Final Fantasy XIII : Le mal aimé !Sans tabou

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Nous y sommes presque, après dix ans d’attente, Final Fantasy Versus XIII s’apprête enfin à sortir sur nos consoles. Aujourd’hui connu sous le nom de Final Fantasy XV, cette arlésienne incarne à merveille la cruelle traversée du désert de la saga lors de la septième génération de consoles. Aujourd’hui, Culture Games vous propose de revenir sur le titre qui aura le plus partagé les fans, et peut-être même un des jeux les plus moqués de tous les temps : Final Fantasy XIII. Symbole immense de la perte de vitesse d’une série culte, revenons sur ce qui a fait de FF XIII un titre aussi mal aimé, et voyons si c’est cet acharnement est véritablement mérité.

Attention cet article contient de très nombreux spoilers !

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Remise en Contexte

continue-final-fantasy-xiii-le-mal-aime-contenu022009, Final Fantasy fait ses premiers pas en HD sur PlayStation 3, et surprise, sur Xbox 360 également. Fin de l’exclusivité pour Sony qui n’avait plus partagé d’épisode canonique depuis le légendaire épisode VII (outre versions PC). Le projet est extrêmement ambitieux et va bien plus loin qu’un simple jeu. Final Fantasy XIII est le premier versant du Fabula Nova Crystallis, univers étendu créé autour du jeu. Il est le penchant clair du chiffre XIII, alors que Versus XIII en est le côté sombre. À ces deux titres viennent s’ajouter Agito XIII, exclusivité PSP. SquareEnix a donc un projet bien défini pour le futur de la saga sur cette génération. On pouvait alors s’imaginer des jeux liés les uns aux autres par de nombreux éléments, aussi bien implicites qu’explicites. Finalement, outre une vague thématique de « cristal », rien n’a jamais vraiment lié ces jeux, et le « Fabula Nova Crystallis » ressemble plus à une gamme de produits qu’à un véritable univers étendu.

Chaque personnage dispose de son propre « Eidolon »

Chaque personnage dispose de son propre « Eidolon »

Final Fantasy XIII nous fait suivre les aventures de Lightning et ses compagnons, lancés dans une course contre la montre pour sauver leur vie et celle de Serah, la sœur de Lightning. Le titre sort en décembre 2009 au Japon et fait un véritable carton avec plus d’un million de vente lors du premier jour de commercialisation. La presse est très positive avec notamment un 39/40 dans le légendaire Famitsu, la presse occidentale réserve également un accueil très chaleureux au titre (84% sur Metacritic). Pourtant, de nombreux points inquiètent et la polémique commence à monter. On reproche au titre de n’être qu’une énorme démo technique, un tutoriel de 20 heures, et pire encore de ne pas être un véritable J-RPG. Absence de carte du monde, de villes, d’activités annexes… La liste s’alourdit et les fans se sentent trahis par un titre clairement destiné aux novices. Square Enix semble avant tout préoccupé par l’ouverture de sa licence vers un nouveau public, probablement pour capitaliser sur le Fabula Nova Crystallis et les futurs jeux issus du même univers.

Malgré des ventes d’environ 6,6 millions de copies à travers le monde (ce qui en fait tout de même le quatrième épisode de la série au classement des ventes, certes en étant multi-platforme), impossible de ne pas voir en Final Fantasy XIII le point de départ d’une terrible chute de popularité de la saga. Si bien qu’il sera le seul et unique épisode canonique de la série à sortir sur cette génération de consoles (avec ses suites), et que Versus XIII en fera les frais avec des reports interminables pour finalement devenir Final Fantasy XV (qui sortira donc près de 10 ans après l’annonce du jeu). Alors les fans ont-ils raisons de s’acharner sur ce treizième épisode qui n’est « Pas un bon Final Fantasy, pas un bon RPG, mais pas un mauvais jeu » comme on le lit et entend si souvent ?

Le titre s'est très bien vendu, mais (contrairement aux autres), était multi-plateforme

Le titre s’est très bien vendu, mais (contrairement aux autres), était multi-plateforme

Le Bon

La difficulté explose sur certains affrontements.

La difficulté explose sur certains affrontements.

Attention, cela va peut-être choquer certains lecteurs, mais oui, il y a du bon dans Final Fantasy XIII. Tout d’abord, fidèle à son nom, le jeu est absolument magnifique. Ses cinématiques en images de synthèse sont ce que l’on trouve de mieux sur le marché, aussi bien au niveau de la technique que de la réalisation. Le moteur du jeu est très loin d’être en reste également avec des paysages enchanteurs et des créatures impressionnantes. Nous partons donc à l’aventure dans ce monde de toute beauté pour faire face à notre destin. FF XIII surprend dans la noirceur de certains pans du scénario. Déportations, gouvernement totalitaire, destin tragique inéluctable, oppression du peuple, racisme et ségrégation… de nombreux moments viennent assombrir le « côté clair » du chiffre XIII. On est face à une œuvre de SF pur façon Philip K. Dick. Le tout est merveilleusement incarné par Lightning, de très loin le personnage le plus réussi et le plus intéressant du jeu. La narration parvient à éviter l’accumulation de clichés et se laisse suivre avec plaisir, même si on regrette que le titre n’ait pas entièrement embrassé cet aspect SF pour intégrer d’autres story-line. On peut aussi facilement expliquer la grande linéarité de la première partie, ainsi que l’absence de ville. Notre groupe de héros est en fuite et est recherché dans tout Cocoon. Impossible donc de s’arrêter faire ses emplettes à l’épicerie du coin ou de s’éterniser dans un endroit un peu trop peuplé (on voit d’ailleurs ce que ça donne lors de l’escale chez le père de Hope). La narration à pris le dessus sur les libertés offertes aux joueurs.

Pré-enregistrer le plus de formation possible devient indispensable sur la fin du jeu.

Pré-enregistrer le plus de formation possible devient indispensable sur la fin du jeu.

La réussite majeure du titre reste son système de combat. Toujours basée sur l’ATB, la grande nouveauté est qu’il n’est plus nécessaire d’attendre que la barre du personnage se remplisse totalement pour effectuer une action grâce à un système de segmentation. Une nouveauté qui apporte beaucoup de dynamisme et rehausse le rythme auquel nous étions alors habitués, dans un souci de modernisation du genre. En plus de cela, il est possible (et indispensable) de changer le rôle de vos personnages au cours d’un combat. Grâce à des formations pré-enregistrées par le joueur, on passe d’une posture défensive, qui va se concentrer sur le soin et le buff des personnages, à une posture d’attaque ou de pression sur l’adversaire. Les possibilités sont très nombreuses et offrent une vraie profondeur aux combats qui peuvent se révéler assez difficile. Cela a été dit et répété (notamment par Square Enix pour défendre son jeu dans la tourmente), mais oui, la deuxième partie du titre semble être un tout autre jeu. Plus grand, plus riche, plus exigeant. C’est aussi à ce moment-là que l’histoire prend enfin les proportions qu’elle mérite, en nous enfonçant peu à peu vers le funeste destin qui est promis à nos héros sans laisser entrevoir la moindre échappatoire.

Le Mauvais

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Personne ne vous aime alors c’est bon vous pouvez partir maintenant !

Évidemment, si FF XIII a une telle réputation, c’est bien qu’il a des choses à se reprocher. La critique la plus évidente reste celle de la linéarité indigeste de sa première moitié. Car si c’est effectivement justifiable scénaristiquement, ça n’en reste pas moins qu’une grosse vingtaine d’heures en pilotage automatique, avec le stick enfoncé vers l’avant, entrecoupé de quelques combats et cutscenes. Pire encore, la frustration d’être face à un interminable tutoriel a probablement coupé l’herbe sous le pied de nombreux joueurs. Comment en vouloir à ceux qui ont jeté l’éponge à peine arrivé à mi-parcours ? De plus, il faut supporter les innombrables scènes avec des personnages aussi tristement vides qu’insupportables. On peut rapidement perdre patience face aux réactions d’une niaiserie abasourdissante de Vanille à la moindre fleur croisée, ou face aux incessantes crises de colères de Hope à qui on a juste envie de retourner deux grosses tartes dans la tronche. Ce n’est pas beaucoup mieux du côté des bad guys, avec un « Cid » balancé à droite à gauche au besoin de la narration et transformé en méchant pour ajouter un boss avec un poil de background. Quant au grand méchant, si son aspect d’être omniscient est prometteur, ses apparitions manquent de substance pour que l’on perçoive en lui un véritable antagoniste comme la saga a su nous en offrir par le passé. Si la partie SF est largement assurée, les romances sont du niveau d’un téléfilm M6. Comment un titre aussi axé sur la narration peut se permettre un tel grand écart qualitatif entre les deux choses clés de son récit ?

Les personnages ne sont pas les seuls à manquer de personnalité, la musique est elle aussi cruellement banale. Outre un « Battle theme » excellent, mais réutilisé à toutes les sauces, et une petite poignée de morceaux qui relèvent le tout, l’ensemble reste très discret. Final Fantasy est une saga à l’identité musicale extrêmement marquée, où chaque lieu, chaque personnage, chaque événement est musicalement gravé. Malheureusement trop peu de morceaux sortent vraiment du lot et même dans les moments les plus épiques la musique ne nous transporte jamais. Enfin, comment passer outre l’absence de véritable contenus annexes ? Les seules activités secondaires proposées sont des missions de chasses de monstres qui entraînent des combats spéciaux. Si elles sont plutôt bien fichues et surtout très exigeantes, elles sont la seule distraction de la quête principale. Trop juste pour un titre estampillé Final Fantasy.

Alors FF XIII, Kupo ou pas Kupo?

Final Fantasy XIII n’est pas un grand jeu, mais il n’est certainement pas le navet décrié un peu partout. Volontaire et déterminé à moderniser le J-RPG pour le faire enfin rentrer dans l’ère HD, il ne réussit que sur la moitié de ses paris. Pour un formidable système de combat, on a un affreux manque de contenu. Pour des graphismes sublimes et des cinématiques à couper le souffle, on se retrouve avec une bande-son médiocre. Pour une histoire de SF passionnante et l’une des meilleures (oui) héroïnes de la licence, on subit tout un casting de personnages au mieux oubliables, au pire énervant. Sa formidable deuxième moitié ne rattrape pas une catastrophique introduction. Ses prises de risque auront causé sa perte, car c’est bien connu, les fans n’apprécient que trop peu les grands changements. Pourtant, alors que le futur FF XV semble pleinement embrasser le genre du Action-RPG, personne ne semble vraiment se plaindre de ce changement radical de style. Peut-être que les innombrables rêves placés en Versus XIII subsistent toujours dans la tête des joueurs et qu’ils sont prêts à enfin accepter un bouleversement au cœur de leur licence favorite.