[Critique] Milanoir

Avec son design soigné et son gameplay effréné, Milanoir propose une expérience courte mais sympathique dans l'univers de la pègre. La plupart des aspects du jeu méritent d'être plus développés même s'ils ne sont pas mauvais pour autant, et pour une première création vidéoludique, le studio Italo Games s'en sort plutôt bien.
Les plus
  • Nerveux et bien rythmé
  • L'ambiance visuelle réussie
  • Les panneaux de signalisation
  • Les musiques qui collent à l'univers
Les moins
  • 7 chapitres très courts
  • Scénario et personnages en retrait
  • L'arsenal très limité
  • Les courses-poursuites sans fin
Le néo-polar italien en pixel art

Après une version de test aperçue lors de l’E3 2017, Milanoir voit enfin le jour avec son ambiance inspirée des polars italiens des années 70. Ce shooter frénétique est la première création du studio Italo Games basé à Milan, et semble vouloir proposer une aventure à base de mafieux, de meurtres, de courses-poursuites et d’explosions… Un cocktail simple mais efficace, en soit.

Gangster Story

Les fameux panneaux, utiles et hilarants

Si le cinéma des années 60 en Italie a été marqué par le genre des westerns-spaghettis, c’est plutôt celui des Poliziotteschi (néo-polars) qui caractérise la décennie suivante. Ce sous-genre particulier fondé sur des thématiques comme le crime et les vendetta policières a encore aujourd’hui un impact dans le monde artistique italien : le groupe de musique milanais Calibro 35 par exemple, ou le nouveau studio Italo Games dont il est question ici. Les développeurs se sont donc largement inspirés de certaines œuvres d’Umberto Lenzi (qui mettent régulièrement en scène Tomás Milián) pour créer Milanoir et son univers brutal. Sous les ordres de Mr. Lanzetta, Piero Sacchi, affublé de lunettes fumées et d’un blouson de cuir rouge (pour masquer les éclaboussures de sang probablement) est le protagoniste vulgaire, violent et vindicatif du jeu. En tant qu’archétype de l’homme de main expérimenté, il est envoyé faire le ménage dans la ville pour asseoir l’autorité de sa Famille.

Difficile de trouver plus dur à cuire, effectivement.

La trame scénaristique n’est pas vraiment le point fort de Milanoir : on reste dans un prototype d’histoire simpliste et trop expédié, mais la mise en scène explosive remplie de clichés et la narration faisant hommage aux films parviennent à garder en haleine. Malheureusement sur l’ensemble des 7 chapitres proposés, aucun personnage n’a l’occasion d’être suffisamment approfondi et on arrive difficilement à s’attacher ni à Piero qui oscille perpétuellement entre « salaud de première » et « mafieux badass », ni aux énergumènes qui peuplent les rues de Milan. D’un autre côté, leur espérance de vie n’atteint pas les 15 secondes donc c’est vraisemblablement un mal pour un bien.

Noir c’est Noir

Seul ou accompagné d’un second joueur, contrôler Piero consiste à mitrailler dans tous les sens à la manière d’un Max Payne italien, vidant aussi vite ses chargeurs que les quartiers qu’il visite. Les préceptes de base du shooter sont respectés, et le héros peut donc se mettre à couvert derrière divers éléments du décor, non sans difficulté car ce mouvement s’effectue en appuyant sur la même touche que pour les roulades. Il est assez fréquent de vouloir se protéger d’une volée de balles et de se retrouver à faire une simple galipette au sol avant de tomber nez à nez avec ses assaillants. Quant au gameplay du tir, la visée un tantinet erratique donne un côté assez crédible qui n’est pas foncièrement gênant, mais les sensations globales n’ont rien de novateur.

Aux grands maux, les grand remèdes.

Milanoir fait tout de même l’effort de se renouveler régulièrement en enchaînant différentes types de séquences (interludes, infiltrations, actions et courses-poursuites), mais le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous, surtout lors des niveaux répétitifs et interminables en véhicule. Une mécanique de jeu arrive à sortir du lot par son originalité et sa fantaisie : tirer sur des panneaux de signalisation dévient les balles qui élimineront ainsi vos ennemis en un coup, en plus de les atteindre systématiquement. Pratique, surtout quand Piero se retrouve entouré de bandits semblant sortir tout droit d’Uncharted tant ceux-ci sont parfois capables d’encaisser un chargeur entier. Certains niveaux vont nécessiter plusieurs tentatives, la mort étant vite arrivée, même dans une difficulté standard. Ça et là sont également éparpillés quelques explosifs, mais en dehors d’un super revolver aux munitions limitées, l’arsenal se limite à une seule arme tout au long du jeu. C’est dommage, car un peu de variation aurait sûrement perfectionné l’expérience que propose Milanoir.

Take the cannoli

Le charme principal de Milanoir réside dans son style visuel travaillé, même s’il ne pourra pas être considéré comme un des plus beaux jeux en pixel-art. Le design simple des environnements et personnages n’en reste pas moins gracieux et s’allie à merveille avec les animations fluides et détaillées. On remarquera également certains choix artistiques liés au gameplay qui permettent de mieux rythmer le jeu tout en lui conférant une aura tantôt sombre, tantôt cocasse : les tirs du super revolver qui colorent l’écran d’une teinte monochromatique, les gros plans lors de certaines éliminations… Si le jeu ne dispose pas de doublages, la bande-son réussit à s’accorder avec l’action en proposant des boucles musicales (certes un peu courtes) qui collent parfaitement à l’atmosphère dépeinte.

« Sarah Connor? »

C’est d’ailleurs l’ambiance globale de Milanoir qui nous fait lui pardonner ses défauts, et si le but d’Italo Games était d’offrir une expérience vidéoludique se rapprochant du cinéma rétro italien, le pari est réussi. Avec ses bossfights épiques et sa violence atypique, les adeptes du genre seront ravis. Au final, le problème majeur reste la durée de vie extrêmement limitée du jeu (terminé en moins de 3h) et le manque de niveaux additionnels qui empêchant d’exploiter pleinement son potentiel. La présence d’un mode arcade pourra en réjouir certains, mais il est regrettable que l’histoire se termine prématurément, à un moment où le joueur souhaiterait qu’elle s’éternise.

Milanoir est l’exemple parfait du premier jeu d’un nouveau studio : une qualité inégale, des séquences imparfaites mais une réalisation qui laisse transparaître la passion et le dévouement des développeurs. En passant l’éponge sur les aspects moins aboutis, on découvre un titre simple mais efficace qui mériterait d’être plus exposé dans la bibliothèque colossale qu’est Steam. En espérant que le jeu parvienne à trouver son public, il faudra garder l’œil sur Italo Games pour leur prochaine création.

, rédacteur

Je rôde, à l'affût de tout jeu qui oserait se promener nonchalamment devant l'entrée de ma caverne obscure. Mais je me soigne.