[Critique] Shadow of the Colossus

Pas loin de 13 années plus tard, Shadow of the Colossus peut se targuer de réussir à nous envoûter sans aucune difficulté. La qualité de ce remake est indéniable, et même si certains soucis de gameplay n'ont toujours pas su être corrigés, le jeu en reste une pure merveille. Cette ultime version d'une relique de la Playstation 2 vient embellir le catalogue de sa cadette, et nous l'accueillons avec grand plaisir à bras ouverts.
Les plus
  • L'amélioration graphique incroyable
  • La bande-son toujours aussi magistrale
  • Une aventure poétique marquante
  • Shadow of the Colossus à 60 FPS sur PS4 Pro
  • Combats épiques contre colosses majestueux
Les moins
  • Les soucis de gameplay toujours présent
  • Pas (ou presque) de nouveau contenu
Quand le meilleur jeu de la PS2 devient le meilleur jeu de la PS4

Véritable succès critique lors de sa sortie en 2005 sur Playstation 2, Shadow of the Colossus s’est rapidement installé dans le cœur des fans. Après tous les déboires de la Team Ico, il semblait inconcevable de voir apparaître un autre jeu à la suite de The Last Guardian. Et pourtant lors du dernier E3, une annonce a fait frissonner l’assemblée dès les premières images : l’annonce d’un véritable remake en exclusivité sur PS4. Ô joie, ô bonheur, mon vœu a enfin été exaucé.

The First Guardian

La qualité des graphismes a fait un pas de géant (HAHAHA arrêtez moi)

Fumito Ueda est une grande figure de l’industrie vidéoludique qui a su élever le jeu vidéo au rang d’art avec Ico, sa première création en temps que directeur. La forteresse d’un royaume imaginé par le concepteur japonais âgé de 30 ans à l’époque a marqué les esprits par sa direction artistique phénoménale. Son second projet partageant le même univers, Shadow of the Colossus, a transcendé les joueurs à tel point qu’il est systématiquement mentionné comme étant l’un des (voire le) meilleurs titres de la Playstation 2. Bien qu’ayant été une réussite majeure, le jeu souffrait tout de même de problèmes techniques, de quelques soucis de gameplay et ne tournait qu’à environ 20 images par seconde. Après avoir suivi la mode hautement contestable des remaster HD en sortant sur PS3 dans une version légèrement liftée, Shadow of the Colossus fait peau neuve sur la dernière console de Sony dans un remake qui est cette fois totalement justifié. Au programme : une ambiance sublimée par la refonte graphique et sonore, mais toujours les même émotions qui nous envahissent au fil du jeu.

Duel au sommet

NOPE NOPE NOPE NOPE NOPE !

Il est préférable de ne révéler que le strict nécessaire du scénario de Shadow of the Colossus pour ne pas gâcher l’expérience des rares chanceux qui n’auraient pas encore mis la main dessus. Sachez simplement que le jeu met en scène Wander dans sa quête pour sauver une jeune femme de la mort. Accompagné de sa jument Agro, il va devoir errer dans les terres interdites pour affronter des colosses de chair et de pierre afin de gagner les faveurs d’une divinité. Pas d’ajout de contenu de ce côté-là, les colosses ne sont toujours que 16 et tous les prototypes qui avaient été épurés de la version PS2 faute de moyens/place ne passeront malheureusement jamais ce stade. Les seules nouveautés sont l’ajout de 79 pièces à collectionner (pour débloquer un secret symbolique), d’un mode photo et du mode miroir. À l’instar de la plupart des jeux actuels, le mode photo permet de mettre la partie en pause, de déplacer la caméra en appliquant divers filtres et effets, et de prendre une capture d’écran de bonne qualité. Les filtres peuvent d’ailleurs être utilisés directement sur le jeu afin de modifier le rendu visuel, que ce soit pour retrouver les couleurs de la version originale ou pour déambuler dans un univers aux couleurs différentes.

La mise en scène est réussie à chaque instant

Comme son nom le laisse entendre, le mode miroir ne fait qu’inverser horizontalement le paysage mais ce changement simpliste procure une sensation de différence très troublante. S’il est combiné à un filtre, ce principe peut même permettre de changer drastiquement l’ambiance de Shadow of the Colossus et ainsi prévenir toute lassitude si vous souhaitez parcourir le monde plusieurs fois consécutives.

Du sang et des larmes

Si les quelques nouveautés proposées n’auront que très peu d’intérêt pour la majorité des joueurs, la transformation visuelle considérable donne toute sa légitimité au remake. En 2005, les étendues d’herbe n’étaient qu’une texture gris-verte et les montagnes des polygones difformes. La végétation est désormais entièrment modelisée, les montagnes nettement plus détaillées et l’ensemble de l’univers infiniment plus crédible tout en respectant avec perfection celui d’origine. Bluepoint Games nous offre un véritable voyage dans les nombreuses vallées et les lacs qui remplissent la surface de la carte. C’était déjà un plaisir de découvrir les chemins qui nous mènent au combat à l’époque, mais l’évolution est incomparable. Le travail colossal (HAHA, je suis viré) fourni par les développeurs est palpable jusque dans la réalisation des colosses en eux-mêmes. Tels des sculptures soudain pourvues d’un don de mobilité, ils déplacent lentement leur masse et projettent toute leur énergie dans les coups qu’ils tentent d’asséner à notre héros.

Agro, fidèle destrier.

Les fans sauront reconnaître les animations spectaculaires de l’ancienne version, mais l’amélioration la plus notable des colosses concerne le mouvement de leur fourrure qui ploie sous le souffle du vent, donnant ainsi un second souffle de vie à leur apparence. Enfin, l’élément qui parachève une fois de plus l’immersion dans ce monde fantastique reste évidemment la somptueuse bande-son de Kow Otani, qui a également été partiellement retouchée pour l’occasion. Les morceaux épiques n’ont pas perdu de leur qualité et permettent de véhiculer toujours autant d’excitation, de vigueur ou d’émotion. Replonger dans Shadow of the Colossus est un délice éthéré, mais ce remake accomplit l’exploit de rendre l’expérience encore plus phénoménale qu’avant.

Dark side of the shadow

Les conséquences du temps qui passe…

Réjouissez-vous, détenteurs de la PS4 Pro car vous avez la chance de pouvoir faire tourner le jeu à 60 images par seconde, presque trois fois plus que ce que la version de base proposait. Le résultat est extrêmement réussi, mais ceux qui souhaiteraient bénéficier d’une qualité supérieure pourront changer de mode d’affichage et rester à 30 FPS. Dernière génération oblige, les contrôles à la manette ont été revus mais il est possible (et plus pratique) d’utiliser ceux d’origine.

Malheureusement, ceux-ci sont toujours aussi imprécis et les nombreux bugs de collision n’améliorent pas la situation. Le pire reste sans conteste la maniabilité à cheval, car Agro semble être frappé d’une claustrophobie démesurée l’empêchant de galoper dans certains espaces resserrés. Wander quant à lui souffre du syndrome de détachement compulsif aléatoire qui le contraint de temps en temps à ne pas s’accrocher au bon endroit. Il semble évident que le remake a gardé les mêmes défauts que son prédecesseur, ce qui aurait pu être évité et ainsi contribuer au perfectionnement de l’œuvre. Ces quelques parts d’ombre ne parviennent en rien à éroder la magnificence d’un jeu toujours aussi culte, et qui restera probablement à jamais l’un des meilleurs jeux de la Playstation.

 

Si le style « Boss Rush/exploration »de Shadow of the Colossus vous avait rebuté à l’époque et que parcourir des environnements sans combat vous avait ennuyé, ce remake ne changera rien. En revanche si vous avez apprécié, aimé, adoré ou jamais fait le jeu original, alors c’est l’occasion inespérée de (re)plonger dans un univers envoûtant. La nostalgie, bien qu’existante, n’est pas le seul facteur de cet attachement : la beauté des environnements et de la mise en scène parvient à nous charmer avec encore plus de facilité qu’avant. C’est le retour d’un véritable chef-d’œuvre qui a marqué l’histoire vidéoludique, et nous ne pouvons qu’en remercier leurs humbles créateurs.

 

 

 

, rédacteur

Je rôde, à l'affût de tout jeu qui oserait se promener nonchalamment devant l'entrée de ma caverne obscure. Mais je me soigne.