Get Even

Get Even aurait pu être un très grand jeu, mais il semble partir dans plusieurs directions en même temps sans savoir où aller. Action ? Histoire ? Enquête ? Heureusement, l'ambiance fonctionne parfaitement grâce à une maîtrise de la narration évidente et d'une bande-son de haut vol. On est à la fois déçu et agréablement surpris, et on ressort du jeu avec le même plaisir que lorsqu'on regarde un bon film.
Les plus
  • La musique grandiose
  • Les effets sonores et les doublages convaincants
  • Une histoire originale et captivante
  • L'immersion dans cet univers inconnu
Les moins
  • Le gameplay inutile
  • Un rythme parfois trop hésitant
  • Trop de concepts sous-exploités
Comment réussir un jeu imparfait

Depuis son annonce fin 2013, Get Even n’a fait parler de lui qu’une ou deux fois. Initialement présenté comme étant un FPS photoréaliste, les trailers les plus récents soulignaient un aspect « thriller narratif » suffisamment original pour attirer de nouveau l’attention des joueurs. Une chose est sûre, le développement n’a pas dû être une sinécure…

Un nouvel espoir

Les séquences dans l’asile sont très efficaces.

Les polonais de chez The Farm 51 sont habitués aux FPS nerveux, violents et de qualité très moyenne (NecroVisioN, DeadFall Adventures, Painkiller Hell & Damnation). Autant dire que Get Even est de loin la plus grosse anomalie de leur ludothèque actuelle. L’ère des douilles qui volent sous une pluie de tripes est révolue, place à la narration. C’est un virage à 180 degrés que le studio a voulu emprunter, et c’est tout à son honneur, mais si Get Even est selon moi leur jeu le plus réussi, il est très loin d’être exempt de tout défaut. Il mériterait même le titre de « Jeu vidéo le plus Inégal » de l’année. La recette de Get Even est on ne peut plus simple : on prend un Memento entier, on y ajoute une pincée d’Inception et on dilue le tout dans un bon gros Condemned. Vous mixez pendant 4 ans et vous obtenez un jeu au goût doux-amer et plein de grumeaux, mais qui se mange sans trop de difficulté. En mélangeant ce genre d’ingrédients, on devrait se retrouver avec un bon gros thriller psychologique, non ?

Back to the Future mister Black

Accéder à une mémoire corrompue peut s’avérer difficile.

Dès les premières secondes, le jeu réussit le pari de nous plonger dans son univers mystérieux. La voix étrange d’une personne se présentant comme notre médecin nous explique que le protagoniste, Cole Black, a perdu la mémoire à la suite d’une explosion. Il va donc devoir explorer ses souvenirs pour tenter d’expliquer sa présence sur les lieux de l’incident. En se servant du casque Pandora, notre héros troublé va devoir affronter les barrières posées par son propre subconscient pour dévoiler les dessous d’une enquête plus profonde qu’il n’y paraît. Lorsqu’il n’est pas en train de fouiller dans son passé, Cole déambule dans ce qui ressemble à un asile désaffecté où il semble être piégé. C’est là tout ce que je peux écrire sur le scénario sans en gâcher le contenu (ce qui serait un acte d’une barbarie infinie). L’histoire, à défaut d’être complètement limpide, soulève à chaque instant de nombreuses questions qui trouvent leurs réponses au fil des chapitres, nous encourageant ainsi à poursuivre l’aventure. Ce qui fonctionne, c’est la remise en question permanente de la réalité du monde qui nous entoure. Get Even se sert de la confusion vécue par le héros pour absorber le joueur dans la trame scénaristique : on n’incarne pas Cole Black, on est Cole Black.

La musique adoucit les morts

Voilà le « palais mental » de Cole, là où sont répertoriés tous les indices.

Il est évident que Get Even devait initialement être compatible avec les casques de réalité virtuelle, et il faut bien avouer que le résultat aurait sûrement renforcé la sensation (déjà très bonne) d’immersion dans l’histoire. Le design même du Pandora n’est pas sans rappeler le HTC Vive, mais il n’est malheureusement pas possible d’en profiter. Néanmoins, l’ambiance de Get Even n’en pâtit pas grâce à un sound design de haut niveau. Les doublages et bruitages sont extrêmement convaincants, mais ce qui fait la plus grande force du titre c’est sans aucun doute la bande-son magistrale du compositeur français Olivier Derivière. Chaque musique sert la mise en scène à merveille, que ce soit les mélodies jouées au violon lors de révélations percutantes, ou les thèmes plus sombres et rythmés qui marquent les séquences de tension. Ces dernières font mouche en utilisant des effets sonores distordus (tictac d’une horloge, battement de cœur) dont la fréquence s’accélère lorsque l’angoisse est à son paroxysme. Puisque la mise en scène est la plupart du temps très bien travaillée, le résultat est brillamment réussi et permet de sauver l’honneur du jeu car les autres aspects ne sont pas d’une qualité aussi élevée.

Get Uneven

Le corner gun, sympa mais pas assez présent.

« 23 Juin 2017. Pologne. La ville de Gliwice est en émoi suite à l’annonce des forces de police : le cadavre retrouvé dans le sous-sol des bureaux de The Farm 51 a été identifié. Tout doute est écarté, il s’agit bel et bien du gameplay mort-né de Get Even. Ses parents sont les principaux suspects à l’heure actu… ». Bon, l’affaire ne s’est pas exactement déroulée ainsi, mais dans un monde parallèle il est probable que les chaînes de télévision polonaises aient diffusé ce message. Un jeu vidéo n’a pourtant pas nécessairement besoin de grand-chose pour briller, j’en veux pour preuve les chefs-d’œuvre de la catégorie Walking Simulator (The Stanley Parable en tête). Le problème ici, c’est que le jeu ne fait qu’alterner entre séquences d’action/infiltration et phases de recherche d’indices, et malheureusement rien de tout ça n’est vraiment impeccable. Les indices n’ont pas souvent d’intérêt notable, et l’utilisation répétée du smartphone pour scanner l’environnement casse le rythme donné par l’histoire. De l’autre côté, l’infiltration est des plus barbantes malgré la présence du corner gun (une arme réelle qui permet de tirer à un angle de 90 degrés à l’aide d’une caméra) dont le concept est sous-utilisé, et les combats ne sont guère plus intéressants. Il faut rajouter à tout cela des graphismes globalement datés, bien loin des premières vidéos photoréalistes qui devaient initialement caractériser le jeu. C’est à s’en mordre les doigts, car le potentiel de Get Even crève les yeux.

La plupart des révélations se font dans les souvenirs du mystérieux « Red ».

En dehors de certains aspects de sa réalisation, Get Even reste une bonne surprise grâce son ambiance travaillée. Tout l’intérêt du jeu repose sur cette dernière et sur l’histoire assez originale qu’il propose. Dommage que le reste soit si redondant, on ne peut que rêver à ce que le jeu aurait pu être dans un autre contexte. Le travail effectué prouve néanmoins que le studio polonais avance dans la bonne direction.

, rédacteur

Je rôde, à l'affût de tout jeu qui oserait se promener nonchalamment devant l'entrée de ma caverne obscure. Mais je me soigne.