Deus Ex : Mankind Divided

En s’appuyant autant sur les bases de son aîné, nous étions en droit de craindre que le jeu ne fasse trop dans le recyclage. Mais tout ce que Mankind Divided propose, il le réussit. Le problème réside dans ce qu’il ne propose pas : une histoire principale plus complète. Le jeu reste tout de même une preuve incontestable du travail exemplaire effectué par Eidos Montréal. Parcourir les niveaux est un réel plaisir du début à la fin, grâce à l’énorme attention qui a été portée aux détails, et à un gameplay varié.
Les plus
  • L'univers riche et cohérent
  • La liberté d'action totale
  • La bande-son et les voix
  • La direction artistique impressionnante
  • Le gameplay efficace
Les moins
  • Une fin expédiée annonçant des DLCs
  • Seulement trois missions principales
  • La suite ?! LA SUITE ?!
Un monde restreint, mais une liberté totale

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L’an 2000 pour l’éditeur Eidos Interactive, c’est la genèse de deux séries de jeux vidéo d’infiltration iconiques : Hitman et Deus Ex. Après un premier opus encensé par la critique et un second bien moins convaincants (Invisible War), la franchise à l’ambiance cyberpunk Deus Ex est passée entre les mains d’Eidos Montréal pour faire naître en 2011 Human Revolution. Direction artistique remarquable, scénario travaillé, bande-son et doublages plus que convaincants… Ce retour réussi sur le devant de la scène laissait espérer une suite digne de ce nom, qui saurait corriger les quelques défauts de son prédécesseur.

Métal hurlant

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Éliminer les menaces ou passer inaperçu, le choix est vôtre.

Ce qui fait la force de Deus Ex, c’est avant tout son universimpossible donc de ne pas commencer en présentant le contexte de la trame scénaristique. Comme cette tâche s’avère relativement ardue, je m’autorise à utiliser la technique du « en gros ». Dans un avenir dystopique pas si lointain, la nouvelle mode (en gros) c’est de se faire greffer des pièces d’appareils électroménagers hors de prix. Il n’aura pas fallu longtemps pour que la société se divise en deux camps : d’un côté ceux qui voient en cette pratique une disparition inévitable de l’Humanité, et de l’autre les « Augmentés » qui (en gros) trouvent ça utile d’avoir un four micro-onde dans l’omoplate. La situation déjà loin d’être accueillante, a empiré quand (en gros) les Augmentés ont chopé un vilain virus qui a fait peur à tout le monde. Résultat : le transhumanisme (en gros) c’est mal vu, ça coûte cher et ça ne fonctionne pas très bien, donc les Augmentés se retrouvent pauvres et mourants, et sont mis dans des bidonvilles parce que les gens sont intolérants, racistes et hostiles envers eux. En gros.

Ça y est, les 58 Gigabits de données du jeu sont installés ! À moins que votre connexion Internet soit limitée, auquel cas vous pourrez jouer au jeu à l’époque où se déroule son histoire, en 2029. Nous savions déjà depuis son annonce que Mankind Divided allait garder tout ce qui avait fonctionné dans le jeu précédent. Dès le lancement donc, les fans peuvent s’y retrouver sans aucune difficulté : l’apparence du menu principal et la musique électronique/ambiante sont du même acabit que celles de Human Revolution. Une fois la partie commencée, nous replongeons enfin dans le corps d’Adam Jensen, pour la suite de ses aventures. Cette dernière phrase devrait en théorie suffire pour vous convaincre d’acheter le jeu.

God from the machine

10 % Humain, 90 % Synthétique, 100% de Classe à l’état brut, le protagoniste charismatique a quitté son manteau noir pour enfiler une tenue de combat sûrement plus pratique, mais il n’a heureusement pas changé de voix. Nous retrouvons donc avec un plaisir incommensurable la voix éraillée d’Elias Toufexis pour la version originale (la VF vous est donc interdite). Après avoir

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La Smart Vision permet de mettre en évidence les différentes approches possibles.

mis un terme à l’incident qui a grandement porté préjudice aux Augmentés, Jensen rejoint Interpol afin de pouvoir tuer et s’introduire chez des gens en toute légitimité (ou d’empêcher des attentats, de temps en temps). Sa mission principale consiste à traquer des terroristes, et si ce postulat de base peut sembler inapte à franchir les limites de l’originalité, la mise en scène et la méticulosité de la narration permettent de nous tenir en haleine tout au long du jeu.

La première mission sert de tutoriel, en nous permettant d’utiliser presque toutes les améliorations déjà connues des joueurs de Human Revolution, sans non plus retomber dans un cours de classe maternelle (« tu peux utiliser ton arme à feu pour ôter la vie des gens en cliquant sur l’interrupteur gauche de ton appareil de sélection électronique »). Un choix est proposé initialement entre arme létale ou non, mais rien n’empêche le joueur de changer de technique en cours de partie, et là se trouve la qualité la plus évidente de Mankind Divided : la liberté d’action.

En tant que pacifiste, vous abhorrez toute forme de violence et souhaitez passer à côté des ennemis sans les toucher ? Soit. Au contraire, votre désir de vengeance nourrit une forme de haine que vous extériorisez en assassinant la moindre personne qui vous regarde un tant soit peu de travers ? C’est votre choix. Peut-être que votre objectivité schizophrénique vous fera alterner entre grâce et punition selon les cas. Vous l’aurez compris, toute approche est envisageable et plaisante à suivre. La grande (et seule ?) amélioration par rapport à Human Revolution : pas un combat n’est obligatoire, même contre un boss.

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ll faut avouer que les lunettes de soleil intégrées, c’est la classe…

Deus Ex and the city

Une fois le prologue terminé, Jensen arrive à Prague, qui sera le terrain de jeu majeur de Mankind Divided. D’un point de vue esthétique, le titre est relativement épatant. En particulier certaines séquences de persuasion qui sont sublimes et touchantes. Si certaines textures peuvent paraître un peu troublantes, la direction artistique, les effets de lumière et le level design rendent la ville extrêmement agréable à parcourir. L’ambiance générale de celle-ci n’est d’ailleurs pas sans rappeler « Cité 17 » (Half-Life 2). Eidos Montréal fait fort en donnant vie à une ville morte, contrôlée par les forces de l’ordre, et où règne une tension palpable par le joueur. La modélisation et les animations des personnages sont assez bonnes (celles de Jensen sont bien au-dessus des autres), et nous pouvons par conséquent plonger sans difficulté dans une Prague crédible et semi-réaliste. Il vous faudra même prendre le métro pour vous déplacer entre les différents quartiers de la capitale. Ces trajets sont rapidement pénibles, car les quêtes annexes vous obligeront à faire des allers-retours consécutifs, et le temps de chargement de ces zones peut sembler interminable, mais il est justifié et compensé par la fluidité de l’exploration une fois dans un quartier.

Là encore, vous pourrez jouir d’une indépendance totale, en vous introduisant chez les gens à leur insu, en résolvant des missions secondaires comme bon vous semble, ou en piratant des ordinateurs pour en apprendre davantage sur le contexte du jeu. Et aussi de trouver les combinaisons des coffres de tous les habitants de la ville pour les cambrioler, parce qu’on a beau être un héros et sauver tout le monde, il faut aussi un équilibre des choses. Il serait dommage de passer à côté de ces excursions pour plusieurs raisons : tout d’abord, Mankind Divided est très court si l’on ne fait que la mission principale. Les quêtes « annexes » sont donc nécessaires pour profiter du jeu dans son intégralité.

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Prague n’est pas une destination de rêve, mais elle convient parfaitement comme terrain de jeu.

La mécanique du corps

L’exploration est aussi grandement récompensée par des points d’expérience. À chaque niveau que vous franchissez, Jensen gagne un Kit Praxis qui permet de débloquer ou d’améliorer ses augmentations mécaniques (il peut également en trouver en fouinant ou les acheter auprès de marchands). Ces augmentations sont au centre du gameplay, car en plus de lui donner des compétences utiles pour le combat, elles multiplient les possibilités de progression dans un niveau : en utilisant les poumons cybernétiques, Jensen peut passer dans des zones remplies de gaz sans risquer un cancer, mais en se servant de ses talents de pirate, il peut aussi débloquer une porte sans déclencher d’alarme. Ce qui est dommage, c’est justement que le piratage est fondamental et presque obligatoire dès le début.

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La vue à la 3e personne permet d’admirer certaines actions contextuelles.

Des améliorations font aussi leur apparition à travers une subtilité scénaristique pas assez exploitée, et Jensen pourra donc bénéficier de nouvelles techniques propres à un style de jeu (le Quadruple- Taser pour assommer plusieurs ennemis simultanément, ou le lance-sabre-explosif, oui, oui). On prend beaucoup de plaisir à se servir de ces pouvoirs qui laissent rêveurs (le système d’atterrissage ICARE qui ralentit la chute, bordel il me le faut immédiatement). Leur utilisation est souvent associée à un passage vers une vue à la troisième personne qui n’est pas désagréable, mais qui est parfois répétitive et rend les animations des actions un peu rigides. Malheureusement, ces améliorations sont aussi réjouissantes que puissantes, c’est-à-dire énormément, et le jeu deviendra rapidement aussi simple que si vous arriviez avec un lance-missile dans les Teletubbies. Sans parler du fait que vous allez rapidement vous retrouver milliardaire, si vous décidez de fouiller tous les recoins de la ville. C’est regrettable, mais soyons clairs, cela ne ruine en aucun cas le jeu qu’est Mankind Divided.

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Certaines scènes de dialogues sont captivantes.

Ce qui est plus fâcheux en revanche, c’est le dénouement. Son existence même est fâcheuse, puisqu’elle indique la fin du jeu. Fâcheuse également, la rapidité dont est expédiée la chose. L’histoire n’est pas conclue et annonce donc une suite, ce qui est à la fois un bien et un mal. Une aventure principale plus longue aurait rendu le jeu exemplaire. Un mode « Breach » est présent pour rallonger la durée de vie, mais est plus axé scoring et il faut avouer que c’est surtout l’histoire du héros qui nous intéresse. Celle-ci devrait être rallongée grâce à divers DLCs payants, dont l’intérêt restera à voir.  On aurait préféré attendre quelques semaines de plus pour profiter du premier DLC dans le jeu de base, mais il est difficile d’en vouloir aux développeurs pour si peu.

Rien à jeter dans ce Mankind Divided qui s’avère être très agréable dans son ensemble, et qui propose une expérience pouvant être complètement différente d’une partie à l’autre. La grande rejouabilité du titre compense donc sa durée de vie initiale, et le jeu apporte son lot de nouveautés et d’améliorations permettant d’élever son statut au-dessus d’un simple Human Revolution 1.5. Il aurait presque pu s’imposer comme une nouvelle référence, mais trop de questions restent tout de même en suspens. Pas le choix, on fera donc avec (ou sans, plutôt) en attendant la suite. La suite ?! LA SUITE !

, rédacteur

Je rôde, à l'affût de tout jeu qui oserait se promener nonchalamment devant l'entrée de ma caverne obscure. Mais je me soigne.