner le terme jour, UD, à celui de « marcher », DU, ressemblant à un pied horizontal). Pour d’autres signes, ce ne sera pas la substance du signe qui sera regardée mais la valeur donné, c’est l’herméneutique. Les liens entre les signes ne sont pas donnés de manière arbitraire, par un choix décidé par imagination, mais par cette recherche de similitudes, d’analogies, entre les éléments du monde. Les signes désignent ce qu’ils désignent par raisonnement : SHITA+GISH+NAM va désigner par GISH quelque chose en bois, par SHITA une masse d’armes et par NAM un membre de l’assemblée : donc le terme va désigner le porteur d’une masse d’armes en bois dans l’assemblée. Un même terme va, alors, en s’additionnant à d’autres, potentiellement désigner plusieurs valeurs différentes ; c’est le système logographique et phonétique d’autre part qui va augmenter le nombre de valeurs différentes possibles.

Exemples de signes cunéiformes avec les équivalents écrits en sumérien et akkadien. Travail de Zunkir sur wikipédia.

Voilà la raison pragmatique aussi de l’inventaire du monde évoqué ci-avant. Les Mésopotamiens vont classer et ranger tous les éléments du monde pour les apprendre et se les approprier, et cela en va de même pour la langue, parce qu’ils vont chercher et trouver tous les liens logiques et rationnels qu’ils peuvent faire entre les objets et les éléments pour élaborer des signes et des mots les plus cohérents possibles. Est-ce cette qualité créatrice, rationnelle et scientifique que Civilization V sous-entend en donnant à la civilisation babylonienne l’ « Ingéniosité » ?

 

On vient de voir l’esprit rationnel, scientifique et le côté ingénieux des Babyloniens (en fait plus largement des Mésopotamiens). Faisant partie de cet esprit, le complétant, le complémentant, ou en découlant, nous allons voir à présent l’application matérielle de cela à travers les atours utilisés par les Civilizations. « Perfectionniste », « Civilisé » (que l’on verra en réalité en toute dernière partie), « Organisé » et « Religieux ». Ces mots semblent décrire, pour un homme comme Hammourabi, un dirigeant complet qui a su utiliser son pouvoir pour construire une politique culturelle et pieuse de grand format, et pour une ville comme Babylone, d’avoir su utiliser sa prospérité pour s’agrandir, construire des édifices religieux et culturels importants et être un modèle civique, ce qui se complète avec son dirigeant.

Représentation de Babylone. Crédit Alamy.

On connait une série de correspondances entre le pouvoir central de Babylone et un gouverneur de Larsa du nom de Sîn-iddinam. Une partie des lettres évoquent les tâches de ce gouverneur ; perception des taxes et impôts, régie des terres, entretien des canaux, etc., une autre partie de ces lettres laissent apparaître la place directe du Roi auprès de son peuple dès lors que celui-ci se sent lésé par le gouverneur. D’autre part, les terres du royaume étaient réparties en deux catégories : celle des terres louées à des tenanciers en échange d’une redevance, et celle des parcelles attribuées à la population au service du palais. Le gouverneur ne faisait le relais qu’entre le palais et la première partie des tenanciers, les dépendants du palais de la seconde catégorie dépendaient directement du Roi. Hammourabi était donc l’administrateur direct et organisé du territoire de son Royaume.

Pour le perfectionnisme, on serait tenté de faire appel au « Code d’Hammourabi » comme symbole de la pleine justice d’un territoire éclectique, mais ce serait passer outre les limites de ce Code de loi. « Code » et « loi », ces deux termes sont mal employés pour décrire l’oeuvre qui nous intéresse : « Code » entendrait une fixation nouvelle et/ou du moins complète de l’ensemble de la législation, ce qui n’est pas juste, aucune entrée de ce code exprime la situation en cas d’homicide par exemple ; et « Loi » entendrait, lui, l’exercice de la force publique pour faire respecter toutes les entrées du Code, nonobstant alors les contradictions de certaines d’entres elles. Au contraire de cela, le Code d’Hammourabi ferait seulement oeuvre de propagande idéologique de l’exercice royal et d’un socle commun à l’ensemble du territoire. Nous allons y revenir en dernière partie. Il semblerait qu’au lieu de faire attention à ces lois écrites, la justice en Mésopotamie se faisait par la « coutume », c’est-à-dire un droit oral reposant sur l’habitude et les connaissances communes en cas de conflits judiciaires. L’homicide était condamnable et entraînait la mort du coupable, chacune et chacun le savait. Le Code d’Hammourabi pouvait servir à la rigueur dans le cas où cette justice locale de coutumes ne faisait pas l’unanimité, en ce cas on passait à la législation royale. Là repose peut-être le « Perfectionnisme » royal d’Hammourabi, ce n’est, en tout cas, que ce dont on est capable de discuter, faute de connaissances complètes de l’époque de ce roi de Babylone.

Stèle représentant l’Etemenanki et à côté Nabuchodonosor II pour fêter la construction du temple sous le règne de ce roi. Conservation dans la Collection Martin Schøyen.

Concernant l’aspect religieux, il est à la fois facile et difficile de tirer le portrait pieux de Hammourabi. Facile parce que la symbolique religieuse est omniprésente autour du roi de Babylone, mais c’est un fait commun de mise en scène du pouvoir, telle la scène au sommet des piliers du Code d’Hammourabi ou encore les premières lignes de ce même Code qui débite les noms de Marduk, An et Enlil, les plus grands dieux, et fait d’Hammourabi leur premier serviteur. En revanche Babylone nous réserve des spécificités appréciables. Elle est une ville religieuse, l’Esagil et l’Etemenanki sont les principaux témoins de cela. On l’avait dit pour l’origine de la ville, Babylone est inscrite dans les textes pour la construction d’un temple de Marduk, c’est l’Esagil. Cet édifice religieux qui sera au cœur du quartier sacré de Babylone remonte en effet à un temps très ancien et les aléas qu’il subit au cours des siècles sont liés à l’histoire de la ville : vols, pillages et incendies lors des invasions Hittites, de l’Elam, des Assyriens, restaurations par les Amorrites, par les Kassites et pour finir la construction du monument gigantesque Etemenanki au temps de prospérité de Nabuchodonosor II. En sus d’un premier et principal temple de Marduk, Babylone s’est effectivement dotée d’une ziggourat supplémentaire mais de dimensions exceptionnelles. Cette tour était constituée de six étages plus un temple de Marduk à son sommet pour atteindre 90 mètres de hauteur. La base carré de Etemenanki faisait 90 mètres de côté. Ce bâtiment, se voyant à des kilomètres à la ronde avec une architecture particulière, a marqué et frappé les habitants et les voyageurs. La « Tour de Babel » n’est pas loin de l’image de cette ziggourat. Voilà pour la partie religieuse de Babylone.

 

Apparaissant dans Civilization III, l’unité « Archer babylonien » tire son origine d’une fresque murale retrouvée à Suse du temps de l’empire achéménide, dirigé par Darius Ier (522-486 av. J.-C.), et l’unité unique des Babyloniens reste ainsi jusqu’à Civilization V. Les « Jardins », bâtiment unique dans Civilization IV, font-ils une claire référence aux Jardins Suspendus de Babylone, l’une des merveilles bien connue du monde méditerranéen antique ? Quant aux « Murs de Babylone », ils remplacent le précédent bâtiment unique dans Civilization V. Parlons-en un peu.

Pourquoi l’unité unique des Babyloniens ne change pas de nom, a minima dans Civilization V ? Puisque, dans ce même jeu, la langue akkadienne a fait irruption dans l’audio des dialogues des dirigeants, il n’y a pas une grosse recherche à faire pour donner le terme akkadien pour archer, Sub Qasti. Ce que font les créateurs fans dans le mod de Civilization V précédemment vu en légende du portrait d’Hammourabi dudit mod : Nabuchodonosor II se retrouve avec son unité unique inchangée si ce n’est son nom et Hammourabi a pour unité unique le lancier qui porte le nom de Kibitium.

Portrait de Nabuchodonosor selon le mod de fan de Civilization V.

« Frise des archers », nom retenu par le Louvre, décorant le palais de Darius Ier à Suse. Conservé au Louvre, Paris.

Archer et Lancier, c’est bien ce que montre cette fameuse fresque achéménide, cela dit, il est assez malheureux de dire que cette fresque est babylonienne puisqu’elle apparaît dans le palais du dirigeant perse. Néanmoins, l’hypothèse majeure sur le sujet tend à dire que ces archers et lanciers représentent non pas les Immortels, la légion d’élite de l’armée perse, mais un modèle idéal du soldat, dont l’inspiration remonte au passé de la ville de Suse, lorsqu’elle était élamite, donc du peuple mésopotamien héritier de la Babylone de ses grandes premières heures. Malheureusement, tout n’est affaire que d’hypothèse et si l’on ne tient compte que des faits, la frise étant perse, elle serait une malheureusement représentation des archers et lanciers de l’armée babylonienne. D’autant plus que, si on pousse la critique plus loin, entre l’armée babylonienne du temps de Hammourabi et celle de Nabuchodonosor, il n’y aurait aucune différence ? aucune évolution de l’armement, de la technologie de guerre ? Plus de mille années séparent ces deux époques, il est invraisemblable de représenter les soldats des deux époques identiques.

 

 

 

Portrait des Jardins Suspendus de Civilization V

Au sujet des « Jardins », on pourrait en effet croire que l’édifice le plus représentatif de la ville de Babylone sont les jardins. Les jardins vont nous évoquer les fameux et mythiques Jardins Suspendus, mais le souci avec eux c’est qu’ils apparaissent dans les Civilization depuis le premier comme l’une des « merveilles » du jeu (un bâtiment qu’on ne peut construire qu’une fois par partie). Le phénomène des jardins en Mésopotamie ne s’arrête pourtant pas là et, d’ailleurs, il ne commence pas là non plus. Les jardins, en effet, font partie du décor après tout : c’est l’image de la nature domestiquée à côté de la maîtrise de l’agriculture dans les champs. Vergers, potagers ou jardins d’agréments privés, il ne devait pas être rare d’en croiser dans les grandes villes de Mésopotamie. Des jardins attenants aux temples ou les jardins royaux étaient parmi les plus réputés, l’Épopée de Gilgamesh elle-même parle du jardin du temple d’Ishtar à Uruk, pour donner un exemple. Un problème persiste néanmoins avec les jardins à Babylone : cette ville était connue pour ne pas en avoir. Si l’on en croit les auteurs greco-romains, les Jardins Suspendus de Babylone ont été construits sous le règne de Nabuchodonosor II pour son épouse qui était nostalgique des jardins de son pays d’origine, l’Iran. Si le bâtiment mérite toujours d’être découvert, la raison de sa construction est plausible puisque ce sont bien dans les villes du nord de la Mésopotamie qu’on trouve de nombreux jardins urbains. Donner à Babylone le bâtiment unique des « Jardins » montre une fausse bonne idée de Civilization IV qui généralise trop vite un phénomène qui n’a touché qu’une partie de la Mésopotamie, Babylone en étant exclue. L’erreur peut avoir pour origine la référence trop commune à Babylone ; le nom, la ville, ce tout, doit toujours apparaître alors qu’il y avait bien d’autres choses en Mésopotamie en dehors d’elle.

La Porte d’Ishtar telle que reconstituée au musée de Pergame à Berlin

Enfin, les « Murs de Babylone » apparaissent dans Civilization V à la place des précédents « Jardins ». Les murs de Babylone sont apparus dans les textes antiques listant les principales merveilles du monde telles qu’on les connait : le Colosse de Rhodes, le Temple de Zeus, etc.. L’Histoire a préféré les remplacer par le Phare d’Alexandrie. Civilization V répare ainsi cette injustice. Mais le risque de parler des murs de Babylone pour les murs, justement, est de rester beaucoup trop vague, certes les dimensions de l’édifice de protection ont fait rêver tous les voyageurs, leur prêtant jusqu’à une centaine de mètres de hauteur. Ce qui fait sa beauté se trouve aussi et surtout dans les portes, ces zones d’allées et venues de ces mêmes voyageurs. Civilization V met en scène le dirigeant Nabuchodonosor II et, parmi les événements qui se sont passés durant son règne, la construction de la Porte d’Ishtar peut être mise en avant. Les portes de Babylone, au nombre de huit, ont en effet chacune un nom et une véritable identité. La Porte d’Ishtar était l’entrée principale, parce que située au nord, elle était la plus susceptible d’être attaquée et parce qu’elle se trouvait sur la voie processionnelle qui, pour fêter la nouvelle année, faisait voyager la statue du dieu tutélaire Marduk. Enjeu militaire, enjeu religieux et une allure monumentale, tout, en somme, pour être un monument unique et symbole d’une ville.

Civilization V rend le plus bel hommage à l’Histoire de Babylone en rendant à Babylone ce qui appartient à Babylone, c’est indéniable, les murs ont une force remarquable et un symbole profond : leur présence est signe qu’il n’y a pas de paix, une ville dès lors qu’elle est ville se dote de murailles pour faire réfléchir à deux fois les impudents rivaux et pillards ; les esprits lettrés développent aussi une symbolique autour de ces remparts protégeant ce qui est la civilisation de l’extérieur chaotique et destructeur. Mais, à partir de là, on peut tout de même trouver que « Murs de Babylone » ne fait pas assez personnel, trop allusif, alors qu’il faudrait porter l’attention sur quelque chose qui a une personnalité singulière. Ou bien les nommer en akkadien, comme le fait le mod précédemment utilisé en exemple.

 

L’Odyssée d’Astérix d’Albert UDERZO et René GOSCINNY en 1991 met en scène un voyage mouvementé dans le désert mésopotamien aux pages 36-38. Photos personnelles des pages.

L’Odyssée d’Astérix des célèbres Albert Uderzo et René Goscinny se moquait  déjà en 1981 de la pluralité des peuples dans le désert mésopotamien. Comme on a pu le voir précédemment, il y a eu effectivement une multitude de peuples qui a habité en Mésopotamie durant l’histoire, celui de Babylone n’en étant qu’un parmi d’autres (cela aussi on l’a déjà dit). Le problème réside bien là : que sont, ou plutôt qui sont les Babyloniens ? Et on va tout de suite avancer à une question supplémentaire : les Babyloniens sont-ils un peuple ? Le terme « babylonien » pourrait ne servir qu’à définir la population de la ville de Babylone et non pas toute une civilisation. En effet, dans le jeu Civilization V, introduisant le son des paroles chez les dirigeants de civilisation, Nabuchodonosor II parle en akkadien, pas en babylonien. Cela s’explique, certes, très facilement, le babylonien étant un dialecte dérivé de l’akkadien. Mais l’origine et l’utilisation d’une langue n’est-il pas un des facteurs (ils deviennent nombreux à la fin, n’est-ce pas ?) les plus importants d’un peuple et d’une civilisation ? On pourrait se poser ensuite la question de l’origine de la ville de Babylone et de quelle ethnie était ses premiers habitants ?

 

Il faut entrer, là, dans la vaste et complexe Histoire de la Mésopotamie à la recherche des premiers dominants de la région de Babylone puis de l’élaboration et des évolutions de l’identité des Babyloniens. Les premières sources textuelles de la Mésopotamie, en 3300-3200 av. J.-C., laissent penser qu’il y a deux peuples distincts qui se partagent l’espace des deux fleuves. Il y a au nord les Akkadiens, un peuple sémite, et, au sud (vers Babylone) les Sumériens dont l’origine est mal connue. Les deux pays sont parsemés de Cités-Etats plus ou moins riches. Durant le règne de l’akkadien Sargon (vers -2300), la sphère d’influence des Akkadiens s’étend sur le pays des Sumériens, la Cité-Etat d’Akkad de Sargon devient alors la capitale d’un vaste empire et la machine monarchique se met en route. La langue sumérienne disparaît au profit de l’akkadien, mais survit néanmoins dans la sphère des Lettrés. Pour marquer d’autant plus la disparition quasi complète du peuple sumérien, Sargon place une de ses filles dans un rôle religieux en Sumer, c’est-à-dire que la religion sumérienne se voit maîtrisée en partie par une akkadienne ; la religion étant également un aspect important de la définition et de la distinction d’un peuple, voilà sa disparition. A moins que les deux peuples aient une religion relativement proche ? C’est tout à fait possible.

Marduk et son attribut animal, un dragon, sur le détail d’un cylindre à sceaux en lapis-lazuli.

L’empire d’Akkad est passager puisque vers -2130 il a abandonné sa domination sur Sumer, entre autres, qui revoit se multiplier les Cités-Etats sur le Sud de la Mésopotamie. Un dirigeant de la cité d’Ur du nom de Ur-Nummu édictera un code de lois avec un calendrier qui semblent bien avoir marqué un socle commun sur une vaste région, au-delà de la zone de la Cité-Etat. Mais le monde des Cités-Etats sumériennes est de courte durée puisque vers la fin du millénaire une grande invasion de la Mésopotamie se fait par des nomades sémites venus de l’Ouest, les Amorrites. C’est d’ascendance amorrite qu’entre en jeu Babylone dans notre histoire. Hammourabi est Amorrite. Sa domination sur et à partir de Babylone est totale au Sud comme au Nord de la Mésopotamie, grâce à d’habiles succès militaires et par une diplomatie et une politique culturelle grandiose : code de lois et calendrier uniques gravés sur des stèles dans toutes les places publiques des grandes villes, voilà la stratégie mise en place. Ainsi, des repères communs à tout le monde naissent et c’est la fin de tous les bagages sumériens dont il ne reste qu’une littérature. Mais posons de nouveau la question avec un peu plus de facteurs : est-ce que les Babyloniens, sous Hammourabi, sont akkadiens comme l’étaient les premiers akkadiens du début de notre exposé ? Hammourabi reprendra le titre impérial d’Akkad par exemple, mais à l’inverse, puisque Hammourabi est Amorrite, d’un côté la langue akkadienne parlée n’est pas exactement la même (même si elle reste sémite donc très proche) et la religion Amorrite ne diffère de celle Akkadienne que dans la vénération d’une divinité supplémentaire, Amurru, qui est éponyme du peuple. De l’autre côté, et c’est là que se joue toute la différence, la destinée de Babylone change radicalement avec Hammourabi : la ville devient une référence en tout point de la société sur l’ensemble de la Mésopotamie. L’invasion des Hittites, par exemple, au XVIe siècle av. J.-C. conduit au rapt de la grande statue du dieu Marduk, principale divinité protectrice de la ville. La statue sera ramenée plus tard à Babylone par les Kassites, nouveaux envahisseurs qui dominent Babylone et son empire, parce que ce peuple sera subjugué par Babylone à tel point qu’il va entièrement adopter la culture babylonienne. Cela se ressent par le fait de notre méconnaissance complète des Kassites aujourd’hui, parce que justement ils n’ont rien gardé de leur origine, de leur langue ni de leur religion.

Puis, au XIIIe siècle av. J.-C., venue du Nord, la domination assyrienne à Babylone et sur ses environs est totale, mais le grand roi d’Assyrie prend tout de même dans ses titres de monarque celui de « Roi de Babylone ». Babylone n’est plus une ville politique mais elle reste une cité culturelle et religieuse majeure. On va la revoir au premier plan politique avec Nabuchodonosor II, au VIe siècle av. J.-C, mais ce sommet de nouveau atteint ne laissera rien de plus que des souvenirs et images littéraires.

 

L’image parle d’elle-même : bienvenue dans la saga Civilization où la poussière des civilisation passées est la fondation des civilisations contemporaines.

En conclusion, est-ce que les Babyloniens formaient une civilisation ? On pourrait dire que, grâce à Hammourabi, en son temps, les Babyloniens formaient une entité sociale et politique imposante avec son modèle propre et il l’a donné à l’ensemble de la Mésopotamie, cela suffit effectivement pour être une civilisation. Cependant, si on regarde le fond des choses, Hammourabi était d’origine amorrite, il parlait l’akkadien et régnait foncièrement sur une population mixte, akkadienne en grande partie, amorrite pour les dominants et avec des restes culturels antiques sumériens et sa religion n’avait rien de plus original qu’un culte local particulier ne changeant en rien du fond commun akkadien et sémite. Ainsi, les Babyloniens d’Hammourabi n’avaient rien réellement à eux justifiant une civilisation à leur nom. Alors, est-ce que les jeux Civilization ont-ils judicieusement nommé et défini cette civilisation mésopotamienne ? Nous avons avancé par ces paragraphes que cela se discute au vu de définitions précises et sérieuses de « civilisation » et de « peuple », que nous n’avons pas abordées ici puisque ce n’est pas le lieu. Mais nous n’allons pas souhaiter oublier ou autrement mettre de côté le phénomène sentimental et culturel des images de Babylone et de Hammourabi dans notre époque qui représentent l’aboutissement d’une des premières civilisations du monde. Cela ne souffre aucune contestation. La recherche historique tend simplement à réfléchir et faire réfléchir non sur ce qui est vrai et faux dans nos images mais sur la multitude possible de représentations de la même chose.

Et c’est bien sur ce dernier point qu’il va falloir clore cette réflexion : en souhaitant fortement le retour de Nabuchodonosor II et Hammourabi en dirigeants de civilisation d’un futur DLC de Civilization VI ou, pourquoi pas, dans un Civilization VII. Sous quels traits ? Et, surtout, quelle serait leur faction : babylonienne, akkadienne, amorrite, sémite ? L’ouverture est vaste.

Trouve-t-on ces mêmes questionnements pour les autres civilisation des Civilizations ?