Kazumi Totaka
KAZUMI TOTAKA, MUSICIEN MALICIEUX DE NINTENDO
Si vous êtes fans d’easter eggs et de Nintendo, vous connaissez forcément Kazumi Totaka. Apprenez toutefois que son oeuvre va bien au-delà de sa célèbre Totaka’s Song.
Totaka, Totaka… Mais c’est bien sûr, le compositeur et comédien japonais qui s’est amusé à cacher une petite mélodie de sa composition dans tout un tas de jeux de la firme de Kyoto ! Effectivement, c’est bien lui ! Mais au-delà de cette anecdote incontournable du lore de Nintendo, connaissez-vous vraiment le monsieur ? Pas tant que ça ? Et bien vous serez ravi d’apprendre qu’au-delà de cette facétie, notre ami a accompli énormément de choses, autant chez Nintendo qu’en dehors d’ailleurs
Plantons le décor pour commencer : Kazumi Totaka est né le 23 août 1957 à Hino, une petite ville située juste à côté de Tokyo. Niveau formation, il pèse plutôt lourd puisqu’il est diplômé du conservatoire de Kinutachi, l’un des plus grands de l’Archipel Nippon. Pour vous donner une idée, ce temple de la musique a vu naître de nombreux autres musiciens connus, parmi lesquels Joe Hisaishi, le compositeur historique des studios Ghibli. Sauf que contrairement à son homologue, Totaka ne va pas briller dans le cinéma d’animation, mais bien dans le jeu vidéo.
ENTER PAR LA « GRANDE PORTE »
Saviez-vous que « Totaka » signifiait « Grande Porte » en japonais ? Un nom qui n’aurait pas pu mieux aller à notre personnage du jour puisqu’à sa sortie du conservatoire, il n’a que 23 ans lorsqu’il rentre chez Nintendo en 1990. Par la grande porte du jeu vidéo donc. Pour remettre les choses dans leur contexte, cette année-là marque la sortie de la Super Nintendo au Japon, mais aussi celle de jeux cultes de son catalogue comme Super Mario World, Megaman 3, The Secret of Monkey Island ou encore Final Fantasy III.
Même si on aurait aimé qu’il ait fait ses premières armes sur ces jeux pour la beauté du storytelling, il ne faut pas rêver. Non, son premier job au sein de Nintendo se fera sur le jeu Gameboy F1 Race. Non seulement, il participe à la compo de certaines musiques du jeu, mais officie surtout en tant qu’assistant. Après tout, il faut bien commencer quelque part.
Mais revenons-en à notre cher Kazumi Totaka, car en 1992 ; il ne fait pas que toucher à la Gameboy. Il va en effet prendre du galon et naturellement commencer à composer pour des titres Super Nintendo. Signe de la confiance grandissante que lui accorde Nintendo, il est même missionné pour créer des morceaux pour des titres Mario, bien que minimes, à l’instar de Mario Paint. Tout le monde ne connaît pas forcément ce jeu issu de la ludothèque du plombier moustachu, mais dire que sa bande originale est de qualité serait un euphémisme quand on découvre le résultat. Il n’y a qu’à écouter le thème principal du jeu, composé par Totaka lui-même, pour s’en rendre compte. Mais l’année 1992 est loin d’être finie pour lui puisque la même année, notre musicien a également bossé sur les BO de Zelda : Link’s Awakening et Super Mario Land 2 (Pour d’autres titres plus confidentiels comme le RPG exclusif au Japon, Kaeru No Tameni Kane Wa Naru. Avec tout ça, on peut le dire : le bougre a déjà un sacré CV après seulement deux ans d’expérience professionnelle. Pour autant, son champ d’expertise ne va pas se limiter qu’au jeu vidéo.
MUSIQUE DE JEUX VIDEO, MAIS PAS QUE !
Comme tout bon musicien qui se respecte, quand il n’est pas aux manettes pour habiller nos jeux vidéo préférés, Kazumi Totaka fait aussi partie d’un groupe de musique, un vrai, appelé Spiritual Vibes. Cette formation mêlant jazz et bossa nova qu’il a lui-même co-fondée avec son ami Nobukazu Takemura. Autrement, il s’occupe de la composition bien sûr, mais brille surtout par la maîtrise de ses instruments de prédilection : le vibraphone et le piano. Vous voulez une preuve de son talent en tant que vibraphoniste ? Ce solo devrait aisément faire l’affaire.
Accompagné des autres membres du groupe, Gaku Nakamura, Hiroshi Funato, Honzi, Kenji Kamon, Kikuko Nonaka, Kohei Osato, Nobukazu Takemura, Takero Ogata, Takeshi Habu et Tomoo Kawagoe, Kazumi signe avec Spiritual Vibes, un total de cinq albums entre 1993 et 1996. Seulement voilà, l’année qui suit la sortie de son troisième album Before The Words, la formation se sépare et Totaka décide de créer un autre groupe dans la continuité du premier et baptisé A Slice of Life. Un groupe toujours actif et qui par ailleurs, tourne encore pas mal sur l’archipel nippon.
La musique en collectif, c’est cool, mais Totaka a aussi tenté une carrière solo. Alors qu’il fait encore les beaux jours de Spiritual Vibes, il se lance pour défi de porter un projet en solitaire qu’il va nommer Liberal Music. Sous ce nom, l’artiste sortira son premier EP intitulé Undercurrent en 1994, ainsi qu’un deuxième quelques années plus tard, In The Valley.
Quand bien même le musicien s’épanouit avec ses projets musicaux plus traditionnels, il n’arrête pas pour autant les musiques de jeu vidéo. En 1995 par exemple, toujours chez Nintendo, il va signer quelques morceaux pour l’OST de Wave Race sur Nintendo 64. Si celle-ci déborde de morceaux rock pour donner du peps à ce jeu de course survitaminé, certaines autres pistes sortent du lot et se démarquent par leurs sonorités jazzy / bossa nova. Vous l’aurez compris, celles-ci sont l’œuvre de Totaka, et ne sont pas sans rappeler les beaux jours de Spirituals Vibes.
YOSHI’S MANSION & TOTAKEKE’S STORY
Toujours sur Nintendo 64, Totaka San va aussi s’occuper de la bande son du jeu Yoshi’s Story. Principale originalité de celle-ci ? Elle ne comporte qu’une seule et unique mélodie (en dehors du thème principal) déclinée en plusieurs variantes. Or, cette approche va permettre au compositeur de se faire plaisir en matière d’expérimentations puisque s’il va bel et bien garder le même thème au fil des niveaux, il va en proposer des variantes dans différents styles musicaux en fonction de l’ambiance des niveaux. Classique, rock, accordéon ou encore bien évidemment vibraphone, il y en a pour tous les goûts !
Kazumi va tellement s’amuser avec Yoshi qu’il va carrément avoir l’audace d’enregistrer sa propre voix pour doubler le personnage dans le jeu. Eh oui, tous les petits cris que Yoshi pousse dans le jeu sortent de la bouche de Totaka lui-même. Nintendo sera tellement fan de son doublage du personnage que Nintendo conservera ses pistes sonores de Yoshi’s Story jusqu’en 2010 pour les inclure dans chaque jeu où Yoshi apparaît. À l’aube de la nouvelle décennie jusqu’à aujourd’hui, c’est toujours lui qui prête sa voix au petit dinosaure vert, à ceci près qu’il a réenregistré ses pistes l’occasion de l’intégration du personnage dans Super Mario Galaxy 2. Galvanisé par son nouveau rôle et l’accomplissement d’avoir doublé un personnage aussi emblématique que Yoshi, le musicien ne s’est évidemment pas arrêté là et a très vite cherché à passer au niveau supérieur.

Kazumi Totaka en studio pour doubler notre Yoshi adoré (et sacrifié !)
Rapidement passé de rookie à membre incontournable de l’équipe musicale de Nintendo, Kazumi Totaka va connaître ses plus grandes heures de gloire à l’ère 128 bits. Vous connaissez l’histoire : en 2001, le Gamecube sort au Japon avec comme jeu de lancement le tout premier Luigi’s Mansion. Rien qu’à la vue du titre, et encore plus depuis que la série a connu une seconde jeunesse sur Switch, on sait déjà que vous êtes en train de siffler ou fredonner le thème principal du jeu, comme le fait Luigi lui-même avant d’entrer courageusement dans le manoir des Boo. Eh bien devinez quoi, ce thème c’est Totaka qui l’a fait ! Mais ce n’est pas tout : sorti grandi de son expérience de doublage sur Yoshi’s Story, c’est également lui qui va s’occuper des pistes de voix loufoque du professeur K(arl)-Tastroff, le savant fou complètement barré qui n’est autre que l’inventeur de l’Ectoblast 3000 et les autres inventions utilisées par Luigi dans le jeu au cours de sa chasse aux fantômes.
Mais une question se pose alors : pourquoi Nintendo a décidé de créer un personnage inspiré du musicien japonais ? Tout simplement parce que ce dernier a été sound director et compositeur pour tous les jeux de la licence Animal Crossing jusqu’à l’épisode New Horizons sorti sur Switch. Une bien belle manière de rendre hommage à son travail et son héritage musical.
Le délire de la comparaison entre Totaka et Totakeke est allé si loin que lors du concert Mario and Zelda Big Band Live, des fans n’ont pas manqué de scander le nom de « Totakeke », pendant que Totaka lui-même jouait de la guitare comme son personnage. La scène était d’autant plus drôle que Shigeru Miyamoto en personne était présent sur scène et tenait une image de Kéké Laglisse juste à côté du compositeur. Un grand moment de l’histoire du JV en somme.
Encore aujourd’hui, les musiques d’Animal Crossing sont peut-être celles qui représentent le mieux la patte sonore de Kazumi Totaka. En plus d’être à son image : feel good et apaisantes, elles cristallisent à merveille le côté expérimental du compositeur. En effet, un peu à la manière de ce qu’il a fait dans Yoshi’s Story, l’artiste prend plaisir à proposer différents arrangements des thèmes forts du jeu, en les adaptant en fonction des saisons. Une liberté créative poussée à son paroxysme avec toutes les chansons de Keke qui le font briller chacune dans un genre musical différent.
Dans un registre un peu plus personnel, Kazumi Toataka va même passer réalisateur sur le projet Wii Music en 2008. S’il est avéré que peu de personnes y ont réellement joué, beaucoup de joueurs connaissent l’existence de ce jeu suite à la présentation désastreuse du jeu par Shigeru Miyamoto à l’E3 2007. On est d’accord, c’était gênant, mais plutôt que d’enfoncer des portes ouvertes et de remuer encore le couteau dans la plaie, réhabilitons plutôt ce jeu qui avec le recul, si l’exécution laissait clairement à désirer, Wii Music restera à jamais « le jeu rêvé » de Totaka qui n’avait alors qu’une seule idée en tête : transmettre aux joueurs sa passion et son amour pour la musique.
Vous voyez, on vous avait prévenu qu’en plus de la Totaka’s Song, il y avait énormément de (belles) choses à dire sur l’histoire et le parcours du musicien facétieux de Nintendo. Mais si vous croyez que ça va nous empêcher de parler de cette mélodie indissociable de l’histoire de Nintendo, vous vous mettez le doigt dans l’œil !
TROUVEZ LA TOTAKA’S SONG
Comme chacun sait, les jeux vidéo regorgent d’easter eggs, ces clins d’œil et secrets cachés dans le seul et unique but que les joueurs les trouvent. Si l’un des plus connus du genre reste assurément le Konami Code, ce cheat iconique présent dans de nombreux jeux du studio, Nintendo a lui aussi son équivalent via la fameuse Totaka’s Song, mélodie de Totaka en français.
Loin d’être un code secret, cette mystérieuse chanson est tout simplement une courte mélodie de 19 notes qui se répète composée par Totaka San lui-même. Sans être entraînante plus que ça, elle est surtout cachée dans la quasi-totalité des jeux sur lesquels le compositeur a travaillé. On le sait parce que si les joueurs l’ont d’abord repérée dans Mario Paint, elle a ensuite été retrouvée dans X et Kaeru no Tame ni Kane wa Naru, deux des jeux de Totaka sortis avant l’atelier à dessin du plombier moustachu.
Dès lors, les Nintendo Fans comprennent que Totaka veut s’amuser à leur proposer un véritable jeu de piste musical. Désireux de découvrir dans quels jeux et de quelle manière la Totaka’s Song apparaît, nombreux sont ceux qui vont commencer à décortiquer de fond en comble la ludographie du musicien. Et c’est ainsi qu’au fil des années, la fameuse mélodie sera découverte dans plusieurs autres jeux de Nintendo dans lesquels le bougre est crédité, dont Animal Crossing, Link’s Awakening, Yoshi Touch and Go, Virtual Boy Wario Land, Luigi’s Mansion, et bien d’autres encore. On peut même parfois l’entendre sur des supports extérieurs aux jeux comme par exemple sur la page d’accueil du site officiel d’Animal Crossing: New Leaf.
Selon Wikipédia, la mélodie a jusqu’à aujourd’hui été trouvée dans les jeux suivants :
- Animal Crossing
- Animal Crossing e-lecteur de cartes
- Animal Crossing: Wild World
- Animal Crossing: Let’s Go to the City
- Animal Crossing: New Leaf
- Animal Crossing: New Horizons
- Animal Crossing: Happy Home Designer
- Animal Crossing: New Horizons
- Kaeru no Tame ni Kane wa Naru
- The Legend of Zelda: Link’s Awakening / DX / Remake 2019
- Luigi’s Mansion
- Mario Paint
- Pikmin 2
- Musique de la « Boutique Nintendo DSi/Wii
- Wii Sports
- Super Mario Land 2: 6 Golden Coins
- Virtual Boy Wario Land
- X
- Yoshi’s Story
- Yoshi Touch and Go
- Yoshi’s New Island
- Pokémon Rouge et Bleu, lorsque le joueur tente d’imprimer
- Mario Kart 8
Mais ne vous y trompez pas : si dans certains jeux, la mélodie est très facilement identifiable, dans d’autres titres, c’est une autre paire de manches. Prenons le cas Animal Crossing: Let’s Go to the City par exemple. Pour l’entendre autre part que lors de la rengaine de Kéké, rendez-vous lors du premier voyage en bus vers le centre-ville. C’est l’Amiral qui en sifflera les notes, si et seulement si on attend environ 3 minutes sans appuyer sur le bouton A après qu’il ait dit sa première phrase. Subtil n’est-ce pas ?
Autre exemple plus récent (le dernier officiellement répertorié d’ailleurs) avec Mario Kart 8 : la mélodie est fredonnée par un Yoshi en marge du circuit Vallée Yoshi. Sauf qu’il est extrêmement difficile de la percevoir à cause des musiques et des effets sonores présents naturellement dans le jeu. Retirez-les et vous entendrez distinctement le joyeux dinosaure chanter. Un clin d’œil d’autant plus sympathique que vous savez désormais que derrière Yoshi, se cache ce bon vieux Kazumi Totaka.
En tout cas, n’hésitez pas à nous dire si vous avez repéré la mélodie de Totaka dans d’autres jeux Nintendo sortis ces dernières années, nous nous ferons un plaisir de les ajouter à la liste. D’ici là, on vous laisse, c’est samedi soir au moment où nous terminons cet article et il est hors de question pour nous de rater le prochain concert de Kéké !
