Kojima ProductionsDéveloppeur de la saga Metal Gear Solid

Issue de la restructuration de Konami le 1er avril 2005, Kojima Productions était en réalité un moyen pour l’éditeur de rendre autonome son créateur fétiche. Kojima occupait avant cela le poste de vice-président de Konami Computer Entertainment Japan. En obtenant sa propre filiale, il devint capable de l’organiser comme bon lui semble afin de se consacrer à la création de jeux. Ce qu’il fît avec, bien entendu beaucoup de MGS mais pas que. Cependant, cette liberté accordée à Hideo Kojima s’est peut-être révélée un peu trop problématique pour la maison-mère.

Au service d’un seul homme

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L’équipe de Kojima Productions dans ses locaux en 2014

Quand il est chargé de créer une société avec les restes de KCEJ, Kojima n’hésite pas à construire son staff autour de ses anciens collaborateurs. On y retrouve donc en tête Yoji Shinkawa le directeur artistique mais aussi Noriaki Okamura, réalisateur des Zone of the Enders qui s’élève au rang de producteur, et Shuyo Murata, co-auteur de Kojima. Cette équipe a fourni un certain nombre de ses séries célèbres à Konami, qui reconnaît de manière rétroactive la paternité du studio sur les Boktai, les Zone of the Enders et bien évidemment, la franchise Metal Gear Solid. Le premier soft issu de la boîte est d’ailleurs Metal Gear Ac!d 2, rapidement suivi par Metal Gear Solid 3 : Subsistence, une réédition de Metal Gear Solid 3 : Snake Eater avec un nouveau contrôle de la caméra et du contenu online. Refroidie par les ventes de Metal Gear Ac!d 2, la firme décide l’année suivante de corriger son erreur en produisant une nouvelle itération de la série sur PSP en reprenant cette fois un gameplay orienté action proche des versions PS2. Levant un peu plus le voile sur le passé du premier serpent alias Big Boss, Metal Gear Solid: Portable OPS fait office de renouveau par rapport à son prédécesseur. Outre de nouvelles fonctionnalités online, la capture d’ennemi est la grande nouveauté du jeu : on peut s’emparer de n’importe quel ennemi afin de le rallier à sa cause.

La première grande aventure

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Le placement de produits était léger dans MGS 4.

Pour son arrivée sur les consoles de salon avec un titre inédit, Kojima Productions n’hésite pas à utiliser sa plus grosse cartouche et sort en juin 2008 Metal Gear Solid 4 : Guns of the Patriots sur PlayStation 3. Ce premier Metal Gear « HD » est tout aussi bien un succès critique que public grâce à sa mise en scène impeccable, son gameplay très orienté action et les réponses qu’il apporte aux fans de la série. Cependant, peu de temps après la sortie de MGS 4, le producteur américain Ryan Payton quitte le navire pour « raisons personnelles » et abandonne donc la présentation du podcast du studio. L’équipe entretient son lien particulier avec les fans via ce moyen de communication. Ainsi dès le 1er février 2006, il est possible d’écouter The Kojima Productions Report de façon hebdomadaire jusqu’au 3 avril 2008. Un dernier épisode avec la formule habituelle est diffusé le 31 mai 2008 quelques jours avant la sortie de MGS 4. Ce bonus est tellement apprécié par Kojima qu’il va jusqu’à ajouter dans le jeu des MGS4 Integral Podcast. Il est ainsi possible de télécharger les épisodes dans les menus pour les passer via l’iPod présent dans le jeu. Avec un lieu et un moment conseillé, ils agissent comme un commentaire audio pour le titre. Le premier épisode est disponible dès la sortie du jeu mais le départ de Payton oblige l’équipe à ne reprendre la parution qu’à partir de janvier 2009, avec cette fois-ci Sean Eyestone à la présentation. Ce dernier reprend ensuite The Kojima Productions Report dès le 19 mars, avec désormais deux semaines entre chaque numéro.

L’heure de se diversifier

Le succès de Lords of Shadow a permis à MercurySteam de créer des suites tout en se détachant de Kojima Productions.

Fort de ce succès, Kojima Productions peut enfin tenter une toute nouvelle expérience. L’autre série classique de Konami, Castlevania, a beaucoup de mal à revenir sur le devant de la scène. L’éditeur avait proposé à plusieurs studios de créer des prototypes pour un reboot de la franchise. L’un des candidats, MercurySteam, s’avérait très prometteur mais avait également du mal à communiquer avec Konami qui avait dans un premier accepté de faire de leur projet le nouveau Castlevania avant de vouloir en faire une nouvelle série puis de tout simplement demander l’arrêt du travail. La solution vient donc de Kojima lui-même qui propose de prendre MercurySteam sous son aile afin de les aider à terminer le jeu. C’est lors de la GamesCom de Cologne en août 2008 que Konami annonce la sortie future de Lords of Shadow, un jeu d’action se déroulant dans un univers inspiré du Moyen Âge en Europe. La bonne réaction du public aidant, le lien avec la saga est mis en avant deux mois plus tard, lors du Tokyo Game Show. Ce n’est qu’à l’E3 2009 que la participation de Kojima Productions et de son fondateur est présentée. Ce salon est d’ailleurs très chargé pour le studio qui dévoile en même temps deux nouveaux MGS pour 2010. Le premier, intitulé Metal Gear Solid : Peace Walker (en exclusivité sur PSP) retrace une mission de Big Boss quelques temps après MGS 3, et accentue l’aspect multijoueur et coopératif. Le second, Metal Gear Solid Rising, se consacre au personnage de Raiden et sortira sur Xbox 360, PS3 et PC, abandonnant l’exclusivité jusqu’ici réservée à la console de Sony.

Le début des problèmes

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Kojima posant avec ses plus proches collaborateurs.

MGS : Peace Walker sort en France le 17 juin 2010 et remporte un franc succès, si bien qu’il est adapté pour la compilation Metal Gear Solid HD Collection sur PS3, Xbox 360 et PS Vita. On y trouve à ses côtés les deuxième et troisième épisodes de la saga MGS. Les compilations deviennent d’ailleurs la spécialité du studio qui sort à la suite Metal Gear Solid: Snake Eater 3D, un remake du troisième épisode sur 3DS, Zone of the Enders HD Collection, et Metal Gear Solid: The Legacy Collection sur PS3. Quant à MGS Rising, il va être retardé plusieurs fois jusqu’à son annulation pure et simple. C’est finalement en décembre 2011 que Kojima confie le projet à PlatinumGames. Cet autre studio japonais souhaite réellement s’approprier le jeu en le changeant en profondeur. Ainsi, son nom évolue en Metal Gear Rising : Revengeance, l’histoire ne se déroule plus quelques temps avant MGS 4 mais quelques années plus tard, et enfin, le soft s’affranchit de l’infiltration pour s’orienter entièrement vers l’action. Le podcast de la société s’arrête le 6 septembre 2012 quelques jours après l’annonce officiel de Metal Gear Solid: Ground Zeroes à l’occasion des 25 ans de la série. Cette expérience est présentée comme le prologue d’une autre aventure. Quelques semaines plus tard, The Phantom Pain est présenté lors des Spike TV Video Game Awards sans être officiellement lié à MGS V, mais avec tout de même de nombreux indices. Kojima attend la Game Developers Conference de mars 2013 pour expliquer plus en détail son projet. Un nouveau podcast, KP Alert ! débute le 31 mai 2013 avant de se terminer le 13 décembre 2013. Kojima Productions ouvre sa première filiale, Kojima Productions Los Angeles, afin d’accélérer le développement de The Phantom Pain.

Les feuilletons de l’été

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Malgré son histoire chaotique, The Phantom Pain est un succès avec ou sans mention de Kojima sur les images.

Le projet MGS V prend un très grand retard ce qui pousse Kojima à ne pas sortir les deux parties ensemble mais séparément. Metal Gear Solid V: Ground Zeroes sort donc en mars 2014 et s’avère être un succès malgré certaines critiques concernant son prix élevé et sa courte durée de vie. Pour célébrer cette arrivée, le format audio des podcasts laisse place à la vidéo pour les Kojima Station diffusés entre le 17 mars et le 6 juin 2014. Tout semble aller pour le mieux entre Konami et le créateur qui annoncent même un nouveau projet à la Gamescom en août 2014, sous la forme d’un Silent Hills réalisé en collaboration avec le réalisateur mexicain Guillermo del Toro. En mars 2015, Konami annonce une nouvelle restructuration qui fait tout basculer. Dès le 19 mars, le compte Twitter de la société ferme au profit d’un compte officiel pour la série, la situation est la même pour le site du studio. Dans les documents liés à la nouvelle organisation, Kojima Productions Los Angeles devient Konami Los Angeles Studio et Kojima n’est pas mentionné. Le nom du créateur disparaît même de la plupart des visuels. La rumeur du départ de Kojima commence donc à circuler tout comme des exemples de tension difficiles à vérifier. L’éditeur annonce que la série continuera après la sortie de The Phantom Pain mais avec une équipe différente. Silent Hills est annulé le 27 avril 2015. L’affaire prend le nom de Kojimagate et ne s’arrête pas là puisque le 10 juillet 2015, Akio Otsuka, le doubleur japonais des Snake annonce la fermeture du studio. Quelques jours plus tard, le logo de Kojima Productions disparaît à son tour des visuels de MGS V. The Phantom Pain sort le 1er septembre avec des traces évidentes de chapitres manquants.

La renaissance

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L’ancien logo est cependant abandonné puisqu’il est toujours la propriété de Konami.

L’histoire ne s’arrête pourtant pas là puisque après des mois de silence, Hideo Kojima, fraîchement interdit par Konami d’aller récupérer ses récompenses obtenues lors des Game Awards, revient avec un nouveau studio au nom familier. Si Konami ne veut plus voir le nom de son ancien employé nulle part, il peut donc reprendre Kojima Productions comme nom pour son nouveau studio. Le contrat le liant à l’éditeur prenant fin le 15 décembre, il décide de ne pas perdre plus de temps, crée sa nouvelle structure dès le lendemain, 16 décembre 2015 et parvient à trouver son premier accord avec un éditeur. Il annonce dans les heures qui suivent la création de son studio et son partenariat avec PlayStation. Il garde toutefois son indépendance puisque Sony n’a pas participé au financement de la société et ne sera qu’éditeur du premier jeu qui est une exclusivité PS4 et PC. Il s’agira d’une toute nouvelle licence puisque Konami détient les droits de la saga Metal Gear Solid. Dans la foulée, Kenichiro Imaizumi, producteur de MGS 4 et 5 et Ayako Terashima, l’assistante personnelle de Kojima, annoncent à leur tour leur départ de Konami afin de rejoindre leur patron tandis que l’entreprise débute ses embauches. La question est désormais de savoir si l’ancien employeur d’Hideo Kojima sera rancunier et s’il tentera de le gêner avec des procédures légales.