Final Fantasy VIII : interprétations et théoriesSans tabou

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Aujourd’hui 11 février 2014, c’est le quinzième anniversaire de Final Fantasy VIII ! Pour fêter ça, nous allons revenir sur les différentes théories et interprétations qui font encore débat chez les fans de cet opus si souvent boudé et incompris…

ATTENTION SPOILS !

Une simple romance adolescente ?  

Depuis sa sortie en 1999, ce huitième épisode de la saga Final Fantasy fait l’objet de nombreuses critiques. Il lui est principalement reproché de manquer de profondeur et de se résumer à une vulgaire histoire d’amour. Alors oui, la relation entre Squall et Linoa a une place importante dans le récit… Cependant, si on s’intéresse un temps soit peu aux thèmes présents dans les scénarios, on peut constater qu’ils sont traités avec une certaine maturité et qu’une autre lecture peut être faite.

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Un apprentissage

Si Squall apparaît au premier abord comme étant un adolescent taciturne, voir peu sympathique, il serait de mauvaise foi de ne pas reconnaître la flagrante évolution du héros tout au long du jeu.

Ce n'est pas moi qui le dit !

Ce n’est pas moi qui le dit !

Au début, le personnage ne présente que peu d’empathie envers ceux qui l’entourent et semble préférer sa vie de solitaire plutôt que le contact des autres. Mais son nouveau statut de SeeD et les rencontres qui en découlent dont celle de Linoa vont peu à peu le forcer à s’ouvrir au monde.  Les circonstances le poussent à devenir chef malgré lui et donc à prendre ses responsabilités. Les retournements de situations et vérités peu à peu révélées lui font prendre conscience des jeux politiques et des manipulations, le laissant avec de nombreuses questions sans réponses. Les émotions finissent par le submerger et s’ensuit à partir de là une plus grande écoute pour ses amis et le monde. Il sait pertinemment qu’il n’a pas d’autre choix que de sortir de son mutisme, d’affirmer sa place et personnalité mais son égo et ses peurs les plus enfouies l’empêchent encore d’avancer pleinement. Pour contrer cela, il cherche à se reconstruire en entamant une quête sur son passé. C’est de cette manière, auprès de ses amis (puisque traditionnellement l’amitié dans les RPG est le pouvoir qui surpasse tous les autres…) qu’il va comprendre qu’elle est sa place, son but et reprendre les valeurs des SeeD. C’est à ce moment qu’il prend les choses en main et évalue l’importance de sa mission qui concerne ni plus, ni moins le destin du monde. La relation avec Linoa devient peu à peu centrale dans sa vie. Elle influe sur ses choix, jusqu’à en occulter son devoir lors de son acte presque suicidaire dans l’espace pour sauver sa tendre amie. Il finit enfin par avouer ses craintes, notamment cette peur de l’abandon qui le poursuit depuis sa plus tendre enfance. Tel un homme accompli, avec le soutien et la confiance de toute l’équipe, il jouera son rôle de chef jusqu’au bout.

Ce qui est clairement montré ici c’est le difficile passage à l’âge adulte et tout ce que cela implique : responsabilité, engagement, assumer sa propre vie et les directions qu’on lui donne.

L’écho de nos sociétés modernes

Les universités, lieux de formation et vaisseaux de guerre

Les universités, lieux de formation et vaisseaux de guerre

FF VIII reprend des enjeux majeurs et actuels proches des nôtres, notamment en terme de géopolitique.  Les SeeD, un peu à l’image des casques bleus de l’ONU doivent avant tout garantir la paix et gérer les conflits mondiaux, avant d’utiliser leurs armes. La diplomatie est leur principal atout et doit rester la priorité pour les négociations afin d’éviter les guerres et affrontements directs. La militarisation, l’occupation ou encore la course à l’armement avec la période de la Guerre Occulte entre Esthar et Galbadia, la  technologie aveuglante au profit de la mégalomanie des dirigeants, matérialisée ici par les G-Force qui font perdre la mémoire à ses utilisateurs, etc. Autant de situations qui nous sont familières, même de loin. Le groupe pacifique Horizon quant à lui évoque un refus de vivre dans un monde en conflit et qui d’un point de vue technologique évolue trop vite.

Une réflexion sur le temps et le destin

Ellone

Ellone

Voici deux éléments centraux qui accompagnent de manière omniprésente l’évolution du scénario. Le premier cas de figure auquel on est confronté est la capacité d’Ellone à faire voyager dans le temps une conscience. Elle cherche avec les rêves conscients à modifier le cours du temps mais elle finit par se faire à l’évidence : le passé ne peut être changé. Cela est confirmé à plusieurs reprises au fil du jeu.

Quand Squall vient à bout d’Ultimécia, il se retrouve nez à nez avec sa gouvernante Edea dans une époque où lui-même n’était qu’un enfant à l’orphelinat. Il lui parle des SeeD et de la BGU en affirmant qu’elle en est à l’origine. C’est pourtant la première fois qu’elle en entend parler. Elle reconnaît son protégé et décide de suivre ses directives. Alors, qui a créé cet enseignement militaire ? Edea, ou Squall ? C’est une boucle temporelle, mais aussi un paradoxe temporel, à l’image de « qui de la poule ou de l’œuf… ». Quoi qu’il en soit, le destin est au cœur de l’histoire, le passé ne pouvant être changé.

Edea, Ultimécia et Squall

Edea, Ultimécia et Squall

Autre point, Ultimécia semble avoir pleinement conscience de son futur échec ; elle sait qu’un SeeD légendaire viendra pour la tuer, comme elle le répète à de nombreuses reprises quand elle prend possession d’Edea et lors de l’affrontement final.

Adel

Adel

Prenons un dernier exemple, peut être un peu plus poussé, pour appuyer cette idée de destin inflexible. Quand Ultimécia prend possession d’un corps, ses victimes prennent connaissances de ses projets et sentiments (s’il en reste…). Edea puis Linoa rapportent ainsi toute la cruauté de la prêtresse. Lors de la compression temporelle, Ultimécia est envoyée dans le corps de la sorcière Adel dans le passé où celle-ci prend connaissance de l’existence d’Ellone. Cela explique d’une part, pourquoi Adel part à sa recherche ; en vue de la mégalomanie qui l’habite, il n’y a rien d’étonnant dans cette initiative. Mais le plus intéressant, est le fait qu’elle devient un projet de laboratoire sous l’œil avisé du Dr. Geyser qui finira par construire grâce à l’étude des pouvoirs de la fillette… la machine à voyager dans le temps qui sert à Ultimécia depuis le futur ! Même paradoxe que pour la création du SeeD ; qui est à l’origine de cette machine ? Le Dr. Geyser ou Ultimécia ?

Finalement, le but réel de Squall et son équipe est, contrairement à ce qu’on pourrait le croire, de ne surtout pas changer le court des choses mais de permettre l’accomplissement du destin : anéantir la sorcière du futur. Mais ça, une seule personne en a conscience et depuis longtemps… Edea.

Ultimécia : mais pourquoi est-elle aussi méchante ?

Ultimécia, méchamment méchante

Ultimécia, méchamment méchante

Ultimécia a deux buts : exterminer tous les SeeD puisqu’il est dit qu’un SeeD légendaire venu du passé mettra fin à ses jours et récupérer Ellone pour compresser le temps et détruire ainsi l’espace, le temps… Tout en fait.

Ses motivations

La compression du temps ferait d’elle une divinité immortelle, seule consciente et omnisciente. Et ça, c’est plutôt classe comme motivation. Mais ça semble un peu léger pour un tel RPG. On peut alors imaginer plusieurs théories, à partir de ce qu’on a pu évoquer précédemment et les indices qui nous sont donnés dans le jeu.

Pour une partie des joueurs, Ultimécia n’est qu’une mégalomane assoiffée de pouvoir, avec pour seul intérêt de justifier un ultime adversaire. Mais l’histoire de la saga nous prouve que bien souvent, la vision manichéenne cache une toute autre réalité. Ultimécia aurait des blessures plus profondes. Puisqu’elle a conscience de son futur échec et sait qu’elle ne peut modifier le passé,  elle a du grandir dans la crainte de voir cela se réaliser,  être stigmatisée, voir haïr son statut de sorcière… Sa seule alternative est donc d’inhaler le temps, son premier ennemi et source de souffrance. A ce propos, lors de sa dernière métamorphose, elle tente presque de convaincre ses adversaires avec quelques réflexions sur le temps qui nous échappe, quoi que l’on fasse… : « Le temps… n’attendra pas… Peu importe à quel point tu t’accroches… il t’échappe… » Il s’agirait donc d’une femme infiniment blessée, condamnée à subir sa destiné.

La dernière apparence d'Ultimécia

La dernière apparence d’Ultimécia

Linoa et Ultimécia, une seule et même personne ?

Une promesse

Une promesse

Voici sans doute l’interprétation qui aura le plus échauffé et divisé les fans. Ultimécia ne serait  autre que Linoa, une sorcière qui aurait perdu son chevalier Squall. Désespérée, elle aurait alors sombré dans la folie… Rien ne prouve clairement au cours de la partie que cela est vrai, mais plusieurs « coïncidences » semblent aller en ce sens. Linoa fait promettre deux choses à Squall ; la première, c’est que quoi qu’il arrive, ils devraient se retrouver près de l’orphelinat. Or, le château d’Ultimécia se trouve être justement à cet endroit. L’autre promesse est de la tuer si jamais Ultimécia revenait à prendre possession de son corps. Si Ultimécia et Linoa ne font qu’une, alors oui, cela fonctionne même si, je vous le concède, c’est un peu facile.

Certains argumentent également la troublante ressemblance physique des deux femmes, les visages se superposant très bien et la particularité pour les deux femmes de posséder des ailes (noires pour l’une, blanches pour l’autre). A la fin, Squall a d’ailleurs du mal à se rappeler le visage de Linoa qui s’emmêle bien souvent à celui qui serait son propre futur. L’invocation de Cronos par Ultimécia lors de l’affrontement final correspond à une peur enfouie chez Squall, représentée sur sa bague qu’il a donné à Linoa. Comment aurait-elle pu matérialiser cela sans le savoir ?

Même si cette légende permettrait de lever le voile sur les motivations de la sorcière et de donner une autre dimension au scénario, on peut émettre quelques réserves… Tout d’abord, son âge. Il est clair que cette Ultimécia vit à une époque très éloignée comme il l’est souvent évoqué. Comment Linoa aurait-elle vécue jusque là ? Faut-il imaginer qu’elle a acquis un grand pouvoir lui permettant de rester en vie ? Ou bien croire que comme toute sorcière en fin de vie, elle ne peut reposer en paix et donc mourir sans transférer ses pouvoirs ? Autre zone d’ombre, celui de la mémoire. Si Linoa-Ultimécia revoyait son chevalier, pourquoi vouloir le tuer ? Elle ne semble pas se rappeler de lui et encore moins se reconnaître elle-même. Serait-elle devenue assez démente pour en oublier sa propre identité ? Ou bien a-t-elle été longuement en contact avec les G-Force lui brouillant ainsi la mémoire ? (Rappelons qu’elles ont effacé une partie des souvenirs d’enfance des héros).

Un happy end ?

Deux fins

Un visage impossible à retenir ?

Un visage impossible à retenir ?

La cinématique de fin laisse bien souvent un sentiment partagé au joueur. Dans la première partie, après la mort d’Ultimécia, Squall est perdu et n’arrive pas à retrouver les siens, à s’accrocher à une époque. Il ère donc dans une sorte de faille spatio-temporelle et tente de se remémorer le visage de Linoa pour retrouver son chemin. Mais sa vue est brouillée, d’autres figures se mêlent, les images s’enchaînent et il finit par s’écrouler au sol, inerte. Pour la fin plus joyeuse, Linoa arrive à le retrouver et le faire revenir dans un monde où tout aurait fini par s’arranger ; Seifer reprend une vie normale auprès de ses amis Fujin et Rajin, Ellone et Laguna se recueillent ensemble sur la tombe de Raine, Edea et Cid Kramer sont à nouveau unis, l’équipe partage un bon moment et cerise sur le gâteau, Linoa et Squall échangent un baiser sur le balcon de la BGU qui s’élève dans le ciel éclairé par la lune… Waouhou. Bref, si on revenait un peu en arrière avant l’arrivée de Linoa ou même avant la dernière séquence de la BGU ? Squall ne parvient pas à revenir dans le présent et semble donc perdu à jamais dans ce qui s’apparente au néant. Ses visions troublées, les visages qui disparaissent et se succèdent comme si sa vie défilait, la larme versée et la lumière qu’il entrevoit l’instant précédant sa chute, sont autant d’indices qui semblent indiquer une mort certaine. Autre petite folie, cela viendrait appuyer l’idée de boucle temporelle et la théorie précédente sur les motivations d’Ultimécia ; la perte de son chevalier. Ce ne sont que des suppositions.

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Sweet Dreams, Squall…

Squall serait mort lors du premier affrontement avec Edea-Ultimécia

Squall serait mort lors du premier affrontement avec Edea-Ultimécia

Certains sont allés beaucoup plus loin. Squall serait mort dès la fin du premier CD, alors qu’Edea possédée lui lance un pic de glace dans la poitrine. Le reste ne serait alors qu’un rêve, un dernier espoir avant la mort où il aurait idéalisé son histoire avec Linoa et fait de Seifer un simple ennemi à abattre. Il est vrai qu’avant le CD 2, les rapports entre les deux protagonistes sont houleux et la belle semble avoir du mal à oublier son premier amour Seifer. C’est aussi le moyen de trouver des réponses sur son passé et donner un sens à sa vie. Les images de la cinématique évoquée plus haut montrent principalement des images du premier CD avant le coup de grâce porté par Edea. De plus, le casque de spationaute de Linoa qui se brise, puis son visage et celui de Squall qui finissent par disparaître totalement pourraient nous faire penser que tout cela n’était en réalité qu’un pur fantasme. Pour plus d’information au sujet de cette théorie un peu surprenante mais intéressante il existe un site entièrement dédié.

Quoi qu’il en soit, si on croit à la mort de Squall qu’elle soit dès le premier CD ou à la fin du jeu, ce qui succède après que Squall soit tombé, serait finalement une sorte de salut pour le héros.

Squall est-il mort ?

Squall est-il mort ?

Vous trouverez une quantité impressionnante de théories plus ou moins sérieuses qui circulent sur le Web. Pour aller plus loin, je ne peux que vous conseiller l’ouvrage La Légende Final Fantasy VIII des éditions Pix’n Love.