[Critique] Agony

Comment peut-on possiblement publier un jeu dans cet état catastrophique ? C'est la question qu'on se ressasse pendant les heures de désolation que nous inflige Agony. Le résultat est aussi injouable que visuellement raté, et il faut une dose de volonté énorme pour en venir à bout. C'est regrettable, mais il n'y a rien à sauver (sauf votre âme, en vous empêchant d'y jouer).
Les plus
  • Certains rares aspects artistiques réussis
Les moins
  • Techniquement dépassé
  • Les "énigmes" sans intérêt
  • Level design cauchemardesque
  • Des bugs dans tous les sens
  • Répétitif et désagréable
Vade retro satana

Pas facile de se faire une place dans le raz-de-marée de projets Kickstarter, mais c’est pourtant ce qu’est parvenu à faire Madmind Studio avec son jeu voulant mêler infiltration et fuite dans une reproduction gore des abîmes infernaux. Était-ce bien là le rédempteur, celui qui saurait détrôner Outlast de sa place de maître des survival horror en vue subjective ? Au moins, le fait d’être confronté à une telle torture vidéoludique m’aura permis de relativiser avec le reste de ma vie.

Le jeu dont vous êtes la victime

Mon dieu. Faites que ça s’arrête.

Tous les grands aficionados de violence et d’hémoglobine ont suivi sournoisement Agony et ses extraits alléchants les 2 dernières années. Il faut dire que le nouveau studio polonais qui se cache (ou qui devrait désormais le faire) derrière le développement du jeu semblait vouloir offrir une représentation malsaine et glauque de l’enfer, avec son lot de démembrements et parois de chairs visqueuses.  Mais à mesure que la date de sortie approchait, après moult reports et annonces inquiétantes quant à la version finale du jeu (le terrible marteau de la censure ayant assené un coup foudroyant qui amputa Agony de certaines scènes inutilement barbares), un sentiment étrange grandissait dans mes entrailles.

Ce n’étaient ni l’impatience ni la hâte qui étaient à l’origine de cet inconfort, mais bien la vision effrénée de mes attentes réduites à néant. Cette sensation désagréable s’est malheureusement instantanément révélée prémonitoire dès les premières minutes de jeu. Une fois passé le réflexe qui consiste à vérifier que les réglages graphiques ne sont pas au minimum par erreur, vient la phase d’acceptation où l’esprit réalise l’état critique de sa situation : non, l’enfer ce n’est pas les autres. Le véritable enfer c’est toi, Agony.

Enfer et contre tous

« Quand on me dit de jouer à Agony. »

Haine, dégoût et déception s’assemblent en moi et mon cœur, de cela, ne peut s’accommoder. La première chose qui frappe en lançant Agony c’est vous-même, dans une tentative désespérée de vous réveiller d’un atroce cauchemar. Ensuite, ce sont les textures immondes qui déclenchent des réflexes nauséeux avec une facilité déconcertante, et vous laisseront tâtonner à la recherche d’un quelconque outil permettant de crever vos yeux. La direction artistique plus travaillée met cependant rapidement fin à ces pulsions auto-destructrices in extremis (il s’agit là du seul point positif de cette critique). On pourrait presque en venir à apprécier certains aspects visuels de l’univers, mais c’est sans compter sur les animations rigides et les couleurs fluo insoutenables qui s’étalent négligemment sur l’écran.

Si Agony était sorti 13 ans plus tôt, il aurait quand même été considéré comme un échec technique. Mais qui suis-je pour juger une œuvre sur son apparence, sans lui donner sa chance au préalable ? Allez, courage, l’habit ne fait pas le moine, Ex malo bonum, etc… Stimulés par la seule possibilité de mettre fin à ce châtiment, on commence donc l’aventure sur une magnifique mise en abyme puisque le protagoniste est une âme damnée cherchant à échapper aux supplices de l’enfer et aux créatures démoniaques qui y pullulent. Les limbes renferment également des martyrs humains mais ces pauvres hères sont dotés de visages qui feraient passer les personnages de Morrowind pour des figures de mode, et leur physionomie honteuse les rend plus épouvantables que les démons eux-mêmes. Finalement, la locution latine la plus adaptée serait plutôt Liberate me ex inferis

DISCO-HELL !

666 reasons why

Perdu dans les profondeurs, les grands mots du soi-disant scénario vous sont exposés dans un chaos total, mais le nom de Déesse Rouge semble représenter votre objectif principal. Soit, tout ce qui me rapproche des crédits de fin aussi vite que possible est bon à prendre. ERREUR FATALE ! Agony aurait pu se limiter à un level-design linéaire et se reposer sur sa mise en scène, mais les niveaux sont si peu intuitifs qu’on ne cesse de rebrousser chemin par doute d’avoir choisi la mauvaise direction. La narration confuse n’améliore en rien l’expérience, et le gameplay brouillon aussi pénible que répétitif brise définitivement tout espoir de voir naître la moindre once d’intérêt en vous. Agony croit bon d’alterner entre des énigmes affligeantes nécessitant des interactions abusives avec l’environnement (ramasser des objets au hasard, trouver le bon symbole pouvant débloquer une porte) et des phases de simili-infiltration ratées. Des années de psychanalyse ne pourront suffire à guérir les troubles mentaux causés par l’exaspération intense que déclenche le jeu.

… Non.

À l’instar d’Outlast, le héros doit se résoudre à fuire les démons qui le traquent pendant une grande partie du jeu, mais là se termine toute comparaison. Les ennemis au pathfinding désastreux vous bloquent le passage et parviennent à vous repérer à travers les murs. Et si par malheur un des monstres parvient à vous exterminer (Alleluiah!), une séquence totalement injouable se déclenche et vous devrez guider votre âme vers le corps d’un autre damné afin de reprendre au plus vite vos joyeuses péripéties. Cette mécanique de possession de corps implique bien sûr la possibilité de se plonger dans la peau de nos tortionnaires, mais le résultat est tout aussi déplorable et ne procure aucune satisfaction (à l’image du reste). Oh, attendez ! Je n’ai pas parlé du doublage ! Comment ça il faut arrêter ? Bon, on pourra se consoler en se disant que le simple fait d’avoir eu à s’infliger cette expérience devrait assurer une place de VIP dans l’au-delà.

 

Résumer Agony en un mot revient à utiliser son nom, tant le « jeu » est une expérience ratée à des années-lumière des productions actuelles. C’est un coup dur pour les polonais de Madmind Studio et malgré le gâchis que représente Agony, on ne peut s’empêcher de ressentir de la compassion envers l’équipe qui doit regretter amèrement la plupart des choix effectués pendant le développement. Une déception profonde qui marquera aussi les joueurs ayant placé trop d’espérances dans le jeu. Requiescat in pace !

, rédacteur

Je rôde, à l'affût de tout jeu qui oserait se promener nonchalamment devant l'entrée de ma caverne obscure. Mais je me soigne.