FlémethJuste une vieille vieille femme

La description détaillée ci-dessous peut comporter du spoil.

 


Flémeth

Légendaire sorcière des Terres Sauvages


 

Page de couverture du livre Dragon Age, The World of Thedas, dirigé par Ben GELINAS, 2013.

Flémeth apparaît dans la série de jeux Dragon Age : depuis le premier, Dragon Age Origins, développé par Bioware et édité par Electronic Arts, sorti en 2009, jusqu’à Dragon Age : Inquisition, des mêmes sociétés et sorti en 2014, en passant par Dragon Age II, également des mêmes équipes et sorti en 2011.

 

Sa présence à l’écran est limitée dans les jeux, mais son rôle dans l’univers est indéniable, et si ce n’est directement d’elle dont on parle, ce sera néanmoins le cas à travers sa fille Morrigan : celle-ci rejoint le groupe des Gardes des Ombres dans le premier jeu et la cour de l’Impératrice d’Orlaïs dans Dragon Age Inquisition. Grande encore est l’intrigue autour de l’enfant né du Garde des Ombres et de Morrigan, dans Dragon Age Origins, qui aurait les pouvoirs magiques d’un Archidémon, ce qui n’aurait été possible sans le grimoire noir de Flémeth.

David GAIDER est le game designer principal du personnage de Flémeth dans Dragon Age : Inquisition. Pour les autres jeux de la série, les concepteurs principaux sont Mike LAIDLAW, James OHLEN et Brent KNOWLES.

 

[Légère mise en garde pour la suite : Dragon Age est un jeu à intrigues changeantes selon les choix de dialogue. Le développement des personnages et de leurs histoires dépendent des choix de chaque joueur. On ne va voir, ci-après, que la version la « plus développée », qui n’est peut-être pas celle que vous avez vue en jouant.]

 

« Juste une vieille vieille femme »

« Juste une vieille vieille femme », dit-elle d’elle-même, dans Dragon Age Origins

La première fois que le personnage-joueur rencontre Flémeth, il la découvre sous les traits d’une vieille femme dans une demeure isolée au cœur des terres sauvages. Rien de bien charmant, sauf si on veut faire planer un voile de mystère de vieille sorcière dont il faut se méfier. D’un autre côté, elle semble connaître tous les événements tragiques de l’Enclin et de la mort récente du Roi et ses paroles sont rassurantes. Pour preuve, elle confie sa fille, Morrigan, au groupe du personnage-joueur, après l’avoir sauvée à la tour d’Ishal face aux engeances. Les Gardes des Ombres sont, à l’image d’un Alistair, complètement désemparés par la mort de tous leurs compagnons et la montée en puissance de l’Enclin. Flémeth est ici leur lumière et leur donne la marche à suivre pour sauver le monde.

Puis, au fil des jeux, la silhouette du personnage de Flémeth se dévoile tout en s’enveloppant de mystère : il y aurait comme deux personnages, celui qui ressemble à une sorcière sauvage, et celui des légendes, celles qui parlent d’une très belle femme qui a épousé un ban, il y a de cela très longtemps.

 

La légende autour d’une Flémeth d’Hautecime raconte en effet une vie conjugale paisible avec le ban Conobar, jusqu’à l’arrivée d’un poète nommé Osen. Celui-ci vécut un amour profond avec Flémeth et ils s’enfuirent dans les terres sauvages des Chasinds hors d’atteinte de la colère de Conobar. Mais ce dernier attira dans un piège les amoureux en feignant de formuler comme dernier vœu, sur son lit de mort, la volonté de revoir sa belle. Osen fut mis à mort et Flémeth emprisonnée dans sa chambre. Sorcière de son état, Flémeth invoqua un esprit vengeur du nom de Mythal qui, contre la volonté de la triste amante, prit possession de son corps et se libéra de toutes ses chaînes en précipitant  Conobar et ses hommes dans la mort. Après cet éclat et durant plus d’un siècle, Flémeth/Mythal vécut dans les terres sauvages des Chasinds en engendrant des filles démoniaques avec des Chasinds manipulés. Flémeth et ses filles tentèrent ensuite de prendre le pouvoir dans les terres sauvages et au-delà jusqu’à ce qu’elles soient exterminées par les tribus Alamarri, menées par le chef de guerre Cormac (des tribus Alamarri unifiées naîtra Ferelden). La légende s’arrête là-dessus, en laissant croire que si toutes les filles de Flémeth ont été tuées, la mère, elle, est toujours vivante, et qu’elle continue de donner naissance à des filles aux puissants pouvoirs magiques.

Concept-art de Flémeth pour Dragon Age II.

Le personnage-joueur, lorsqu’il peut avoir une version plus réaliste sur cette histoire, qu’aucun document n’atteste de l’existence passée du ban Conobar et d’une certaine Flémeth d’Hautecime. De plus, nombre des Chasinds connaissent le nom de Flémeth et l’associent à l’image d’une vieille sorcière ou d’un grand dragon vengeur. L’un ou l’autre des chasinds a peut-être fait appel à elle pour se venger d’un méfait, mais, très souvent, la demande n’est jamais satisfaite comme il le faudrait. Une autre histoire à propos de Flémeth prétend qu’elle a aidé Maric Theirin à prendre le trône en Ferelden. Le fils de Maric est Cailan, le roi en place au début de Dragon Age : Origins.

Flémeth dira elle-même que Osen était son mari légitime. Cela ne change en rien la destinée du monde, mais il fallait le dire.

 

Flémeth dans Dragon Age Inquisition : elle a déjà bien plus de prestance et inspire plus de crainte.

Histoires et légendes, vraies, réalistes ou non, tout est là pour entourer le personnage de Flémeth de beaucoup de mystères, mais surtout pour l’impliquer de manière significative dans l’univers. On ne s’étonnera donc pas de la voir et revoir à certains moments de l’histoire.

 

Les jeux eux-mêmes se prêtent à troubler les pistes. En effet, dans Dragons Age : Origins, dans Dragon Age II puis dans Dragon Age : Inquisition, le joueur incarne chaque fois un personnage différent. Et, à chaque fois, Flémeth elle aussi diffère :

 

 

 

Après l’Épilogue de Dragon Age Inquisition, Flémeth rencontre Solas (ou Mythal retrouve Fen’Harel).

 

Finalement, quand on réfléchit à la vision de Flémeth qu’ont les différents personnages incarnés par le joueur d’un jeu à l’autre on constate que : le Garde des Ombres de Origins la croit morte (puisqu’il l’a tuée de sa propre arme), le héros de Kirkwall dans le II la prend pour une magicienne bizarre à qui il doit la vie mais dont il se méfie largement, et enfin, l’Inquisiteur/Inquisitrice de Dragon Age : Inquisition, dont on va parler plus en détail, la prend pour une vieille folle (et en même temps une magicienne très puissante) qu’il a néanmoins réussi à faire plier grâce et avec Morrigan.

Il y a multiples façons de la voir et c’est peut-être là la manière la plus efficace de résumer le personnage de Flémeth. De la nature des légendes aux faits concrets, cela ne change guère.

 

Dans cet univers, il faut être le plus vieux pour être le meilleur ; ou la surenchère de la vieillesse

La carte du monde de Thédas, terre de royaumes et d’empires, de guerres et d’Enclins, de nains souterrains et d’elfes esclaves : Bienvenue !

Ferelden, en jaune dans la région au Sud-Est, est le domaine du premier Dragon Age, Origins.  Le joueur y fait deux choses : il affronte les engeances de l’Enclin qui semblent remonter du Sud, des Terres Sauvages de Korcari, et il se mêle à la politique du Royaume de Ferelden qui vit avec un vif et mauvais souvenir d’une guerre et de l’invasion des Orlésiens (Orlaïs est en bleu à l’Ouest de Ferelden) de la mort du roi de Ferelden qui n’avait pas d’héritier et de la menace de l’Enclin en qui personne ne croit.

Logo de Dragon Age Origins.

L’Enclin menace, par le Sud, de tout ravager sur sa route, parce qu’un Archidémon mène les armées d’engeances. Les Gardes des Ombres, un ordre de soldats immunisé contre les engeances, sortent de leurs ombres (c’est excellent comme blague) et tentent d’unir toutes les forces de Ferelden. Mais ils sont trahis, tout comme le roi, et meurent tous durant la bataille d’Ostagar. Seul le personnage-joueur et son premier compagnon d’arme, Alistair, tous deux Gardes des Ombres, survivent, et ce grâce à Flémeth. Cette dernière est d’autant plus mystérieuse car elle a connaissance de très vieux traités d’union quasi-sacrée de toutes les classes et toutes les races de Férelden : l’ordre des mages, ou le Cercle, les nains d’Orzammar et les clans elfes, surtout celui de la forêt de Bréciliane. Flémeth confie ces traités au Garde des Ombres. Quand celui-ci demande qui elle est et pourquoi elle fait cela, Flémeth répond qu’elle n’est qu’une vieille vieille femme qui souhaite la disparition de l’Enclin, rien de plus.

 

Les Marches Libres (en rouge foncé) et surtout la ville portuaire de Kirkwall, sont les principales scènes du deuxième Dragon Age. La ville de Kirkwall subit notamment une invasion non violente (dans un premier temps) d’un groupe de Qunaris venu de Par Vollen, une terre mal connue au Nord-Est de Thédas.

Corypheus dans toute sa splendeur.

Mais dans la sauvegarde de la cité, le personnage-joueur, avec l’aide non connue de Solas, va réveiller un être aux pouvoirs puissants : Corypheus. Un être fondamentalement méchant qui a péché par orgueil il y a longtemps, aux temps des légendes que raconte la Chantrie où des magiciens sont allés explorer l’Immatériel (le monde des esprits), pour se retrouver dans la salle du trône du Créateur. Par fureur et vengeance, le Créateur, le dieu à l’origine du monde, a transformé ces magiciens en premières engeances. Ainsi sont nés les Enclins, qui rythment l’existence des peuples et des races de Thédas. Corypheus est réveillé et il souhaite assouvir sa vengeance contre le Créateur, d’autant qu’il prétend avoir vu le trône du Créateur vide. Il désire alors prendre la place. Il se surnomme « The Elder One », ou « l’Aîné ».

Légende de Fen’Harel protégeant les Elfes.

Cependant un autre être très puissant et plus antique s’est également réveillé : Fen’Harel, le « Loup Implacable », l’esprit trompeur ou l’esprit rebelle. Fen’Harel est un ancien camarade de Mythal, l’esprit qui a pris le contrôle de Flémeth.

 

 

Enfin, l’intrigue de Dragon Age : Inquisition implique à peu près toutes les nations de Thédas. Mais la majorité des lieux et des régions explorées se trouvent en Orlaïs et en Ferelden.

Dragon Age Inquisition dans toute sa splendeur.

On retrouve, dans l’intrigue du jeu, Corypheus, qui faisait la transition entre Dragon Age II (avec le DLC  Legacy) et Dragon Age : Inquisition où il est le principal mal. Corypheus commence d’abord à mettre en exergue l’instabilité des institutions qui gèrent, au-delà des nations, le continent de Thédas, à savoir la Chantrie, avec son principal bras armé, les Templiers, et le Cercle des mages. Les hostilités entres les Templiers et les Mages (les premiers existent pour surveiller les seconds) atteignent leur paroxysme, au point que la Divine Justinia V qui dirige la Chantrie, convoque un conclave de paix et invite les hauts décisionnaires des deux camps. Corypheus, par manipulation et complotisme, s’introduit dans ce conclave, tue la Divine, mais son plan d’utiliser la Magie de Sang (une magie apostat) pour se téléporter où bon lui semble dans l’Immatériel est déjoué par un soldat inconnu, le futur Inquisiteur, qui est également le futur personnage-joueur. Le Conclave est entièrement soufflé et à sa place  apparaît une brèche dans le ciel. Beaucoup de monde y voit le début de la fin du monde.

Ici commence le jeu, le personnage-joueur va passer des heures, des jours, des semaines voire des mois de son existence à régler les affaires du monde, le sauver, rétablir la paix entre la Chantrie, les Templiers et les Mages, si cela est bien possible, éviter une guerre civile en Orlaïs, en éradiquant au passage Corypheus, et à gérer, parce qu’il faut bien y revenir, un petit enfant enlevé par sa grand-mère qui joue un jeu trouble. Une autre personne joue un double jeu : Solas. Compagnon de route de l’Inquisiteur, il est en réalité Fen’Harel et souhaite tuer Corypheus pour récupérer et utiliser à ses fins un artefact elfique que ce dernier possède.

 

Un cadavre bleu/gris, rigide, nécrosé… Flémeth est-elle morte ou bien… ?

Il y a bien longtemps, au temps où Fen’Harel, Mythal et les autres Evanuris, des elfes d’une puissance incommensurable, régnaient sur leur peuple, les elfes étaient alors à leur apogée. Mais ces grands elfes soumettaient en fait les autres à la tyrannie. Fen’Harel, qui faisait partie de ces Evanuris mais également du peuple, a pensé que seul un bannissement complet de ces « dieux » allait apporter la paix aux elfes. Mythal a également joué un rôle entre les deux, elle était la « déesse » protectrice des elfes, nombres d’épisodes rapportent qu’elle a sauvé tel ou tel elfe d’un grand péril. Mais lorsque Fen’Harel est passé à l’action, Mythal a été assassinée et c’est là l’un des grands mystères de cette époque. Fen’Harel a ensuite créé le Voile qui serait la prison de tous les Evanuris.

Le panthéon des Evanuris

Statue de Fen’Harel que l’on peut trouver dans un camp de Dalatien.

Tous les elfes, pourtant, n’ont pas Fen’Harel en grande estime. Cela s’explique parce que, après la disparition des Evanuris, ces elfes ont connu un déclin, une chasse et une traque par les autres peuples, plusieurs exterminations et bien d’autres actes racistes.

Aussi, lorsque Solas/Fen’Harel s’est réveillé de son sommeil après des millénaires, durant les épisodes de Dragon Age : Origins et Dragon Age II, il a fait le dur constat que son peuple, les elfes, était réduit bien bas et que les humains ainsi que les nains n’étaient pas mieux, désunis, prêts à se faire la guerre (la guerre civile en Orlaïs par exemple)… en somme dans un chaos total. Solas/Fen’Harel n’a pas trouvé mieux que de faire revenir les Evanuris en Thédas. Mais, pour détruire le Voile, il lui fallait un artefact : un orbe qui porte le nom de « Orbe de la Destruction ».

Dans un premier temps, Solas/Fen’Harel, se sentant trop faible encore, après son réveil, pour accomplir ce qu’il voulait, a choisi de libérer Corypheus en lui confiant l’orbe. Solas pensait que Corypheus allait utiliser l’Orbe dans le but d’obtenir les pouvoirs divins de l’Immatériel, ce qui revenait à détruire le Voile, mais que Corypheus, l’ignorant lui-même, serait tué par le trop grand apport de puissance. C’est l’explosion du Conclave et l’apparition de la Brèche. Sauf que Corypheus a survécu, que le Voile n’est pas détruit et qu’une pièce du puzzle s’est ajoutée au jeu : l’Inquisiteur/l’Inquisitrice.

Dans un second temps, Solas va aider à tuer Corypheus et à refermer les brèches de l’Immatériel. Mais l’Orbe de Destruction sera détruit (excellent jeu de mot encore) lors du combat final entre le personnage-joueur et Coryphéus. Solas ne peut que pleurer sur les fragments de cet antique artefact elfique. Pour autant, son projet de briser le Voile et de libérer les Evanuris sur Thédas demeure.

 

Dragon Age : Inquisition se termine ainsi sur la scène où le Loup Implacable assassine, peut-être bien une seconde fois, Mythal, car en tant que gardienne et protectrice de Thédas, elle n’aurait pas laisser faire ce qu’il projette : le retour des Evanuris n’est pas promesse pour Thédas d’un retour au calme et à la prospérité des peuples mais plutôt d’un vaste plan d’anéantissement, d’un projet de faire table rase.

Solas/Fen’Harel, la dernière image de Dragon Age Inquisition.

 

De la descendance de Flémeth

Concept-art fixant l’idée que Morrigan est comme Flémeth, en  plus jeune.

Flémeth/Mythal s’en est allée, sûrement une bonne fois pour toutes cette fois, mais Morrigan, sa fille, incarne sa digne succession, comme elle le laisse penser dans l’épilogue de Dragon Age : Inquisition. La narratrice de cet épilogue est bien Morrigan, et elle annonce qu’elle quitte la forteresse de l’Inquisition puis prophétise qu’il y a des ennemis « tapis dans l’ombre qui attendent leur heure » ; « cette heure venue, l’Inquisition devrait se tenir prête ». Et, en fond, une image d’une sorcière qui regarde, de loin, une forteresse nichée aux pieds des montagnes.

Et qu’en est-il de Kieran, le fils du Garde des Ombres et de Morrigan, donc petit-fils de Flémeth et réceptacle d’un Archidémon ? Une scène « de famille » dans Dragon Age Inquisition entre ce beau monde montre Flémeth retirer de Kieran l’essence de l’Archidémon et la prendre pour elle. Il reste à savoir si c’est là la conclusion de cette intrigue ou bien si une suite nous attend dans le prochain Dragon Age ?