CD Projekt et GOGCapsule Technique

CD PROJEKT ET GOG
Annoncé à la fin de l’année 2025, la plateforme GOG (Good Old Games), plateforme de distribution de jeux vidéo fondée par les développeurs de The Witcher et Cyberpunk 2777, CD Projekt, est vendue pour devenir indépendante de l’entreprise mère. Malgré tout, c’est Michał Kiciński qui en devient le possesseur, lui qui avait co-fondé CD Projekt.

Image de mise en avant du « programme de préservation » de GOG dans une campagne de publicité en 2024
N’oublions pas que GOG est depuis son origine en 2008 moins une plateforme de commerce de jeux vidéo qu’un important acteur de la préservation des jeux. Rappelons également que les débuts de l’entreprise CD Projekt se sont fait dans la vente et revente de jeux vidéo : Marcin Iwiński et Michał Kiciński ont en effet commencé leur vie professionnelle en vendant des copies sur disquettes puis CD-Rom de jeux d’ordinateur et d’Atari sur les marchés de Pologne. Ce n’est que dans un second temps qu’ils ont commencé à réfléchir à donner une plus-value à leur produit, c’est-à-dire de travailler une version purement légale et 100% polonaise. Baldur’s Gate en 1998 leur a donné une raison de le faire avec un contrat signé en partenariat avec Interplay Entertainment. A lire une longue chronique ICI (en anglais) dans laquelle est raconté les débuts de CD Projekt, avec pleins d’autres informations.
Vidéo de promotion de Baldur’s Gate Enhanced Edition, disponible sur GOG depuis 2013
GOG ET LA PRÉSERVATION DES JEUX VIDÉO EN POLOGNE
La mission principale de GOG est, à la suite de ces premières expériences des fondateurs, une recherche approfondie des droits légaux à la distribution et aux portages des Jeux Vidéo. Nous l’avions vu dans une série d’articles consacrée à la Propriété Intellectuelle pour les Jeux Vidéo, la distribution/vente, l’utilisation, la diffusion du code source, sont le pouvoir de l’auteur du Jeu. Celui-ci peut céder des droits d’exploitation à un éditeur, ou non. Mais quand l’auteur/propriétaire du Jeu décide de ne plus s’occuper dudit jeu, que devient-il ? Eh bien il est oublié et pour certains totalement perdu, malgré le fait que des fans souhaiteraient encore y jouer. Ainsi GOG agit en Pologne pour la préservation des Jeux Vidéo, en signant des partenariats avec des éditeurs et des développeurs pour être sûr que, lorsque l’éditeur coupera la distribution d’un jeu ou quand le développeur rangera dans son grenier le code source d’un autre jeu, GOG garde une copie active. Pour les jeux anciens, une équipe de GOG est chargée de fouiller le Web, Internet, et les communautés de fan, pour retrouver des codes sources exploitables (quitte à faire de la rétroingénierie et coder une version viable), ou encore de voir si de lointains possesseurs des droits d’auteurs sont encore en vie.

La page GOG Dreamlist permet de faire passer des idées de jeux vidéo que GOG travaillera à acquérir une copie à préserver et distribuer
Pour la Pologne, c’est une première exceptionnelle, ce pays qui, encore dans les années 90 n’avait aucune législation sur le droit d’auteur (d’où le fait que les premières activités de Marcin Iwiński et Michał Kiciński n’étaient pas officiellement illégales en leur pays). En comparant avec la France, des associations d’informaticiens sont déjà actives à la fin des années 80 visant l’étude et la préservation des technologies informatiques ; du côté public, la BNF (Bibliothèque Nationale de France) tient depuis 1992 un fonds documentaire constitué entre autres chose de Jeux Vidéo. Nous avions également écrit une série d’articles sur le sujet, avec une troisième partie consacrée à la préservation.

Deuxième image de GOG Dreamlist. A lire ICI l’interview de Piotr Gnyp, responsable des relations publiques, à propos de son travail
LA SÉPARATION ENTRE CD PROJEKT ET GOG
L’article de Gamekult, cité en tout début du texte, posait déjà quelques questions sur l’avenir de GOG et si sa séparation d’avec CD Projekt était pertinente. Pour l’entreprise CD Projekt, l’idée semble claire, l’entreprise veut se vouer entièrement aux développements des jeux et GOG semblait déjà être indépendante dans les actes depuis longtemps, la vente ne serait que des formalités (qui font tout de même rentrer 25 millions de dollars à CD Projekt).
En ce qui concerne GOG, la plateforme avait annoncé mettre en place, quelques semaines avant sa vente, un système d’abonnement de soutien (appelé « GOG Patrons« ). D’autre part, Gamekult met en avant le potentiel que peut avoir GOG d’attirer des investisseurs maintenant qu’elle est indépendante : la mission de préservation et son potentiel commercial. En effet, si GOG n’est plus interne à CD Projekt, la mission de préservation des Jeux Vidéo devient un intérêt général et culturel. A côté de cela, le commerce des Jeux Vidéo sur la plateforme devient également une recette indépendante qui ne sera plus distribuée aux développements des jeux CD Projekt et sera réinvestit directement dans la plateforme.
Mais il y a un risque majeur : si on se base sur le chiffre d’affaires de GOG entre deux années, 2023 (2,2 millions d’euros) et 2024 (250 000 euros), on voit que GOG est très influencé par les jeux CD Projekt (Phantom Liberty de Cyberpunk 2077 est publié en 2023). La première tâche de GOG est donc de trouver un équilibre financier hors de CD Projekt.
LA DÉMATÉRIALISATION DES JEUX VIDÉO ET GOG
Une nouvelle récente a attiré l’attention sur la plateforme : lorsque Sony annonçait le 1er Juillet 2026 l’arrêt de fabrication de support physique des jeux vendu par la firme japonaise à partir de janvier 2028, GOG a écrit un message le 14 juillet pour rappeler que GOG propose une fonctionnalité étonnante et très importante :
Téléchargez le programme d’installation hors ligne de n’importe lequel de vos jeux sur GOG, enregistrez-le sur un disque et il sera à vous pour toujours.
Vous n’avez pas besoin de l’autorisation d’une boutique en ligne pour jouer à ce que vous avez acheté.
Cela semble bien plus qu’un pied de nez complet et tout à fait légitime à cet idéal du tout dématérialisé qui n’a rien d’un paradis du Jeu Vidéo (nous l’avions vu) car le « tout dématérialisé » n’est pas vrai, avec la présence toujours ici ou là de la donnée du jeu et des joueurs dans des data center, et avec la mainmise des éditeurs/développeurs des Jeux Vidéo qui peuvent le plus simplement possibles stopper les serveurs, les diffusions, les sites de ventes, dès qu’ils le souhaitent et sans avoir à rendre des comptes.
Pensons à l’initiative citoyenne européennes Stop Killing Games (dont nous avions aussi parlé, même article que le précédent lien dans le paragraphe précédent) qui s’est vu débouté par la Commission Européenne le 16 juin 2026. A lire ICI un article qui fait une excellente présentation du mouvement et ses actualités.

Visuel de promotion de GOG dans un article fin décembre 2025 intitulé « Steam Be Damned, GOG Has 47 Free Games You Can Play Right Now »
Les polonais de GOG seraient ainsi, peut-être, le plus beau fleuron de l’industrie des Jeux Vidéo, comme des gardiens fidèles d’un rapport avec les joueurs qui vise la distribution et la préservation des Jeux Vidéo comme première motivation. Espérons-le, pour nous comme pour eux.




