LE DIABLE S’HABILLE EN EQUUS CABALLUS
Si aujourd’hui faire repasser les joueurs à la caisse pour des DLC, des season pass, des skins et autres contenus additionnels payants est devenu monnaie courante, il y a vingt ans, la pratique en était encore à ses balbutiements. Et pour cause, le téléchargement via Internet n’en était lui aussi qu’à ses débuts. Quand bien même la démocratisation de cette pratique a permis aux développeurs de proposer des mises à jour gratuites pour leurs jeux, les studios de jeux vidéo et éditeurs en quête de toujours plus de bénéfices ont aussi vite compris qu’ils pourraient proposer des « DLC », autrement dit du contenu téléchargeable payant pour enrichir une expérience de base. La fin des CD d’extension physique comme pouvaient en proposer des jeux comme Les Sims et World of Warcraft était révolue. Ce qu’on ne savait pas en revanche, c’est que Bethesda allait ouvrir pour de bon une dangereuse boîte de Pandore.
Car si, selon les titres, octroyer l’accès à de nouveaux personnages, nouvelles armes, missions supplémentaires, ou même des extensions narratives complètes pouvait aisément justifier qu’un joueur ressorte sa carte bleue, Oblivion a poussé le vice encore plus loin en proposant pour la première fois à l’achat des ajouts purement cosmétiques et complètement inutiles à la progression en jeu.
Les joueurs de l’époque s’en souviennent sûrement, on parle bien sûr du fameux set de deux armures pour cheval qui coûtait la modique somme de 3 €. Ceux qui pensaient que ces nouvelles tenues augmenteraient drastiquement les statistiques et compétences du canasson ont évidemment été déçus puisqu’en pratique, rien ne changeait. Il s’agissait là d’un ajout purement et simplement cosmétique.

Les patients zéro des DLC abusifs, c’est eux.
Évidemment, ce move de Bethesda avait fait scandale à l’époque et nombreux furent les joueurs à s’offusquer d’une telle pratique commerciale. Un coup d’œil sur les forums spécialisés de l’époque suffit même à capter la grogne ambiante. Sauf qu’in fine, tout le monde a fini par accepter ce changement de paradigme et aujourd’hui, qu’on jette la première pierre à celui ou celle qui n’a jamais payé pour un skin factuellement inutile avec de l’argent réel dans son jeu service préféré. Des jeux comme Fortnite, League of Legend, et tant d’autres en ont même fait le fer de lance de leur modèle économique.
C’est indéniable : vingt ans plus tard, les méchants capitalistes de Bethesda ont gagné. Aujourd’hui, plus personne n’échappe au FOMO et tout le monde ne cherche plus qu’à flex avec le dernier skin à la mode pendant que la « Horse Armor » s’est naturellement hissée à la postérité au rang de légende du gaming. La preuve, aujourd’hui, on écrit des articles au sujet de ce qui est devenu un mème, et carrément le porte-étendard des DLC inutiles, mais que tout le monde s’arrache.
Tout cet héritage, Bethesda en a d’ailleurs parfaitement conscience et le revendique même fièrement. Pour la simple et bonne raison que le 22 avril 2025, lorsqu’est sorti le fameux remaster de The Elder Scrolls IV: Oblivion, l’édition numérique Deluxe, vendue plus chère, contenait du contenu supplémentaire, tous les DLC de l’époque, des nouvelles quêtes et divers bonus parmi lesquels les fameuses deux nouvelles armures pour chevaux. Pas les mêmes qu’à l’époque bien sûr, sinon, c’est pas drôle.

Entre le foutage de gueule et l’hommage nostalgique, il n’y a qu’un pas finalement…
Comme quoi, si aujourd’hui la planète gaming s’enflamme depuis que Sony a annoncé l’arrêt prochain de la production des disques pour ses jeux PlayStation, il y a fort à parier que dans quelques années, comme pour ce DLC d’Oblivion qui a imposé un modèle, on trouvera totalement normal de jouer à la PS7 ou à la Xbox Helix 2 en full démat, avec un milliard de DRM et voire même avec des coupures pub toutes les 15 minutes. Après tout, ne dit-on pas que l’histoire est cyclique ? Enfin bon, si c’est ça l’avenir, on n’est pas vraiment sûr de vouloir continuer à y contribuer.
