[Critique] Jurassic World Evolution

Jurassic World Evolution réinvente les codes de son aîné Operation Genesis en y incorporant des éléments piochés dans Planet Coaster. Est-ce que cela fonctionne ? Pas toujours. Mais c'est rigolo. Comme les films, comme bidouiller avec la génétique d'une autre époque !
Les plus
  • Les dinosaures. Qui ne sont pas des placards.
  • Le cycle journalier d'événements.
  • De la gestion financière...
  • Woah. Jeff Goldbloom en narrateur !
Les moins
  • Beuh... c'est un peu austère pour un parc d'attractions.
  • C'est difficile à en crever. Recommencer, recommencer et recommencer !
  • ... mais faut pas se leurrer, l'argent ça brûle les mains.
  • La galère pour bouger les bâtiments.
The Fallen Operation Genesis

Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? Elite Dangerous ou bien Planet Coaster ?

Bienvenue dans Jurassic World Evolution

À regarder un peu ce que je connaissais de Frontier Developments, je dois avouer de prime abord que je n’avais à peine touché à leurs bafouilles numériques. Deux jeux originellement sur Wii avec une mécanique de vent un peu bizarre, la série des Lost Winds, mais aussi Planet Coaster et Elite Dangerous. Le premier, qui a donné beaucoup de billes à Jurassic World Evolution – touchons là pour JWE – ne rentre pas trop dans mes standards. C’est au second que j’ai eu longuement affaire. Un ami à moi voulait absolument que je m’essaye à la simulation spatiale, je me suis exécuté. J’ai trouvé cela intéressant.

Disons-le dès à présent : je crois que sans le vouloir, ils ont reproduit les éléments d’excellence d’Elite dans JWE… mais peut-être aussi les petites avaries. C’est probablement ce que je regrette le plus, n’étant pas grand spécialiste des builder games, je crois que mon plaisir a été entaché par cette méconnaissance parfumée des détails litigieux que j’ai pu remarquer.

La création est un acte de pure volonté. D’une bonne prise de notes aussi

 

En partant du principe que vous lisez cette critique en connaissance de cause, je me permets de souligner un brin ce que j’entends du building game. Tout tourne autour de la boucle de création, de gestion et d’adaptation. On vous donne un contexte, là vous êtes en quelque sorte l’héritier du complexe Jurassic World, vous êtes l’équivalent de Masrani dans le film, le visionnaire qui se dit que sa fortune serait bien mieux exploitée à construire un gigantesque parc

Créer, gérer et s’adapter… tout un programme !

d’attractions pour dinosaures. Cela va sans dire, votre premier objectif va tenir à la disposition des bâtiments, des diverses structures pour accueillir vos dinosaures, dans le parc.

Rien que là, c’est sans nul doute un premier gros obstacle à franchir. J’outrepasse le fait évident que j’ai la cervelle d’un Kentrosaure quand il s’agit de m’organiser dans un jeu de gestion, autrement dit – vérifiez sur le net – mon cortex cérébral équivaut à une prune bien en chair, je ne suis pas sûr que quelqu’un de plus futé s’y retrouvera. Il faut prendre en main l’interface, l’absence d’une pause active ne vous permet pas vraiment de prendre le temps d’apprendre, le temps file et votre argent avec ! J’y reviendrai… vous ne pourrez pas dépenser sans compter, comme ce bon vieux John. Ne cherchez pas.

Attention aux contraintes géographiques.

Mine de rien, cela a quelque chose de satisfaisant de voir les bâtiments se conformer un chouïa aux contraintes géographiques des îles. Un moment seulement. Il n’existe pas d’option poussée pour effectuer un véritable « terraforming » de l’île. Cela vous oblige à tourner, tourner et retourner les bâtiments pour que ça passe. C’est assez fastidieux, sans oublier que les curseurs et pointeurs de rotation sont de conception particulière, je ne serai pas étonné qu’en tant que pseudo-Masrani, vous fûtes dans l’obligation de confondre les modes d’emploi, où démarrer un appareil électroménager hollandais avec une notice en japonais prend une dimension cosmique.

Parenthèse fermée, j’en reviens à ma boucle. Quand votre parc est fin prêt, vos bestioles prêtes pour effrayer le public, il vous faut impérativement ne pas négliger la partie « gestion » de la sauce.

Que les choses soient claires : ce n’est pas un week-end de détente

Pour réalisez vos rêves, vous ne pourrez pas dépenser sans compter !

C’est là que le bât blesse selon moi : la thune. Je sais que Rome ne s’est pas faite en un jour, je pense que ce doit être pareil pour Jurassic World, mais quand même ! Gardez un œil sur les compteurs en permanence. Améliorer vos enclos, veiller à ce que vos lézards soient en bonne santé, gérer les boutiques de bistrouilles à refourguer à vos touristes, jusqu’à la plus petite arcane d’entretien de toilettes, vous allez devoir mettre la main à la poche. Vous pensiez que vous feriez une fortune avec ce parc ? Vous vous trompez lourdement, l’erreur n’est pas permise dans JWE. Il est très facile de crouler sous la faillite en quelques heures de jeu. Pour ma défense, j’ai demandé assistance à des proches plus compétents que moi, il s’agit de réitérer plusieurs fois vos tentatives pour connaître un succès avec votre machine à dinos.

Argent, trop cher, trop grand… que dalle ouais, la vie a bien un prix, même pour une bande de sacs à main sortis du Mésozoïque !

C’est un peu dommage d’ailleurs, à mon humble avis, que l’emphase soit mise sur la gestion à grande échelle du parc, ce que vous verrez du parc se limitera aux rapports livrés par vos indices de statistiques, vos chiffres… vous ne pourrez pas constater de visu la fréquentation de vos attractions, ni l’achat de ladite bistrouille en forme de Parasaurolophe dans la petite boutique que vous aurez installée à la sortie du parc, pour faire fructifier la satisfaction de vos visiteurs.

Curieux quand on y réfléchit. Si cette prise de position a été claire pour la gestion organique du parc, rien qu’un regard très… capitaliste sur la chose, alors que le visage paléontologiste de JWE est d’une excellente facture.

Le pouvoir génétique est la force la plus terrible que la planète ait connu

La réalisation des dinosaures est bluffante.

Si le jeu peut rebuter par son apparence austère de soft informatique des années 80, il est chatoyant, beau rien que pour la modélisation et l’animation de ces dinosaures. Je le dis sans détour, je ne suis pas grand fanatique de jeux de gestion, mais toucher à JWE était une prérogative pour moi, un incontournable. Je porte chacun des films dans mon cœur – oui, oui, tous sans exception – et je voue un culte bien assumé à ces vestiges monstrueux des ères primales, fabuleuses chimères du Crétacé, du Trias et du Jurassique !

 

Vraiment, j’ai souvent vu des dinos dans les jeux. J’y suis venu, j’ai vu et je me suis vomi dessus. Rien qu’à penser à Ark, j’en ai mal aux yeux.

Accordons cet excellent travail à Frontier, les dinosaures sont vraiment convaincants. Bien sûr, on peut toujours critiquer une certaine véracité paléontologique, mais soyons sérieux une minute : les animaux sont vraisemblables, et c’est tout ce qu’on en attend.

J’ose espérer que la composition génétique de nouvelles espèces soit peut-être plus poussée dans une extension, ou à l’avenir, dans un jeu entièrement dédié à cette trouvaille. Ici, c’est encore au stade préliminaire, mélanger tel dinosaure avec tel autre, pour obtenir une nouvelle abomination, à faire pâlir l’Indominus Rex de Jurassic World de jalousie. Je ne m’en plains pas, c’est une des mécaniques qui m’a permis de m’amuser sans trop me déchirer l’esprit avec une canine de Mosasaure.

Jamais vous n’avez eu le contrôle, c’est ça l’illusion ! /ragequit

De nombreuses espèces sont disponibles.

Vous vous souvenez de ma boucle de tantôt ? Elle n’était pas finie. Imaginons un moment que vous avez géré votre petite entreprise. Tout roule, les bâtiments sont disposés avec efficacité, votre monorail ne fait pas get up get on up stay on the scene like a sex machine, et en plus vos rentrées d’argent sont correctes. Voilà maintenant quelques deux heures que vous vous improvisez Dr. Wu, vos espèces de Gigantosaures et autres Mochecetrucandactyles vous donnent du fil à retordre car ils ont le déplaisir de s’entre-dévorer, bon. Admettons.

Êtes-vous capable de prévoir l’ouragan qui va vous tomber sur le coin de la figure ?

Ah ben oui, faire son parc dans un archipel d’îles au large des Tropiques, cela comporte des risques ! Je ne veux en rien vous spoiler le cycle d’événements qui peut briser à tout moment votre routine. Vous n’êtes simplement pas prêt.

Je trouve que c’est un prompt renfort, la monotonie des parties se brise très vite quand la moitié de vos enclos sont emportés dans un cyclone. Un régal. Pauvre brebis égarée dans un pâturage à Tyrannosaure que vous êtes… je vous souhaite tout le courage possible.

 

Jurassic World Evolution suit la courbe de ses aînés, il jouit d’un très bon saut macro-micro gestion. Difficile cependant de faire l’impasse sur les soucis ergonomiques, le fait qu’il n’y ait pas de mode sans fin, pour pouvoir simplement se passer de la terrible contrainte pécuniaire et construire partout comme un demeuré fan de dinosaures ! Si vous êtes fin connaisseur, vous avez trouvé le jeu qui vous fera respirer entre vos échauffourées en grande stratégie, et tout débutant que vous êtes… vous avez là un risque à courir, si vous êtes au fond de vous un amateur inconnu de ces charmants reptiles. Concédez que si Disneyland a eu des difficultés au début, eh bien, Jurassic World Evolution aussi !

Conteur, je suis avant d'être un gamer patenté, un rôliste convaincu ! Passionné jusqu'à l'os d'histoire du jeu vidéo, remonter le flux jusqu'aux sources du jeu est une seconde nature. Parfois je régresse sans jamais changer de registre. Ce n'est pas un signe, mais bel et bien un canard blanc.