[Critique] Bombslinger

Bombslinger est un cocktail explosif qui concilie une bonne parodie du genre du western avec un multijoueur aux oignons. Bien que l'idée générale se joue très bien, quelques petites erreurs parasitent un peu le phénomène. On les concédera dès lors ; c'est un premier opus de Mode4 et c'est plutôt réussi !
Les plus
  • Rigolo. Avec un foulard et un Stetson.
  • BOUM ! Le multi !
  • BABOUM ! Le sound design !
  • À mettre dans votre liste pour les LAN.
Les moins
  • Pas de sauvegarde, ni de mot de passe
  • C'est un peu court, jeune homme !
  • Au pixel près vraiment ?
  • La musique... c'est pas du Morricone, hein.
Quand Bomberman rencontre Red Dead Redemption.

Boom Rider !

Pour un bon développeur, réinventer la poudre n’est pas chose aisée. C’est encore plus vrai quand cela concerne un titre comme Bombslinger. Mettons les choses au point : les Belges de chez Mode4 savent ce qu’ils font. Ils ont parfaitement bien retranscrit la ferveur et l’exaltation qui se dégagent d’une partie endiablée de Bomberman, est-il nécessaire de présenter ce jeu ?

Ni une ni deux, vous voilà largué au milieu d’un labyrinthe de blocs et d’obstacles, armé de « simples » bombes, à vous de vous frayer un chemin jusqu’à vos adversaires pour les réduire en confettis. Simple, mais indétrônable des soirées multi à côté des plombiers chevauchant des karts et des party-game aussi stupides que dynamiques.

Le Bon, la Brute… et un champ de ruines

La situation initiale de cette repompe bien pêchue de Bomberman ne manque pas d’intérêt : vous incarnez un fermier du Far West sans nom dont la femme vient d’être assassinée, sous vos yeux, brûlant votre ranch dans la foulée. Y’en a qui ne s’embêtent pas. Il est temps de réclamer vengeance dans les terres sauvages, à coups de bombes à poudre noire ! Ainsi commence la chevauchée fantastique du Bombslinger – oui oui, c’est votre nom à présent – à la poursuite des pieds-tendres qui ont eu le malheur de croiser sa route !

Voici donc un contexte pour le moins original, les jeux qui prennent part dans ce cadre ne sont pas légion, où toujours dans la même veine. Difficile de sortir du schéma « action-aventure » quand on traite une période aussi riche, historiquement parlant, que la Conquête de l’Ouest américain. Pourtant, les Bruxellois n’ont pas manqué de panache, proposer un genre très arcade avec un pastiche de tous les westerns de Sergio Leone, c’est quelque chose.

Globalement, ça se joue très bien, n’importe qui ayant touché à un Bomberman dans sa vie s’y retrouvera. Des touches directionnelles, un bouton pour poser les cadeaux explosifs. Roulez jeunesse.

La structure d’un niveau, du mode Histoire hein, ne me perdez pas de vue, répond à une dynamique très contemporaine. Vous enchaînez les tableaux où il faut abattre chaque ennemi pour progresser, en détruisant champs et clôtures selon votre humeur, jusqu’à localiser l’ordure qui a incendié votre propriété. Et tué votre femme, accessoirement.

J’ai appris à tirer comme ça… à Disneyland

Bien sûr, ce n’est pas qu’une pâle copie du terrorisme nippon, ce petit Bombslinger. T’es dans un western, fiston, alors tu prends ce six-coups et tu t’arranges pour le vider le plus possible sur ceux qui te cherchent des crosses.

Parfois, vous ramassez des trucs, des répliques de Remington, de Colt, qui peuvent vous servir à descendre les ennemis un peu retors, et il faut s’attendre à tout, mais aussi à faire exploser vos bombes de loin ! Génie ! C’est sans doute la première qui vous traversera l’esprit quand vous ramasserez votre première pétoire, puis vous regretterez tantôt d’avoir visé le revers bombé… si tentant… de votre bombe au caractère instable.

C’est en revanche un coup à prendre. Le jeu tournant sur un plan isométrique, la vue de dessus est un peu faussée, il est parfois ardu de se placer correctement pour éviter les catastrophes de ce genre. Les niveaux étant construits en blocs et en tuiles, alors que vous pouvez vous arrêter au centimètre près pour vous cacher. C’est un litige malheureux.

Autre petite restriction qu’il ne faut pas oublier : le mana. Les fous de la gâchette devront tout de suite poser leur ego au vestiaire. Tirer à tout vent n’est pas gratuit. Vous ne subissez pas de mort subite lorsque ça vous pète au visage, mais votre mana s’en moque. Quelque soit l’objet que vous utiliserez, il descendra. Et le mana est rare et cher dans les terres sauvages. Presque autant que le pétrole.

Comme si l’écho du roguelike sonnait au loin… on a pensé à votre mana et à tout ce pognon que vous amassez. Une boutique providentielle est disponible dans chaque niveau, généralement avant le boss, pour vous permettre de prendre l’avantage, ou bien de soigner vos plaies. Pour crever encore.

Fill your hand !

Vous allez mourir. C’est forcé. Vous allez enchaîner les défaites. Car parcourir les terres sauvages, ce n’est pas pour les cornes vertes. Les ennemis sont tordus, quand ils roupillent dans un coin, c’est pour mieux vous surprendre. Les chiens et les chèvres vous traqueront jusqu’à pisser sur votre dépouille. Enfin, les boss vous montreront qu’ils ne sont pas là pour rigoler.

Sans spoil aucun, attendez-vous à vivre une tempête de balles… battre ces chiens galeux procure une intense satisfaction, dans la mesure où vous n’avez pas fait d’erreur monumentale avant même d’entrer dans l’arène ! La mort, c’est retour à la case départ. Pas de sauvegarde, pas de mot de passe. Un périple à l’ancienne alors.

Il n’est pas étonnant que Mode4 a voulu coller à l’idéologie de son mentor, proposer une expérience difficile, explosive… qui récompense les fous et les maniaques de la bombe.

Alors, c’est à vous de poser vos congés et vous refaire l’intégrale des Wild Wild West avant de vous attaquer à Bombslinger. Pour rester dans l’esprit bourre-pif/vengeance dans les terres sauvages.

Règlement de comptes dans le canapé

Véritablement, c’est à son multijoueur que Bombslinger transforme l’essai. Si affronter des IA malveillantes peut être très frustrant, ou bien se cogner le crâne contre des boss infâmes, vous pouvez vous écharper à plusieurs. Et c’est ainsi que le chaos véritable s’ordonne. Chacun voudra y aller de sa petite fourberie… et que je te coince dans un couloir, que je te piège en tirant sur tes propres bombes, que je te parle mal, et si, et ça. Le bon parler-poubelle d’une soirée entre potes, en famille, où chacun va amèrement numéroter ses abattis et proposer une activité plus pacifique. Mais personne ne suivra la consigne, c’est tellement mieux de faire parler la poudre !

 

Pour un premier jet, les compatriotes de Mode4 peuvent s’estimer satisfaits : Bombslinger réinvente habilement un genre figé dans l’histoire du jeu. Quelques couacs disséminés un peu partout, mais ce n’est rien de grave. Rien d’insurmontable quand on s’attaque à un géant du multijoueur. Notons que pour son prix tout à fait abordable, c’est un plaisir garanti pour vos soirées teintées de pizzas et de crises de nerfs. On ne vous remboursera pas les frictions collatérales, cependant.

Conteur, je suis avant d'être un gamer patenté, un rôliste convaincu ! Passionné jusqu'à l'os d'histoire du jeu vidéo, remonter le flux jusqu'aux sources du jeu est une seconde nature. Parfois je régresse sans jamais changer de registre. Ce n'est pas un signe, mais bel et bien un canard blanc.