[Critique] Resident Evil 2

Rares sont les remakes qui parviennent à sublimer le jeu d'origine, et c'est pourtant ce que fait Resident Evil 2 en proposant une refonte complète du gameplay et de la progression. Si quelques défauts subsistent encore, il parvient à offrir une expérience agréable du début à la fin, et saura attirer de nouveaux joueurs vers la licence.
Les plus
  • Visuellement très satisfaisant
  • Le Tyrant T-00, un miniboss effrayant
  • Le level design intelligent du commissariat
  • Un remake/reboot qui remplit son contrat
  • Une ambiance convaincante et une réalisation très propre
Les moins
  • La durée de vie très limitée
  • Aucune cohérence dans la séparation des campagnes
  • Les ennemis parfois trop résistants
L'héritage moderne des années 90

Alors que beaucoup d’éditeurs n’hésitent pas à proposer avec fainéantise des versions remastérisées de jeux âgés d’à peine une paire d’années, certaines séries cultes bénéficient tout de même de véritables remakes de qualité depuis quelques temps : Wonder Boy, Crash Bandicoot, Spyro, Shadow of the Colossus… Annoncée en 2015 à l’occasion de la sortie du remaster de Resident Evil, c’est désormais à sa suite de recevoir un lifting approfondi bien plus ambitieux que celui de son aîné.

Virus HD

Plus de 20 années nous séparent de la sortie initiale de Baiohazādo Tsū (prononcer à voix haute) de Hideki Kamiya, le laps de temps écoulé est désormais largement suffisant pour justifier l’existence d’un remake : les avancées technologiques conséquentes permettent à la fois aux amateurs de la première heure de retrouver un jeu remis au goût du jour, et aux nouveaux arrivants (dont je fais partie) de découvrir un titre culte dans une version plus accessible. Cette fois-ci, Capcom ne s’est pas contenté de dépoussiérer une œuvre existante comme pour Resident Evil HD Remaster, qui restait rebutant par sa rigidité et ses allers-retours incessants.

Un petit casse-croûte bien mérité pour Leon.

Resident Evil 2 est le résultat d’une fusion entre l’épisode original de 1998 et Resident Evil 7, quelque part à mi-chemin entre le reboot et le remake (un remooke ?) car l’intégralité du contenu a été partiellement retravaillé pour créer cette ultime version. L’idée était risquée, et aurait pu attirer les foudres des puristes et fans de longue date, mais c’était sans compter sur la cohésion presque parfaite entre récupération et nouveautés qu’apporte cet épisode. Presque parfaite.

Il a du bobo Leon

Remake oblige, d’un point de vue scénaristique on retrouve toujours Claire Redfield (la sœur de Chris « tas de muscles ») et Leon S. Kennedy dans le commissariat de Raccoon City pendant que le reste de la population cherche à se délecter de leur chair, mais leurs destins se séparent une fois le prologue terminé. Le personnage sélectionné initialement continue l’aventure principale seul, et une fois celle-ci terminée il est possible d’incarner le second pour découvrir sa version des évènements (et vice-versa) et accéder en prime à la « vraie fin ». Il faut noter que les modifications apportées à la progression de la trame gonflent légèrement la durée de vie par rapport à l’original (5h30 sur la première run). En revanche, si chacun possède son propre scénario secondaire (Ada Wong pour Leon, Sherry pour Claire), la majeure partie de l’histoire demeure identique et les révélations sont trop maigres pour expliquer la présence de deux campagnes distinctes : on aurait préféré disposer d’une campagne unique combinée, quitte à alterner entre Leon et Claire, et assurer une certaine cohésion.

L’ambiance repose sur les effets visuels très réussis.

Ce n’est malheureusement pas le cas, puisque l’immersion s’effondre complètement lors du second playthrough censé se dérouler en parallèle du premier, mais où toutes les actions déjà effectuées doivent être réalisées à nouveau (puzzles, bossfights, exploration), à croire que Leon s’est tourné les pouces en salle de repos pendant toute la nuit. L’absence totale de cohérence entre les deux parties aura beau ternir l’expérience de jeu, l’ambiance angoissante parvient à garder le joueur en haleine, et ce malgré un scénario de série B (surpassant tout de même celui des films, si l’on considère ça comme un challenge) qui se prend trop au sérieux.

Oooooh non, non non non non non NON.

Si la construction du jeu suit les axes principaux de son prédécesseur, ce sont les fondements même du gameplay qui subissent une transformation drastique, les plans de caméra fixes étant remplacés par la vue à la troisième personne utilisée depuis le quatrième opus. Ce changement impose de facto une modélisation complète des environnements, et bien que certaines salles iconiques soient reconnaissables au premier coup d’œil, on se retrouve néanmoins dans un univers sensiblement différent. Grâce au level-design particulièrement bien pensé et à la disparition des cutscenes lors des transitions de salles, déambuler dans le commissariat se révèle bien moins exaspérant que prévu. On en vient même à trépigner d’impatience à l’idée d’enfin découvrir ce que renfermait une pièce initialement inaccessible. Il est désormais possible de sauvegarder un nombre illimité de fois en utilisant les machines-à-écrire (sauf en mode Hardcore) et la map utilisée par les personnages se remplit automatiquement à chaque découverte notable, ce qui offre plus de souplesse au joueur. Les puzzles restent rudimentaires mais ont le mérite de ne pas être ennuyeux, la difficulté provient surtout de la gestion des balles et des combats, comme tout bon survival horror qui se respecte.

Résidents de la mer

Claire Redfield, une étudiante qui manie le lance-grenade comme personne.

Parlons des combats justement, dont certains aspects sont plus proches du jeu de rôle à l’ancienne : lancez vos D6 et croisez les doigts pour espérer voir le crâne d’un ennemi répandre son contenu sur les murs adjacents. Faudra-t-il 10 balles ? 20 ? Une seule (ce qui déclenchera assurément une vague de frissons synonyme de réussite critique) ? Libre à vous de tenter la chance en vidant vos chargeurs, mais il semble souvent plus judicieux d’économiser ses munitions pour les boss, véritables tanks ambulants qui encaisseront la quasi-totalité de vos réserves avant de s’avouer vaincus. On appréciera les sensations de tir satisfaisantes et les dégâts physiques subis par les zombies de base qui sont défigurés à chaque balle. Le style du jeu entre survie et action s’inscrit parfaitement dans la continuité des épisodes récents tout en gardant l’esprit de l’original, et c’est une véritable prouesse que d’avoir su oser un semi-retour aux sources qui fait perdurer l’héritage de la série. Mais la vraie réussite de ce remake réside (nt evil 2…) dans la présence du Tyrant T-00 ou « Mr X », ennemi invulnérable et imposant qui vous traquera sans relâche passé un certain point. Le tapage impeccablement rythmé de ses pas déterminés provoque instantanément un sentiment de détresse, et il faudra guetter le son à tout moment pour éviter de tomber nez-à-nez avec une des mandales grandioses qu’il tente de nous asséner. Une fois proche, plus question de prendre son temps, la fuite sera le seul salut possible face à ce colosse en imperméable.

Tant pis, je vais emprunter un chemin différent.

La cerise sur le gâteau, c’est qu’en plus d’être plaisant, Resident Evil 2 est visuellement impressionnant. Les effets de lumière et les zombies animés par le RE Engine (moteur utilisé sur RE7) sont extrêmement convaincants et la modélisation détaillée du commissariat lui procure une véritable identité : le manoir est certainement plus vivant que les démons qu’il abrite. On pourra pester contre le framerate des zombies éloignés qui fait un peu tâche au milieu de la fluidité exceptionnelle du jeu (sur PS4 Pro), contre les animations faciales qui ont quelques moments de faiblesse, ou plutôt contre les derniers niveaux moins agréables à parcourir en raison de leur linéarité en totale opposition avec la première moitié. D’un autre côté, l’ambiance réussie portée par un sound design et des thèmes musicaux de qualité, la réalisation soignée et la modernisation de la plupart des éléments de gameplay permettent à ce remake de proposer une expérience originale et facilement abordable.

 

Pari réussi pour Capcom, avec un jeu qui saura assurément plaire tant aux initiés qu’aux néophytes. Les quelques reproches qui peuvent être faits à Resident Evil 2 sont inhérents à son statut de remake, mais auraient néanmoins pu être corrigés : l’intérêt limité des deux versions de l’histoire, et la faiblesse de la durée de vie. Il n’en demeure pas moins un titre extrêmement agréable et bien réalisé, et est la preuve d’une réelle réflexion pour donner un véritable second souffle à un jeu culte. On ne peut qu’espérer que Resident Evil 3 (et qui sait, le 4) subiront le même traitement.

, rédacteur

Je rôde, à l'affût de tout jeu qui oserait se promener nonchalamment devant l'entrée de ma caverne obscure. Mais je me soigne.