La sexualité dans les jeux vidéo – Partie 1Sans tabou

Rédigé par

LA SEXUALITÉ DANS LES JEUX VIDÉO

PREMIÈRE PARTIE


 

Dans cet article, on va véritablement parler, et sans aucun tabou, de la sexualité dans les jeux vidéo.  Il faut avant tout préciser un peu mieux le sujet : les questions sur la sexualité, l’érotisme, la sensualité, soit tout ce qui tourne autour du sexe. Dans cet article, on va déconstruire l’argument bateau et pas très intéressant du « le sexe ça fait vendre ». On va voir l’utilité de la sexualité dans un jeu qui n’est pas orienté sur ce sujet, donc nous n’allons pas parler de jeux érotiques ou de jeux à caractère pornographique. Aussi, nous n’allons pas forcément parler que de scènes de sexe suggestive, mais de la publicité, des éventuelles quêtes ou du rapport du jeu avec la nudité. Notre but sera surtout d’essayer de déconstruire le stéréotype et le cliché entourant tout ce qui touche à la sexualité dans les jeux vidéo et démontrer que parfois, il y a une raison au fait qu’il y ait du contenu pour adultes.

LE SEXE ET LA SEXUALISATION DANS UN JEU : UNE DONNÉE CRUCIALE DE SON UNIVERS

On peut dire avec plus ou moins de certitude que tout le monde se souvient de ces fameux moments dans Grand Theft Auto où, pour augmenter la vie au maximum, on allait payer des jeunes femmes pour coucher avec… mais est-ce qu’on y allait vraiment pour augmenter sa vie ou pour voir les suspensions de la voiture faire un rodéo, suggérant avec de la censure qu’un acte sexuel y avait lieu ? Bien que ce jeu vidéo soit l’un des plus connus, il est indispensable de rappeler que le joueur incarne un criminel. Par ailleurs la licence, dès sa sortie, est très controversée par la présence de thèmes classés PEGI 18 comme la drogue, la violence et bien sûr le sexe. Si les rencontres avec les prostituées sont plutôt soft lors du premier opus, les scènes dans le dernier GTA sont encore bien plus réalistes avec des bruits, des phrases et la vision des mouvements indiquant la scène. 

Bien sûr que ces scènes de sexe participent, pour ce qui est de ce type de jeux, au réalisme de l’univers. Nous savons par les films ou les livres que ceux qui font partie du milieu de la pègre sont très portés sur les plaisirs interdits : la drogue, l’alcool à foison, entourés très souvent de belles femmes dénudées et parfois des hommes. Il est fort probable que jamais vous n’ayez eu à faire à ce milieu si particulier mais c’est du moins l’idée sûrement très cliché de ce type de personnage que nous avons en tête. Au même titre que l’on s’attend à devoir tuer des gens, voler des voitures et griller des feux rouges, on s’attend également à ce qu’il y ait des scènes de sexe pouvant être choquantes, à rentrer dans une pièce et voir quelqu’un se sniffer un rail de cocaïne. Dans GTA V,  la dureté de l’univers saute à la figure du joueur lorsque le psychopathe Trevor apprend une mauvaise nouvelle aux informations alors qu’il est en train de prendre en levrette Ashley, trentenaire accro à la méthamphétamine et femme de Johnny. Autant les prostituées sont jolies et désirables, cachant bien, comme celles dans la vraie vie, la gangrène qu’est le proxénétisme, autant Ashley, dans son boui-boui délabré perdu dans le désert, avec son visage ravagé par les effets de la drogue et ses collants troués, est bien plus saisissante de réalisme, surtout vu la manière dont Trevor la traite avant de tuer de sang froid son compagnon.

Ashley – GTA V

Au delà de l’univers préconstruit par les clichés, il y a d’autre facteurs qui peuvent amener à l’utilisation de la sexualité dans un jeu : le genre, le message ou la thématique. Parmi les jeux très récents, il y a bien entendu Cyberpunk 2077, un jeu qui a donné le ton par la présence de contenu adulte à travers la personnalisation des attributs sexuels. Le Cyberpunk est avant tout un genre et ce jeu en particulier en est le dernier bébé. Ce jeu vidéo est tiré du jeu de rôle Cyberpunk 2020. Dans 2077, on y joue V, un.e mercenaire qui habite à Night City. Le fond et l’histoire de Cyberpunk 2077 ne s’écartent en aucun cas de ce qu’est le genre cyberpunk, c’est un univers dystopique et futuriste dans lequel règnent les inégalités sous la domination des méga-corporations. La technologie est à son âge d’or, si bien que quasi toute la population porte des implants qui permettent au corps humain d’être augmenté. Un scénario donc classique, que l’on pourrait rapprocher le plus de la série télévisée Altered Carbon. Les bas-fonds de la société dans Cyberpunk 2077 sont un appel suggestif au sexe : une présence surabondante de publicités mêlant objets du quotidien et corps nus, des personnages désinhibés de toute pudeur ou gêne, des jouets sexuels à tous les coins de rue et des formes phalliques à chaque panneau lumineux. Il y a bien une raison à ce martelage de sexualité permanente : le corps soumis aux augmentations est « désacralisé », ces augmentations à foison amènent une perte de connexion avec le corps en lui-même, avec la chair, pour glisser lentement mais sûrement vers une robotisation de l’humain et surtout de la femme. Il y a un autre détail à ne pas négliger, le joueur est dans un univers contrôlé par les méga-corporations qui ont tout pouvoir sur la population. Ici, il faut les voir plutôt comme des pays qui ont une force de frappe financière et aérienne à des niveaux faramineux. Si on a souhaité écarter l’argument « le sexe fait vendre » de notre article, dans l’univers du jeu, le sexe et la sexualité ont l’air d’être une religion à part entière et les méga-corporations, bien que non axées sur la production de jouets sexuels, suivent bien cette logique.

La rue de tous les plaisirs – Cyberpunk 2077

Beaucoup de jeux  « appellent » la présence d’érotisme, de sensualité, de scènes de sexe plus ou moins explicites et violentes. On a abordé de manière précise GTA et Cyberpunk 2077 mais on pourrait citer beaucoup d’autre univers où les scènes de sexe ne sont pas juste là parce qu’il faut remplir le quota, mais plutôt parce que dans l’imaginaire, dans la vision que l’on a de ce style de jeu ou ce style d’ambiance et d’époque cela correspond. On peut citer notamment God of War, un jeu sur la Grèce antique, avec des mini-jeux d’orgies sexuelles qui impliquent les dieux de l’Olympe.

LE SEXE CONTRE LA PENSÉE « MÉDIÉVALE » ET ARCHAÏQUE

Les jeux vidéo et le sexe, c’est une longue histoire, mais que se passe-il quand les développeurs décident de proposer des relations ou des situations qui sortent de la « norme » ou qui vont au-delà des barrières de ce que la société appelle le « politiquement correct » ? Ce sont des moments surprenants, des partenaires peu conventionnels ou même des situations rocambolesques qui sont alors mises en lumière. Des scènes, des choix qui choqueraient à coup sûr dans la vraie vie les moins puritains d’entre nous mais qui étrangement dans un jeu vidéo, peuvent être acceptés sous couvert de l’élément indispensable qu’on appelle le « what the fuck ».


Si on vous dit robot sexuel ? Goule ? Vous répondez… Fallout New Vegas. 
Le  genre post-apocalyptique est idéal pour aborder des sujets dits difficiles en toute légèreté : la civilisation s’est effondrée, on est plus ou moins dans l’anarchie et la survie. De ce fait, le sexe et la sexualité n’en sont que plus libres, désinhibés et extravagants. À ce titre, le joueur peut, s’il le souhaite, avoir des relations sexuelles avec un robot spécialement prévu à cet effet ou bien… une goule grâce à la quête Le tango atomique Wang Dang.
Rappelons-le, une goule en post-apocalypse est anciennement un humain qui a été exposé aux radiations. Sa peau est moisie, décrépite, bref en décomposition avec, par conséquent, une apparence peu ragoûtante de presque zombie. Nous faisons donc face à un être radioactif fait de chair morte.

Avoir des rapports avec des partenaires non conventionnels pour notre société actuelle est totalement normalisé dans ce Fallout, les dialogues le prouvent, la demande de la clientèle également. Coucher avec des goules est une préférence de certains clients et le joueur peut à sa guise passer du temps avec cette goule, instant sous-entendu par un écran noir accompagné d’un cri d’animal. Le personnage peut coucher pour tuer, pour se venger, et aller voir des prostituées quinze fois si cela lui chante.

Wang Dang Atomic Tango- les trois personnes à recruter.

Dans Vampire : the Masquerade Bloodline, où vous incarnez un nouveau-né vampire qui va accomplir des quêtes pour le prince dans différentes villes, il y a aussi des partenaires peu conventionnels, il y a en a même pas mal, mais celle qui retient l’attention des joueurs est Jeanette, la Malkavienne. Elle a un dédoublement de personnalité, est menteuse, manipulatrice, hystérique, en plus d’être une meurtrière : toute personne sensée dans la vraie vie fuirait Jeannette, et pourtant dans cet opus, bon nombre de joueurs cherchent comment coucher avec elle à cause de son potentiel sexuel. Dans une autre mission nommée « On ne meurt qu’une fois », le joueur grâce à ses bons talents et dialogue peut coucher avec la goule Roméo (un humain ayant bu du sang de vampire sans être transformé)… dans un cimetière pendant que les morts se relèvent.

Dans les deux cas expliqués, il y a peut-être cette curiosité pour le danger, l’exotisme de la relation ou le fantasme. Saint Row, Mass effect, Cyberpunk, Fallout pour ne citer qu’eux, abordent de manière désinhibée les relations sortant du schéma classique. Dans ce cas-là, peut-on dire que les jeux vidéo participent ne serait-ce qu’un petit peu à l’évolution de la pensée des joueurs ? N’est-on pas moins sensible à la violence à force d’en voir ? Sommes-nous de ce fait moins gênés par la nudité ? 

Séduire Jeanette la Malkavienne, un objectif qui prend du temps. Vampire la Mascarade Bloodline.

Un sujet vaste, complexe, que nous traitons en deux articles dont voici la première partie. Attention, le but n’est pas de clamer haut et fort que la présence de contenu adulte a toujours une signification particulière et profonde. Il est clair que certaines relations ou certains passages sont du fan service ou tout simplement pour attirer les éventuels joueurs. Cependant pourquoi implanter de la sexualité juste pour le plaisir au risque que le jeu soit banni dans tel ou tel pays, faisant baisser les ventes ou faire perdre du temps à la boîte de production qui doit remanier le jeu :

Et on en passe des tonnes, alors pourquoi prendre ce genre de risque juste « parce que ça fait vendre » alors qu’au contraire, le contenu adulte est une prise de risque qui ne fait pas forcément recette ?