IT RUNS DOOM : phénomène technologique et un engouement de fansCapsule Temporelle

IT RUNS DOOM : phénomène technologique et un engouement de fans
En 2024, une chercheuse du MIT aura réussi un exploit, afficher un écran de DOOM sur une bactérie E. coli. Dit comme cela, la nouvelle est plate et fade et ne montre pas grand chose de cette nouvelle extraordinaire comme on en voit peu, donnant à la culture Jeux Vidéo une dimension qui détruit ses propres frontières.
Parlons-en un peu, alors : connaissez-vous le phénomène médiatique « It Runs DOOM » ? … connaissez-vous DOOM (1993) ?

Photo d’un redditeur de la page du Guiness World Records de 2022 donnant la médaille à DOOM pour sa capacité à être apparu sur plus de 110 appareils différents
DOOM : DES IDÉES EN CASCADE POUR CONQUÉRIR LE JEU VIDÉO…
DOOM est développé par id Software et est sorti en 1993. Développé et principalement porté par John Carmack, John Romero et Adrian Carmack, DOOM est un jeu révolutionnaire sur plusieurs plans : après Wolfenstein 3D, développé par la même équipe, le jeu DOOM est un précurseur du genre FPS, en plus d’être en 3D, technologie maitrisée avec brio, ce qui n’était pas une évidence pour l’époque, et de proposer un mode de jeu multijoueur en LAN. id Software décide également de rendre le jeu en shareware, comme leur jeux précédents, c’est-à-dire que les 8 premiers niveaux du jeu sont offert gratuitement puis il faut payer pour avoir les autres. Ce ne sont là que quelques haut-fait de ce jeu qui, sorti en 1993, devient une des plus grandes références du Jeu vidéo, par exemple le magasine de pop-culture Rolling Stone classait en janvier 2025 DOOM, 13e sur 50 parmi les plus grands jeux vidéo de l’histoire. Et qui ne peut pas enlever de sa mémoire les musiques de DOOM sera grandement affecté par le récent décès de Bobby Prince, compositeur de talent pour DOOM, Wolfenstein 3D et Duke Nukem 3D.

Photo de DOOM fonctionnant sur une Apple Watch : vidéo à regarder ICI
En outre, l’équipe de id Sofware décide en 1997 de rendre le code du jeu en open source, voyant un amusement chez les fans de « modder » les jeux, notamment Wolfenstein 3D. Mais plus génial encore que cela, les développeurs ont pensé dès le départ à produire un jeu de manière originale : les données du jeu (tous les éléments des niveaux : monstres, objets, décors, etc.) sont stockés dans des fichiers en totale indépendance du moteur graphique (la partie brute et technique utilisé dans les jeux) produit par id Software. Celui-ci à la capacité d’ajouter et d’enlever à loisir ces ensembles de données. Les fichiers de données sont nommés WAD pour « Where’s All the Data« , clin d’œil humoristique. Plus à lire à leur sujet sur la page zDOOM à leur sujet.
DOOM fonctionnant sur une imprimante. D’autres exemples à retrouver ICI
… AVEC UNE COMMUNAUTÉ DE JOUEURS QUI DÉPASSE L’ENTENDEMENT
Le jeu DOOM va se répandre dans la communauté des joueurs et des informaticiens beaucoup plus qu’il ne l’était déjà, par un petit phénomène social se nommant « It Runs DOOM« , se traduisant littéralement par « il fait tourner DOOM« . Le principe est simple, tout appareil électronique est susceptible de faire tourner DOOM si on incorpore les WAD des niveaux de jeux dans le logiciel dudit appareil électronique. … là aussi, dit comme cela, le fait est plat et fade, bien que le concept dépasse l’entendement . Un tumblr, un forum reddit ou encore un site internet consacré, récoltent et recensent depuis plusieurs décennies tout ce que quelques bidouilleurs en informatiques s’amusent à faire avec DOOM, à savoir le faire tourner sur n’importe quel appareil électronique en détournant l’usage de ce dernier pour le transformer en un appareil à jeu vidéo. Ainsi, en plus de s’amuser à faire tourner le jeu sur à peu près toutes les consoles de jeux et sur tout type d’ordinateur (à l’exception par exemple de la Neo-Geo comme présenté dans cet article de jeuxvideo.com, à lire ICI), l’engouement de It Runs DOOM montre l’immense diversité d’appareil électronique qui se trouvent tout autour de nous et l’inventivité de leur détournement.
Quelques exemples des 110 plateforme différentes sur lequel DOOM est apparu : outre de jouer à DOOM II dans DOOM Eternal (2020) ; un adepte a fait tourner une partie du niveau 1 de DOOM sur ses Meta Ray-Ban (lunettes intelligentes) en Mai 2026 ; un autre à fait tourner une image dynamique de DOOM dans une de ses icones de site favoris ; et puis il y a des choses encore plus insolites comme sur un test de grossesse (bien que dans le détail, l’appareil ne fait que lire une vidéo qui fait passer DOOM, et c’est déjà ça !) ou encore un oscilloscope.

Image de DOOM sur un test de grossesse. Une vidéo à ce propos à regarder ICI
Puis arrive l’exploit de cette chercheuse du MIT dont on parlait dans notre première phrase, Lauren Ramlan. Elle s’est lancée en 2023 un défi inimaginable, tester des bactéries (les même que celles que nous avons dans l’estomac) pour voir si elles peuvent avoir le même comportement que les pixels d’un écran informatique contemporain. Et là apparait l’idée du It Runs DOOM : si on parle de pixels et d’écran, pourquoi ne pas tester si « cela fait tourner DOOM » ? Et après des recherches et des essais, elle y est arrivée.
La nouvelle s’est répandue à travers quelques médias dont certains à large audience, comme BFMTV et Futura Sciences, qui relayent les quelques explications techniques de la chercheuses. Elle explique comment elle a concrétisé son idée étape par étape, et puis les médias s’arrêtent sur le principe que les bactéries ne sont pas comme des pixels sur le taux de rafraichissement des données : il faut 70 minutes pour que les bactéries s’illuminent, contre un taux de rafraichissement de 35 images par seconde sur le moteur de jeu de DOOM en 1993. La conclusion fournie est alors de dire qu’on est très loin d’arriver à quelque chose de similaire.

Sur Popular Science, un article explique la démarche de Lauren Ramlan et l’image ci-dessus à cette légende : « Traitement d’image des frames de Doom. À titre d’exemple, voici la première image de Doom. a) L’image 1 originale de Doom. b) La première image de Doom compressée en niveaux de gris, au format 32×48. c) Le tableau de 32×48 pixels soumis à un seuil, utilisé pour déterminer quels pixels sont « actifs » et lesquels sont « inactifs ». Le seuil a été fixé à des valeurs de pixels supérieures à 70 dans l’image en niveaux de gris. Crédit : Lauren Ramlan »
En réalité, nous n’appuyons pas assez sur le fait que Lauren Ramlan a dépassé l’entendement humain sur deux choses : d’une part elle a mis un terme au défi du It Runs DOOM, personne ne fera quelque chose de plus extraordinaire que cela (chiche!) et il est fort probable que les concepteurs de DOOM furent mentalement hors jeu quelques secondes en apprenant l’extraordinaire prouesse qui est faite à l’inspiration de leur jeu ; d’autre part nous ne développons pas assez cette idée que le Jeu Vidéo dépasse les frontières de son objet de base (un « jeu » sur support « électronique ») car les Jeux Vidéo deviennent des objets culturels qui inspirent, qui passionnent, qui permettent la création autant artistique que spécialiste en informatique ou en technologie dure, et en bien d’autres choses encore. Et certaines des inventions produites en inspiration des Jeux Vidéo permettent des avancées humaines et scientifiques qui ne sont pas anodines. A l’exemple de Lauren Ramlan qui à une deuxième partie dans sa conclusion : elle y évoque différentes recherches à faire en supplément pour améliorer le temps de rafraichissement des bactéries. Cela pourrait sûrement aider à une compréhension nouvelle et intéressante du fonctionnement de ces bactéries, avec quelques ramifications dans d’autres domaines au-delà du simple défi it Runs DOOM. A lire sa publication en ligne.

Une réaction de John Romera sur X. Beaucoup d’autres infos sont à retrouver sur le site personnel de Lauren Ramlan, ICI
Reste à savoir et peut-être à anticiper ce que communément nous arriverons à faire par et à travers la culture Jeux Vidéo non plus sur son support informatique mais à présent dans toute sa sociabilité potentielle.

