Le Nintendo Seal of Quality plus qu’un label de qualité !Histoires du Jeu Vidéo

Rédigé par

Après avoir dominé largement de la tête et des épaules le pays du soleil levant avec notamment le succès implacable de la console de salon la Famicom (Family Computer) sortie en 1983, la firme japonaise Nintendo se décide à débarquer sur les terres américaines avec pour but de conquérir des millions de gamers. Toutefois, l’année suivant la sortie de la Famicom est à marquer d’une pierre noire pour la sphère vidéoludique.

Nous sommes donc en 1984, une année où le jeu vidéo connait une crise historique. En quoi cette année 1984 va-t-elle profondément changer les stratégies commerciales des développeurs et éditeurs de jeu vidéo ?

Par quel stratagème Nintendo va réussir à se relever et à adopter une politique à la fois conservatrice et de qualité ?

 

1983-1984, une crise historique dans le monde vidéoludique

La légende disait vrai ! Des milliers de jeux vidéo E.T. the Extra-Terrestrial sur Atari 2600 retrouvés dans le désert.

Retour dans le temps… nous sommes fin de l’année 1983 – début de l’année 1984 et cette période aura été marquée par la crise du jeu vidéo. Pour quels motifs ? Cette crise est principalement liée à la sortie d’un nombre bien trop important de jeux vidéo – faits à la va vite – et qui inondent le marché en quelques mois et années, même si cette crise est aussi à imputer à la forte croissance et concurrence des ordinateurs personnels. Ainsi, Cette période voit de nombreux films immédiatement transposés en jeu vidéo. Temps de développement court, quantité prédominant sur la qualité… on se retrouve rapidement avec une multitude de jeux estampillés licence de cinéma mais avec une qualité exécrable. En tête de gondole, on peut mentionner E.T The Extra-Terrestrial sorti en 1982 sur Atari 2600.

Cette mauvaise gestion du marché vidéoludique – ou plutôt cette politique désastreuse valorisant la quantité industrielle au mépris de la qualité – a de lourdes conséquences. Avec des ventes qui frôlent parfois le ridicule et une dépréciation du jeu vidéo qui dépeint une vision de consommation de masse, l’année 1984 voit ses deux éditeurs majeurs Atari et Matel se prendre de plein fouet ce crack. Matel se retire définitivement du marché du jeu vidéo. Atari, lui, avec un genou à terre, résiste tant bien que mal et adopte une politique très agressive en divisant par 5 voire par 10 le prix de ses jeux. Le prix à payer pour survivre…

 

L’arrivée de Nintendo en Occident

Hiroshi Yamauchi – Président de Nintendo de 1949 à 2002 – développe et goupille l’Original Seal of Quality

C’est donc à ce moment précis, où le monde du jeu vidéo vacille et est sur le déclin, que Nintendo arrive sur le marché américain avec la Nintendo Entertainment System (NES) en 1985 et en ayant comme objectif d’une part de s’affirmer comme constructeur étranger et d’autre part, de réagir afin de ne pas connaitre cette crise.

C’est la surproduction qui a entraîné cette crise et la faillite de développeurs et d’éditeurs comme Matel ou Atari. Nintendo, avec à sa tête Hiroshi Yamauchi, se doit alors d’entreprendre une stratégie commerciale pour déjouer cette crise. La politique de la firme japonaise est simple : privilégier la qualité ! Mais comment organiser et mettre en place ce projet ?

Cette politique de l’entreprise japonaise est des plus strictes ! Aucun jeu estampillé Nintendo ne sort sans l’approbation de toute l’équipe, et à cette rigueur drastique s’ajoute un quota établi à cinq jeux développés par les éditeurs tiers par année (bien que contourné de façon assez astucieuse par certains éditeurs tels que Konami).  Nintendo compte bien réduire le nombre de jeux et avoir un contrôle sur cette production via des royalties en récupérant un pourcentage sur chaque vente. Mais l’une des mesures phares de cette politique à la rigueur qualitative prend tout son sens dans la création d’un logo sobrement intitulé Original Nintendo Seal of Quality… 

 

Plus qu’un label, un outil de communication !

L’un des premiers label de qualité Nintendo (NTSC)

Il aura donc fallu attendre 3 ans après l’arrivée de Nintendo en Occident pour que le projet « Original Nintendo Seal of Quality » se matérialise.  Et c’est Nintendo of America qui goupille les premiers, suivi quelques mois plus tard par Nintendo of Europe. Au départ, ce n’est pas le label de qualité tel que nous le connaissons aujourd’hui qui est apposé sur les boîtiers des jeux vidéo Nintendo. Il s’agit dans un premier temps d’un sceau rond gris avec l’inscription suivante « The Seal is your assurance That Nintendo has approved and guaranteed the quality of this product » autrement dit, ce label est l’assurance que Nintendo approuve et garantit la qualité de ce produit.

 

 

Pour l’anecdote, la mention « Approved and guaranteed » change l’année suivante au profit de « Evaluated and approved« , entraînant une petite confusion auprès du public. La mention « guaranteed » a en effet été mal interprétée par les joueurs. Beaucoup d’entre eux pensaient que le jeu était soumis à UNE garantie. Or, il n’en était rien.

Par ce logo, Nintendo se dote d’un formidable outil de communication. Explicitement, Nintendo ne veut pas faire les mêmes erreurs que ses concurrents par le passé. Mais implicitement, la firme japonaise tente non seulement de prôner une image de qualité mais surtout d’être honnête et d’apporter une nouvelle vision aux yeux des joueurs sceptiques et désabusés par l’industrie du jeu vidéo.

Le système de verrouillage qui permet de bloquer les jeux non accrédités

Ainsi, ce label en lettres dorées sur fond blanc atteste que le jeu est de bonne qualité. Assurément, le logo veut surtout dire que le développeur a payé sa licence et que le jeu est officiel. Cette idée lumineuse permettra à Nintendo d’asseoir son hégémonie et de booster considérablement les ventes de ses jeux. Toutefois, ce n’est pas seulement du fait de son logo que le géant japonais s’est imposé. En effet, grâce à ses nombreux éditeurs tiers, ses excellentes licences (Mario, Zelda, Metroid) et à la puce 10NES intégrée dans la console permettant un contrôle des jeux adoubés par les constructeurs (histoire de ne pas commettre les mêmes erreurs que l’Atari 2600) Nintendo développe sa suprématie.

A savoir,  tous les jeux qui sortent en Occident sur un support Nintendo arborent ce logo « Original Nintendo Seal of Quality » qui reste pourtant introuvable sur le marché japonais !

 

Quelques éléments et explications des identifications du label de qualité Nintendo

En quelques mois et années, différents logos orneront les boîtiers des jeux Nintendo. Le sceau rond blanc, le sceau rond noir, le sceau rond gris, le sceau blanc ovale, les deux sceaux blancs ovales, les deux sceaux ronds gris et enfin, les deux sceaux ronds dorés. De nombreux sceaux qui ont pour tous une identification propre.

Nintendo adopte des sceaux dorés de couleurs noire pour les premières versions de Metroid ou encore de Castlevania. Ces sceaux remplacent ainsi les premiers ronds et gris qui n’étaient pas assez visibles sur les boîtiers.

Autre variantes, le double sceau blanc et ovale que l’on peut voir sur les boîtiers NES Françaises – Hollandaises -Belges (FAH). L’explication est simple, à l’origine, un sceau blanc et rond figure sur le boitier. Or, celui ci est en anglais. Nintendo of Europe ajoute un second sceau rond blanc mais en français. Comme il n’y a la place que pour un seul et unique sceau, ces deux sceaux sont alors aplatis, qui en résulte en deux formes ovales.

Quelques labels de qualité Nintendo à travers les âges !