[Continue ?] The Dig, l’anomalie LucasArts

continue-the-dig-lanomalie-lucasarts-liste

À sa sortie en Avril 1995, Full throttle est acclamé par la critique. Une nouvelle fois, le scénario et l’univers imaginés par Tim Schafer (Monkey Island, Maniac Mansion, Day of the Tentacle) ont séduit les joueurs. Sept mois plus tard, The Dig reçoit un accueil très différent, et laisse beaucoup de gens sur leur faim. Le jeu ne parvient pas à réunir une communauté de fans aussi importante que pour les précédents point-and-click LucasArts, mais il parvient tout de même à recevoir des critiques généralement positives de la presse. Alors que les plus gros succès de la société se voient aujourd’hui offrir un remake, The Dig n’a eu droit qu’à une sortie sur Steam discrète, accompagnée d’un lissage peu appréciable. Pour ceux qui le connaissent pourtant, The Dig s’avère être un jeu d’aventure culte, avec une ambiance originale. Aujourd’hui, [Continue ?] va tenter de ramener à la surface un jeu injustement tombé dans l’oubli.

Contexte et création

C'est ici que tout commence...

C’est ici que tout commence…

En 1985, Steven Spielberg créé la série de courts-métrages Histoires fantastiques, et écrit un scénario pour un épisode se déroulant sur une planète extraterrestre. Il laisse rapidement tomber le projet considéré trop ambitieux à cause du budget trop important et d’un manque de technologies nécessaires. Le concept arrive finalement entre les mains de Georges Lucas en 1989, qui décide d’en faire un jeu d’aventure: The Dig. Au fil des années, le jeu passe entre les mains de nombreux chefs de projets, qui le font évoluer dans des directions complètement différentes. C’est sous la direction de Brian Moriarty (Loom) que The Dig commence à prendre sa forme actuelle, avant d’être terminé par Sean Clarke (Sam & Max Hit The Road). À la fin des six années de développement, The Dig est donc énormément attendu par les fans des jeux LucasArts, impatients de découvrir le résultat prometteur d’une alliance entre Spielberg et Lucas. Ce qui est compréhensible, puisque la collaboration des deux réalisateurs a déjà donné naissance aux films d’Indiana Jones dans le passé.

La première apparition fantôme.

Le dodécaèdre, figure géométrique très présente dans le jeu.

Le scénario de The Dig peut sembler convenu aujourd’hui mais rappelez-vous, nous sommes en 1995, et Armageddon ne sortira que trois ans plus tard. En résumé, un astéroïde menace de s’écraser sur Terre, et une petite équipe est envoyée pour placer des charges explosives dans le but de dévier sa trajectoire. C’est ainsi que notre héros, le capitaine Boston Low, accompagné de la journaliste et spécialiste du langage Maggie Robbins ainsi que de l’archéologue Ludger Brink, se retrouve à explorer l’astéroïde qui se révèle être un vaisseau, et qui les propulse tous les trois vers une planète extraterrestre. Le joueur va donc contrôler le commandant Low dans sa quête de trouver un moyen de rentrer sur Terre. Dans la plus pure lignée des point-and-click, il est nécessaire d’interagir avec le décor et les personnages pour trouver la solution des énigmes pour ainsi espérer progresser, et en apprendre plus sur l’histoire. De ce côté là, le jeu remplit donc les conditions nécessaires minimum pour être qualifié de jeu d’aventure. L’accueil de la presse est globalement très chaleureux à sa sortie, avec un 90% de la part de Joystick, et une moyenne de 8/10 aux États-Unis. Plus tard, en revanche, le nouveau site Gamespot le gratifiera d’un simple 45%. Maintenant, il reste à savoir ce qui va pouvoir démarquer The Dig de ses petits camarades.

Le jeu culte

Les quelques cinématiques du jeu sont très bien réalisées pour l'époque.

Les quelques cinématiques du jeu sont très bien réalisées pour l’époque.

Si les critiques de presse encensent le jeu, ce n’est pas sans raison. D’abord, le système de gameplay simplifié présent dans Full Throttle a encore évolué, et il suffit maintenant de cliquer quelque part pour que le héros effectue une action, sans avoir besoin de sélectionner un verbe (prendre, parler, regarder… comme dans les précédents jeux LucasArts). Cette modification permet d’enlever un aspect assez contraignant (bien qu’apprécié) des point-and-click. Mais la grande force de The Dig réside par dessus tout dans son ambiance fabuleuse : le jeu est artistiquement réussi, et les décors parfois impressionnants rendent l’exploration de la planète très agréable. Les cinématiques se servent quant à elles du moteur iNSANE qui a déjà fait ses preuves, et qui leur donne un style « dessin animé » réussi. Les effets sonores sont également très convaincants, mais ce qui donne le plus son ton au jeu, c’est la musique atmosphérique de Michael Land : les sons étranges des synthétiseurs collent parfaitement à l’univers mystérieux de The Dig.

Les doublages français ne sont pas laissés à l’écart, puisque le casting réunit Patrick Poivey (voix française de Bruce Willis) et Jean-Claude Donda (très souvent présent sur les jeux LucasArts). Bien que le cynisme de certains dialogues prête à sourire, l’histoire n’en ressort pas moins touchante, avec ses personnages pleins d’humanité. Tous ces éléments donnent vie à l’environnement du jeu, et rendent l’immersion dans l’univers plus facile. On découvre avec plaisir chaque nouvel arrière-plan, apparaissant parfois comme de véritables tableaux, accompagnés d’une musique envoûtante. Après ces mots, difficile d’imaginer que The Dig soit autre chose qu’un succès. Fort de la présence de Steven Spielberg au casting, il est même le premier jeu de LucasArts à dépasser 300 000 exemplaires vendus à sa sortie. Mais c’est là que se trouve également le principal problème de The Dig : les attentes des joueurs.

continue-the-dig-lanomalie-lucasarts-05

Une couverture très classe, qui n’a finalement servi que de publicité.

Le vilain petit canard

Les baguettes gravées... peuvent être un vrai cauchemar.

Les baguettes gravées… peuvent devenir un vrai cauchemar.

Six ans d’attente pour un jeu dont le scénario est basé sur une idée du roi des blockbusters, et développé par le studio phare des jeux d’aventure à l’époque, ça donne envie. En particulier après des jeux aussi réussis que Sam & Max Hit the Road, où l’humour est omniprésent. Mais The Dig n’est pas ce que les fans espéraient, sur plusieurs points. Tout d’abord graphiquement, le moteur SCUMM est toujours utilisé mais le résultat est jugé moins bon que sur Full Throttle, et même si le jeu a du charme, il faut avouer que les animations et les personnages manquent de détail. De plus, l’absence parfois de logique dans les énigmes les rendent parfois difficiles, et il faudra parfois essayer de nombreuses combinaisons d’objets toutes plus insensées les unes que les autres pour progresser. Mais ce qui choque le plus, c’est la différence flagrante dans le ton de l’aventure par rapport aux autres jeux LucasArts. Ici, pas de légèreté dans le scénario, ni de situations comiques. Les évènements sont entourés d’une gravité jusqu’ici inconnue par les fans, et c’est essentiellement là que réside le problème. Puisque les joueurs se sont préparés à une expérience farfelue et grandiose comme ils y étaient habitués, ils en sont sortis déçus.

La version Steam permet de lisser certaines textures mais le résultat est décevant.

La version Steam permet de lisser certaines textures mais le résultat est décevant.

L’autre erreur a été de penser que les six années de travail sur The Dig avaient été productives, et qu’elles donneraient naissance à un jeu d’une qualité bien supérieure aux autres. Mais le développement a été plus que tumultueux, et le jeu repris de zéro plusieurs fois.  The Dig a donc été précipité dans l’oubli, si bien qu’il est aujourd’hui encore très souvent méconnu des joueurs, y compris des habitués de point-and-click LucasArts. Il semble injuste qu’avec des résultats aussi encourageants, le jeu soit voué à rester au second plan simplement parce qu’il est différent des autres. Beaucoup le considèrent pourtant comme une des meilleures œuvres du studio, mais peut-être que seuls ceux qui l’ont connu et aimé à l’époque peuvent encore l’apprécier aujourd’hui. Peut-être encore que le jeu n’a reçu que l’attention qu’il méritait. Finalement la meilleure façon de le savoir reste de lui donner sa chance.

The Dig, c’est un peu comme un trésor enfoui. Bien évidemment, le jeu peut ne pas plaire à tout le monde, mais comment ne pas crier au scandale quand on voit à quel point les faux espoirs de joueurs ont pu cacher une perle de la sorte au grand public ? The Dig n’est pas un épisode raté d’une série à succès, comme l’a pu être Duke Nukem Forever, puisqu’il ne s’agit pas de série ici. C’est une simple tentative de la part de développeurs de faire quelque chose de nouveau. Le fait de savoir apprécier quelque chose de différent requiert une capacité de discernement qui n’est pas souvent répandue chez les fans. Il est donc possible de se consoler en pensant à la chance d’avoir pu jouer à The Dig. Mais finalement il ne reste que la déception que beaucoup d’autres ne puissent jamais en profiter.

, rédacteur

Je rôde, à l'affût de tout jeu qui oserait se promener nonchalamment devant l'entrée de ma caverne obscure. Mais je me soigne.

Commentaire(s)