Hidetaka Miyazaki

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HIDETAKA MIYAZAKI

A la poursuite de sa destinée


 

Hidetaka Miyazaki, Président actuel et depuis 2014 de From Software.

Connu du monde vidéo-ludique en tant que concepteur et directeur de la franchise des Souls débutée en 2009 avec Demon’s Souls puis avec la trilogie des Dark Souls, Hidetaka a également produit Bloodborne, l’exclusivité PlayStation 4 en 2015, et plus récemment en 2019 Sekiro: Shadow Die Twice. Lors de l’E3 2019, From Software annonce un nouveau jeu, Elden Ring, en collaboration avec le romancier George Raymond Richard Martin (Le Trône de fer).

Mais connaissez-vous réellement Hidetaka Miyazaki ? De sa jeunesse fortement influencée par la littérature fantastique à une vie professionnelle qui lui était dictée dans la comptabilité… jusqu’à sa révélation avec le jeu vidéo Ico. Miyazaki a ainsi, et contre toute attente, changé sa vie… passant d’une vie d’employé de bureau à celle de président de From Software en 2014.

Une enfance bercée par la littérature fantastique

Né dans le milieu des années 70, Hidetaka a grandit dans une famille de classe sociale défavorisée dans la ville de Shizuoka, au Japon. Hidetaka lui-même employant l’expression « extrêmement pauvre » pour qualifier son enfance. Jeune, Hidetaka n’avait que peu d’ambition dans la vie, sa seule et véritable passion provenait de la lecture. Ses parents ne pouvant lui acheter de livres et de mangas, ils l’avaient inscrit à la bibliothèque de la ville. En tant que fervent et assidu lecteur, Hidetaka adorait lire et écumer des heures durant les ouvrages de la bibliothèque locale de Shizuoka.

Le livre-jeu Les Collines maléfiques (1983) de la série Sorcellerie !

Sa soif de lecture était telle qu’il avait emprunté de nombreux livres en version anglaise sans connaître véritablement la langue de Shakespeare. Afin de combler ses lacunes, il usait de son imagination pour déchiffrer les mots et expressions qu’il n’arrivait pas à comprendre. Il était ingénieusement arrivé à s’adapter au texte grâce à son imagination. Il avait ainsi l’impression de co-écrire l’histoire avec l’auteur. Ce concept, très cher à Hidetaka, le poursuivra toute sa vie au point qu’il l’insuffle plus tard dans sa conception du jeu vidéo.

Durant son enfance, les jeux vidéo lui étaient interdits par ses parents. Stricts et conservateurs, les parents d’Hidetaka, des employés de bureau, voulaient qu’il réussisse dans la vie en faisant de grandes études et ainsi atteindre une classe sociale aisée. Toujours dans cette quête de l’imaginaire, c’est dans la littérature fantastique mais également dans les livres-dont-vous-êtes-le-héros et jeux de société tels que Sorcery de Steve Jackson et Donjons & Dragons que Miyazaki s’est créé sa bulle, une bulle où il a pu évoluer seul en se créant ses propres règles afin de s’échapper de sa condition de jeune enfant défavorisé.

En route vers sa destinée : la révélation Ico

Ico (PlayStation 2 – 2001), le jeu qui a changé la vie de Miyazaki.

N’ayant que peu d’ambition dans la vie, Hidetaka écoute ses parents et s’inscrit, après un parcours scolaire des plus encourageants, dans la prestigieuse Université de Keio à Tokyo. Après avoir obtenu un diplôme en sciences sociales, Hidetaka Miyazaki travaille pour l’entreprise Oracle Corporation en tant que gestionnaire de compte. Une vie paisible sans réel bouleversement, mais une certaine monotonie dans ses tâches quotidiennes commence à se faire sentir. Hidetaka s’intéresse aux jeux vidéo à l’âge de 29 ans. Et c’est à cette époque qu’il revoit d’anciens amis de l’Université de Keio. Ils l’invitent ainsi à découvrir Ico, jeu développé sur PlayStation 2 par Fumido Ueda. Ce  qu’il il avait imagé enfant dans ses lectures fantastiques prend tout à coup forme et sens dans ce jeu vidéo. Cette découverte va marquer à jamais la vie de Hidetaka Miyazaki. Il veut devenir concepteur de jeu vidéo.

Hidetaka va alors prendre une décision radicale, celle de quitter son emploi chez Oracle Corporation afin de commencer une carrière dans le jeu vidéo. Cependant, à 29 ans, le futur président de From Sofware doit faire face à un problème de taille. Le voilà trop vieux pour accéder à des études dans le domaine du jeu vidéo et trop jeune et sans expérience pour candidater légitimement dans ce secteur. Après de nombreuses candidatures qui se soldent toutes par des refus, Hidetaka persévère et obtient un emploi en tant que simple codeur chez From Software. Le studio japonais aime ce profil complètement atypique d’un jeune japonais en quête d’une reconversion professionnelle. Au Japon, et même de nos jours, les jeunes diplômés intègrent une société et y restent à vie.

From Software prend ce pari risqué d’employer Hidetaka Miyazaki en 2004 en qualité de codeur / planificateur sur le jeu Armored Core: Last Raven (Playstation 2, PSP – 2005). Apportant de nombreuses idées et étant force d’initiatives dans le développement du jeu, la direction de From Software promeut Hidetaka en tant que directeur du développement sur Armored Core 4 (PlayStation 3, Xbox 360 – 2006) ainsi que sur sa suite Armored Core: For Answer (PlayStation 3, Xbox 360 – 2008).

La saga des Souls, son accomplissement personnel

Demon’s Souls, le successeur spirituel de King’s Field.

Propulsé directeur du développement de la licence Armored Core deux ans après son arrivée à From Software, Hidetaka en est fier mais sommeille en lui une dévorante et insatiable envie de pouvoir créer son propre jeu. Simple hasard ou véritable destinée, un jeu vidéo est en cours de développement dans le studio japonais. En effet, From Software souhaite réaliser une suite spirituelle à sa licence King’s Field. Son nom ? Demon’s Souls. Malheureusement, le développement est chaotique (changement de direction artistique et d’équipe en plusieurs mois). Personne chez From Software ne veut s’embarquer dans ce développement. Hidetaka apprend alors l’existence de ce projet et son faible intérêt va s’accroître en étant informé que Demon’s Souls sera un A-RPG se déroulant dans l’heroic fantasy. L’occasion est trop belle, il demande à prendre la direction du jeu. Son objectif est simple, prendre le contrôle du développement du jeu et lui insuffler son imaginaire provenant de toutes les lectures fantastiques de son enfance. Et comme à ce stade Demon’s Souls était déjà un échec, si les idées de Miyazaki venaient à ne pas convaincre, personne ne s’en soucierait. Débute alors le développement de Demon’s Souls. Hidetaka se l’approprie complètement et lui donne sa propre vision. La prise de risque et l’exigence sont les clés de la récompense face à l’adversité et les axes fondamentaux de la vision de Miyazaki.

Nous sommes en octobre 2008 lors du Tokyo Game Show et le jeu est pour la première fois jouable auprès du public (développement achevé à 65 %). Malheureusement, le jeu ne convainc personne. En cause, les nombreux ralentissements du A-RPG de From Software et sa difficulté ahurissante. La démo demandait un réel investissement pour le joueur avec un système de personnalisation de l’avatar très poussé, inadaptée pour un salon de jeu vidéo. Même la presse spécialisée ne pouvait à l’époque, en octobre 2008, émettre le moindre jugement. Et pourtant, le développement de Demon’s Souls s’achève et débarque officiellement  tout d’abord au Japon en février 2009. Hidetaka Miyazaki était fier d’avoir pu réaliser son premier jeu.

Toutefois, les ventes ne décollent pas. Pire, Demon’s Souls peine à dépasser les 20 000 exemplaires lors de sa première semaine de commercialisation au Japon. Habitués à des productions dirigistes et moins avant-gardistes, les joueurs passent à côté du titre. Mais un étonnant revirement de situation va alors s’opérer. Petit à petit et via le bouche à oreille, on parle de Demon’s Souls comme d’un jeu très difficile avec un véritable challenge et où le joueur doit redoubler d’efforts, s’impliquer littéralement, pour avancer. L’esprit du jeu et la vision de Miyazaki ayant fait Demon’s Soul ; à savoir l’implication du joueur, sa prise de recul face à un obstacle et savoir faire preuve d’imagination devant l’adversité, sont ainsi salués voire plébiscités. Le jeu débarque alors en Occident et crée un véritable phénomène.

Terriblement frustrant pour certains et véritable expérience entre challenge et satisfaction pour d’autres, Dark Souls est une ode au voyage initiatique.

Après cette réussite, beaucoup de joueurs attendaient une suite. Miyazaki, lui, voit en Demon’s Souls une impasse. Il a de nombreuses idées mais il veut créer son univers propre, façonné à son image et surtout en y incorporant d’avantage son concept de co-écriture, permettant au joueur d’écrire son histoire. Et puis, il veut que son univers puisse être joué par tous.  C’est donc ainsi que le projet Dark est dévoilé au Tokyo Game Show 2010 pour une sortie pour 2011 de Dark Souls sur PlayStation 3, Xbox 360 et PC. Les musiques du jeu sont confiées à Motoi Sakuraba afin d’apporter plus de profondeur et d’épopée – une histoire narrant des exploits historiques ou mythiques d’un héros, ici le personnage incarné par le joueur.

Dark Souls obtient là encore une myriade de récompenses. Un deuxième épisode est logiquement en préparation mais Hidetaka supervise le développement et ne le dirige pas. Sony, voulant réitérer la belle réussite de l’exclusivité de Demon’s Soul sur PlayStation, demande à Miyazaki de produire une exclusivité sur PlayStation 4. Pendant qu’une équipe – avec à sa tête Tomohiro Shibuya et Yui Tanimura – s’occupe de développer Dark Souls II sur PlayStation 3, Xbox 360 et PC, Miyazaki dirige une nouvelle équipe et s’occupe de cette nouvelle exclusivité qui débarquera sur PlayStation 4, le projet Beast.

Pour ce projet, qui deviendra par la suite Bloodborne après son annonce à l’E3 2014 , c’est encore dans les lectures de son enfance que Hidetaka va puiser ses idées. Son inspiration principale provient des récits fantastiques de Howard Phillips Lovecraft. Hidetaka ne s’en cache pas, Bloodborne contient l’ADN de Demon’s Soul de par son level-design ainsi que son univers reprenant l’époque victorienne, mais ne doit pas être considéré comme un Demon’s Souls II. Sony voulant une réelle nouvelle licence.

Suite à cette commande exclusive et honorée comme il se doit, Miyazaki veut terminer sa trilogie Dark Souls et offre à ses joueurs un troisième et dernier épisode concluant cette saga en 2016.

Un Président pas comme les autres

Le 21 mai 2015, le groupe Kadokawa rachète From Software.

Hidetaka Miyazaki, créateur de Demon’s Soul et de Dark Souls, est promu président en 2014 suite au rachat de From Software par Kadokawa Corporation, grand groupe de divertissement au Japon pour 1, 75 milliard de Yens. Ce rachat se fait notamment du fait de la santé excellente de From Sofware qui, en l’espace de 5 ans, s’est doté d’un nom, le créateur des Souls. Un genre est né… une identité est née. Même si de nouvelles et hautes responsabilités l’attendent, il est absolument hors de question pour lui de délaisser son côté créatif. Ainsi, en acceptant de devenir président de From Software, il demande au conseil d’administration de pouvoir continuer à créer des jeux vidéo.

C’est donc avec une nouvelle casquette que Hidetaka Miyazaki continue son chemin, sa destinée, après son arrivée en 2004 au sein du studio. Devenu maintenant président, il dirige le projet Beast qui devient Bloodborne (PlayStation 4 – 2015) avant de conclure la saga Dark Souls avec un ultime et dernier épisode en 2016.

Hidetaka Miyazaki a toujours des idées, mais il sait que l’étiquette de développeur des Souls commence à coller au studio. Alors, et sachant intimement que tourner la page peut être une réelle prise de risques, il se lance dans le développement d’un titre à mille lieues des productions précédentes avec Déraciné (PlayStation 4 – 2018) un jeu compatible avec le PlayStation VR.

Après ce passage obligatoire découlant de cette envie de se diversifier et d’apporter une prise de risques, Hidetaka Miyazaki se lance dans un projet mettant en avant le Japon médiéval-fantastique avec Sekiro: Shadow Die Twice (PlayStation 4, Xbox ONE, PC – 2019), qualifié de successeur spirituel des Souls et Bloodborne par sa mécanique de combat et son gameplay. Hidetaka mentionne au cours d’une interview que ce projet, débuté en 2015, devait initialement être une suite spirituelle à la licence Tenchu.

Hidetaka Miyazaki recevant le Golden Joystick Awards en 2018.

Avec des titres comme Déraciné et Sekiro: Shadow Die Twice, Hidetaka Miyazaki démontre une nouvelle fois sa capacité à explorer de nouveaux univers et son goût pour la prise des risques dans ses productions mais aussi dans sa vie personnelle. Ses univers,  puisés dans les lectures de son enfance mais également lors de ses nombreux voyages touristiques en Roumanie, en République Tchèque, en Espagne ou encore en Italie, prouvent qu’en plus d’être créateur de jeu vidéo, il est un auteur et un passionné d’architecture. Ses nombreuses réussites l’ont récompensé d’un Golden Joystick Awards en 2018, le prix ​​d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations remis par Ian Livingstone et Steve Jackson, deux écrivains l’ayant fortement influencé dans ses concepts de narration, de mécaniques et d’univers fantastiques.

Les productions de Hidetaka Miyazaki 

 

PRODUCTION

FONCTION

DATE DE SORTIE

Armored Core: Last Raven

Codeur

2005

Armored Core 4

Directeur

2006

Armored Core: For Answer

Directeur

2008

Demon’s Souls

Directeur

2009

Dark Souls

Producteur / Directeur

2011

Dark Souls II

Superviseur

2014

Bloodborne

Directeur

2015

Dark Souls III

Directeur

2016

Déraciné

Directeur

2018

Sekiro: Shadow Die Twice

Directeur

2019

Elden Ring

Directeur

NC