[Critique] The Messenger

Doté d'une réalisation admirable sur tous les aspects, The Messenger est une véritable surprise dans le monde du jeu indépendant. C'est un parfait hommage rendu à ses sources d'inspiration de l'époque, et cette aventure d'une dizaine d'heures reste extrêmement plaisante malgré sa deuxième partie un peu moins inspirée. Cependant, devant une expérience de jeu d'une telle qualité, on ne peut que reconnaître le talent de l'équipe de développeurs.
Les plus
  • La direction artistique soignée
  • Un gameplay précis et réussi
  • Une bande-son qui colle parfaitement
  • L'écriture, remplie d'un humour bon enfant
  • Level design intelligent
Les moins
  • Le bestiaire faiblichon et peu renouvelé
  • Des longueurs dans la seconde moitié, à cause des nombreux allers-retours
L'hommage réussi aux jeux rétro action/plate-forme

Il n’est pas chose aisée de développer un jeu en souhaitant rendre hommage à une catégorie ou une époque en gardant une identité authentique, mais il est d’autant plus rare de parvenir à remplir cette tâche tout en transcendant le genre. Comme Shovel Knight, Cuphead et d’autres jeux au style volontairement rétro qui ont eu un succès phénoménal, The Messenger pourrait bien obtenir sa place au panthéon.

Souvenirs, souvenirs…

Depuis la sortie remarquée de Hotline Miami en 2012, Devolver Digital s’est imposé comme une source sûre dans l’édition de jeux indépendants, en publiant un grand nombre de perles vidéoludiques.

Annoncé en grande pompe début Janvier, The Messenger est le premier jeu développé par le studio québécois Sabotage, et il ne déroge certainement pas à la règle.Si son charme a de quoi séduire sans difficulté ceux qui firent l’expérience des jeux d’action/aventure des années 90 tels que les séries Ninja Gaiden et Shinobi, sa qualité exemplaire le rend également accessible et appréciable par tous les amateurs de jeux rétro.

You got mail

On a tendance à l’oublier, mais la voie du shinobi commence aussi par des cours magistraux de 40 heures par semaine. Heureusement pour notre héros apprenti ninja, la cloche de la récréation sonne prématurément lorsqu’une horde de démons envahit son village et décime enseignants et élèves. Ainsi promu messager (par défaut), il reçoit la lourde tâche de sauver l’humanité en transportant un parchemin antique vers l’Est. Danger oblige, la mort viendra certainement frapper notre héros sur sa route, auquel cas un petit être démoniaque viendra le ressusciter. En contrepartie, celui-ci volera à ses côtés tout en l’empêchant de ramasser des cristaux (la monnaie du jeu) pendant un court moment. Cet élément de gameplay n’est finalement qu’un détail scénaristique justifiant l’immortalité du messager, puisqu’il ne freine pratiquement pas la progression de l’histoire.

Le marchand a plus d’une histoire dans son sac.

Si on est initialement cantonné au simple saut et coup d’épée, la panoplie d’équipements mis à notre disposition s’étoffera au fil de nos rencontres avec un marchand philosophe. Les compétences ainsi débloquées donnent une grande liberté d’action au joueur quant à son approche des combats et des déplacements. Par exemple, le messager bénéficie rapidement d’un saut supplémentaire à chaque coup infligé, et il pourra donc effectuer des combos en plein air en frappant des ennemis, projectiles ou des éléments du décor. Une fois alliée au grappin faisant office de dash à courte distance, cette technique permettra aux joueurs les plus agiles de fendre l’air sans jamais poser de pied à terre. Par conséquent, le jeu ne propose jamais vraiment de challenge considérable, mais chacun est libre d’emprunter un chemin plus ou moins corsé.

Hermès génial

Les montagnes de glace ont beaucoup de verticalité.

Le plus beau dans tout ça, c’est que The Messenger est doté d’un gameplay impeccablement précis. En effet, toutes les combinaisons de mouvements s’enchaînent dans une fluidité jubilatoire, et la courbe de difficulté laisse largement le temps aux néophytes de les maîtriser. Pour couronner le tout, lorsque le jeu décide d’introduire le principe des voyages dans le temps (au bout de quelques heures, alors que la quête semble toucher à sa fin), le rideau tombe et la véritable étendue du gameplay est révélée. Traverser un portail temporel projette le joueur 100 ans dans l’avenir, dans un univers en 16 bits sensiblement différent : tous les niveaux parcourus sont désormais disponibles dans les deux époques et le level design déjà inventif prend tout son sens, en permettant au messager d’accéder à des zones précédemment inaccessibles à la manière d’un Metroidvania.

Malheureusement, ce moment marque aussi une véritable rupture dans le déroulement du jeu. Là où la première moitié de The Messenger fait succéder niveaux et boss de façon linéaire (mais sans aucune lassitude, grâce à la mise en scène très soignée), la suite nous oblige à retourner fouiller le monde à la recherche d’artefacts perdus. Même si le voyage temporel altère certains aspects du level design intelligemment, le fait d’avoir à faire à des allers-retours entre les différents environnements n’est pas aussi plaisant au bout de quelques heures, surtout lorsqu’on voit le nombre de boss baisser drastiquement (le dernier étant en plus loin d’être le meilleur). Parallèlement à cela, le bestiaire très mince amorce une certaine monotonie dans les affrontements, mais il s’agit là des seules légères zones d’ombres du jeu et celles-ci sont largement excusées par la qualité ébouriffante des autres aspects de The Messenger.

Deux univers pour le prix d’un !

Shinobits

Dès les premières secondes, la direction artistique de The Messenger convainc déjà sans difficulté grâce à son apparence 8 bits travaillée, mais les voyages temporels transportant le joueur dans un monde 16 bits tout aussi réussi subliment l’expérience. Même si le jeu n’est pas révolutionnaire, il réunit tous les meilleurs éléments de ses ancêtres. Les transitions instantanées entre le style NES et SNES s’opèrent également au niveau musical, et les chiptunes sont exquises dans chacune des deux versions (pas moins de 29 morceaux sont disponibles par époque). Cette alliance entre apparences visuelle et sonore interchangeables donne au jeu un charme indéniable qui ravira les amateurs de pixel art.

Utilisez les projectiles pour bénéficier d’un double saut

Bien que le synopsis de départ de The Messenger ne soit certainement pas des plus radieux, l’aventure se targue pourtant d’un humour simple et efficace. A chaque rencontre, les dialogues ont un style totalement assumé parfois proche du registre familier. Ce choix surprenant pour un jeu de cet acabit lui donne une aura singulière très appréciable.

On se retrouve donc systématiquement à épuiser les discussions avec le marchand afin de se délecter de ses réactions souvent hilarantes, et parfois plus profondes. Cette énième particularité vient parfaire l’identité originale que possède The Messenger, et s’ajoute à ses nombreuses autres qualités pour l’élever au rang d’incontournable.

Sans être exempt de défauts, The Messenger perfectionne les codes établis par ses prédécesseurs et propose une expérience captivante qui apporte un vent de fraîcheur pour le genre des action/plate-formes. Même s’il n’atteint pas le statut de jeu culte, il serait dommage de passer à côté d’un titre aussi bien réalisé. Cette première production du studio Sabotage dessine un avenir plus que prometteur pour les développeurs, et même s’ils ne s’affairent pas directement sur une suite, il y a fort à parier que le résultat saura répondre à nos attentes.

, rédacteur

Je rôde, à l'affût de tout jeu qui oserait se promener nonchalamment devant l'entrée de ma caverne obscure. Mais je me soigne.