Comment les Pokémon ont eu des noms si géniaux ?Capsule Temporelle

COMMENT LES POKÉMON ONT EU DES NOMS SI GÉNIAUX ?
Qui dit traduction française des noms de Pokémon dit bien sûr Julien Bardakoff. Mais n’oublions pas pour autant le travail formidable de Jean-Baptiste Fleury et de ses compères.
Dans sa volonté d’exporter au maximum ses jeux à l’international, Nintendo a toujours eu à cœur de localiser et traduire ses productions pour qu’elles soient accessibles au plus grand nombre. Ainsi, lorsque Pokémon est sorti en 1996 au Japon, le défi était donc de taille : traduire intégralement et dans plusieurs langues les noms des 151 monstres de poche originaux. Fort heureusement en France, nous avons été plutôt chanceux puisque ce bon vieux Julien Bardakoff a fait un travail exceptionnel. Une masterclass de traduction sur laquelle il est revenu à maintes reprises. Pour autant, il ne fut pas le seul à mener à bien ce travail de titan. On l’oublie souvent, mais il était accompagné de cinq autres têtes, dont le traducteur Jean-Baptiste Fleury.
Déjà coutumier du travail de traduction sur Zelda: Ocarina of Time, le français a été rappelé six mois plus tard pour traduire en français les premières versions de Pokémon, comme il l’explique dans une interview accordée au site JV – jeux Vidéo : « Je suis parti en Allemagne, à la maison-mère de Nintendo of Europe [….] On nous a d’abord demandé de jouer au jeu en japonais de fond en comble pour se l’approprier et enfin le traduire. Traduire les noms a été ce qu’il y a de plus intéressant ».
La traduction c’est pas un truc à faire à la légère, parce que c’est des noms qui vont être répété par des enfants dans la cour de récréation, c’est des noms qui vont être répété par des enfants devant leurs parents, c’est des noms qui vont passer à la télé en boucle, donc il faut que ce soit parfait – Jean-Baptiste Fleury
EXPLICATION : LA LIGNÉE ÉVOLUTIVE DE SALAMÈCHE
Prenons pour illustrer la complexité de la traduction, l’exemple de la lignée évolutive du Pokémon le plus populaire de la première génération : Dracaufeu et ses deux sous-évolutions, Salamèche et Reptincel. Le décor planté, laissons la parole à Jean-Baptiste Fleury… « Ils ont tout ce qu’on appelle un « secret meaning », [une signification secrète]. Par exemple, Salamèche, c’est Itokagé en japonais. « Hi », c’est le feu et « Tokage », c’est le lézard, mais c’est aussi respectivement « l’homme » et « l’ombre ». Simplement parce que la flamme de sa queue projette une ombre qui affiche la silhouette d’un homme. Sachant ça, on ne pouvait pas se contenter de traduire « Lézarfeu », surtout qu’en français, ça ne sonnerait pas bien. Comme la signification cachée du Pokémon avait une portée un peu mystique, on a essayé au maximum de retranscrire ça avec le nom « Salamèche ».
Concernant sa lignée évolutive : Salamèche a une mèche qui se transforme en étincelle et qui devient du feu. C’est donc pour illustrer cette évolution que nos traducteurs français sont arrivés à Reptincel et Dracaufeu. : « Pour Dracaufeu, il ne fallait pas se rater, car c’est un des Pokémon présent sur la boîte de la version rouge. Il fallait donc lui donner un nom impressionnant. Dracaufeu c‘est la représentation finale du feu et de la puissance, un dragon de feu. Ça parait simple au premier abord, mais ce qu’on a beaucoup aimé dans ce nom, c’est la mention « Au secours, au feu, au feu !« , qui avait un aspect très dynamique et à la fois une connotation enfantine, étant donné que cette expression est généralement utilisée par des gamins. C’était parfait parce qu’en plus, ce nom sonnait super bien à l’oreille ». Il y a une véritable réflexion et ça ne s’invente pas comme ça, conclut le traducteur. Il faut beaucoup, beaucoup de temps pour en arriver là et je pense qu’on a noirci des pages entières pour tous les noms ».
Sachant tout ça, on comprend désormais pourquoi Satoshi Tajiri tenait tant à ce que ses noms originaux restent intacts. Toujours selon les dires de Jean-Baptiste Fleury : « Pour les Japonais, il fallait que les noms sonnent fort dans la tête des enfants, que ça devienne hypnotisant. Quand un enfant capture Salamèche, il fallait qu’il ne se contente pas de jouer avec son Pokémon, mais qu’il se pose des questions sur son origine et son inspiration par son nom. Tajiri voulait absolument que cette réflexion demeure dans toutes les traductions ».
Qu’il se rassure, Julien Bardakoff, Jean-Baptiste Fleury et leurs trois autres compères traducteurs Daniel Charbit, Nicolas Robert et Nicolas Gourio ont tous les cinq fait un travail formidable sur Pokémon Rouge, Bleu et Jaune, au même titre que les autres traducteurs qui les ont succédé sur les générations suivantes. Disons-le, c’est en grande partie grâce à eux qu’on aime encore autant Pokémon aujourd’hui. Cela même en dépit de la qualité technique toujours plus déplorable des derniers jeux.

