Le jour où… Sony a détruit SEGA avec un simple chiffreCapsule Temporelle

Rédigé par

LE JOUR OÙ… SONY A DÉTRUIT SEGA AVEC UN SIMPLE CHIFFRE 


En voulant toucher le soleil avec sa Saturn, SEGA, tel Icare, s’est malheureusement brûlé les ailes et a fini par plier face à l’insolence tarifaire de Sony et de sa PlayStation. 

De nos jours, on entend beaucoup dire que Xbox se fait complètement allumer – ou plutôt éteindre – par Sony depuis la génération PS4. Alors bien sûr, ce n’est pas complètement faux. Ceci dit, cette hégémonie n’est rien comparé à l’humiliation publique qu’a subie SEGA à l’époque de la Saturn, non pas de la part de Nintendo, son grand rival de toujours, mais bien par un outsider déterminé à se faire une place sur le marché du jeu vidéo, quitte même à piétiner toute la concurrence sur son passage. Oui, on parle bien entendu de Sony et sa PlayStation qui, en trois secondes et un mot, ont planté sans vergogne les premiers clous dans le cercueil de SEGA.

La SEGA Saturn a malheureusement précipité SEGA vers sa fin…

SEISME À L’E3

Si vous savez peut-être déjà que la Saturn a bel et bien amorcé le déclin de SEGA en tant que constructeur de consoles après les années dorées de la Master System et de la Megadrive, il se peut que vous ignoriez encore les raisons concrètes qui ont précipité la maison mère de Sonic dans la tombe. Pourtant, tout avait bien commencé pour cette console de l’espace.

Son histoire commence en 1994 au Japon, dans le sillage d’un jeu qui a attiré toutes les convoitises dans les salles d’arcade nippones quelques mois plus tôt : Virtua Fighter. On parle là d’un des premiers jeux de combat en 3D de l’histoire. Et quand l’éditeur SEGA décide d’en faire un jeu de lancement de sa nouvelle console, la Saturn, rendant ainsi un tel hit de l’arcade jouable dans son salon, forcément le succès est immédiat. Immédiat et stratosphérique même puisqu’on parle bien de 170 000 consoles vendues en 24 h, uniquement au pays du Soleil levant. Un record pour l’archipel.

Évidemment après ça, SEGA va se sentir pousser des ailes, et via sa branche étasunienne, va opérer ce qui reste sans doute encore aujourd’hui le move le plus bawlsy de son histoire : annoncer un shadowdrop de la console aux US directement lors de la toute première édition de l’E3 en 1995, un événement qui, s’il n’existe plus aujourd’hui, a pendant longtemps été le plus grand salon de jeux vidéo du monde.

Sur le papier, rendre une console dispo dès son annonce, ça fait rêver, sauf que dans les faits, personne n’y était préparé, ni les joueurs, ni les revendeurs, et encore moins les développeurs qui se retrouvent avec une nouvelle machine sur le marché sans rien avoir à proposer dessus.

SEGA, C’EST PLUS FORT QUE TOI, MAIS PAS PLUS QUE LA PLAYSTATION

Ok, très bien, mais que vient faire Sony dans toute cette histoire ? Eh bien c’est là que ça devient intéressant, car pendant que SEGA pensait choquer le monde entier avec l’annonce de son PDG Tom Kalinske sur scène (ils l’ont fait, mais pour les mauvaises raisons), un autre génie du mal complotait dans l’ombre et semblait bien décidé à surfer sur la vague et tirer son épingle du jeu : Steve Race, l’un des principaux dirigeants de Sony à l’époque.

Censé annoncer la première PlayStation juste après la prise de parole de Kalinske, dans la même salle et le même jour, il n’a pas pu résister à la tentation d’atomiser la bête blessée. Les historiens du jeu vidéo le savent : un nombre a suffi pour donner le coup de grâce à SEGA : « 299 ». Pour ceux qui n’auraient pas compris, plutôt que de se lancer dans un long discours pour vanter les mérites de sa console, Race s’est contenté, non sans une certaine insolence, de donner son prix en dollars, qui était alors bien plus abordable que la Saturn vendue à 400 dollars à son lancement. Trois secondes et trois chiffres, c’est donc tout ce qu’il aura fallu à Sony pour détruire SEGA et annihiler toutes leurs ambitions en matière de hardware.

Sans surprise cette fois, la Saturn ne s’en relèvera pas et la console sera un vrai échec commercial aux États-Unis. Et comme si ça ne suffisait pas, les développeurs occidentaux ne comprennent rien à l’architecture de la console, qui est beaucoup plus difficile à dompter que celle de la PlayStation. Fatalement donc, des éditeurs tiers majeurs comme EA et Capcom annulent la totalité de ses jeux prévus sur la Saturn pour se tourner vers la PS1, puis de fil en aiguille, tous les autres leur emboitent le pas.  Résultat, les Saturn ne se vendent pas et s’entassent par milliers chez les revendeurs qui peinent à les écouler auprès des joueurs qui n’ont désormais d’yeux plus que pour la PlayStation. C’est un fait, à partir de ce jour, SEGA, en dépit de son héritage légendaire, a malheureusement perdu la confiance de tous les acteurs de l’industrie vidéoludique simultanément.

Et c’est finalement en 1997, soit deux ans après le massacre, que le nouveau président de SEGA of America, Bernie Stolar, annonce dans une interview publiée dans le magazine Next Generation que la Saturn ne fait désormais « plus partie des plans d’avenir de SEGA ». Ok, mais alors, de quoi sera fait cet avenir ? Car si la marque bleue a été mise à terre et laissée pour morte après une décennie d’âge d’or dans les années 90, elle n’a décemment pas encore dit son dernier mot…

Revenchardes et bien motivées à se relever de cet échec traumatisant, les équipes de SEGA vont alors tenter un ultime coup d’éclat avec une dernière console : la Dreamcast, de son premier nom de code « Katana ». Une machine d’avant-garde et clairement en avance sur son temps qui n’a malheureusement pas pu sauver le constructeur du trépas… Mais ça, c’est une autre histoire !