Batman: Arkham Knight

Après deux épisodes confiés à d'autres studios, Rocksteady revient pour conclure sa trilogie de bien belle manière. Le slogan "Be The Batman" n'aura jamais été aussi vrai puisque tout semble y être. Le jeu est supérieur aux autres sur tous les points mais à force de vouloir proposer de la nouveauté, le studio passe à côté de la perfection en déséquilibrant le jeu au profit de la Batmobile. Si le sentiment de maîtrise est moins présent, Batman: Arkham Knight reste un très grand jeu qui profite de son passage en 18+ pour gagner en maturité.
Les plus
  • La narration
  • Les graphismes somptueux
  • Le gameplay enrichi
  • La violence assumée
  • Le respect de l'univers
Les moins
  • La surexploitation de la Batmobile
  • Le manque de boss
  • Une ville un peu vide
  • La rareté des combats en équipe
  • Un Season Pass à 39,99€

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En 2009, Rocksteady révolutionnait les adaptations de comics en jeux vidéo avec son Batman: Arkham Asylum. Trois ans plus tard, le studio récidivait avec un Batman: Arkham City avant de laisser sa place le temps de deux préquelles. Autant dire que ce dernier est attendu au tournant pour la conclusion de la trilogie, qui change pour l’occasion de génération de consoles. Pour rappel, la saga Action-Aventure-Infiltration pioche du côté plus mature des aventures du chevalier noir et était jusqu’à présent déconseillée aux moins de 16 ans. Cette critique est garantie sans spoilers puisque le jeu tire principalement profit de ses retournements de situation, en revanche, la fin d’Arkham City sera abordée.

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants

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Que dire devant un Gotham aussi magnifique ?

La première cinématique du jeu et les publicités n’épargnent pas les joueurs avec leur postulat de base « Voici comment Batman est mort ». Nous nous garderons de dire s’il s’agit d’une mort physique ou d’une mort symbolique mais difficile de ne pas être marqué par cette annonce lors de l’aventure. La situation semble plus désastreuse que jamais et ce n’est pas l’entêtement de Batman et de ses alliés qui va aider. Ils disent en boucle que ce n’est qu’une crise comme toutes les autres et que, bien évidemment, ils s’en sortiront sans encombres et tout cela peut créer un sentiment de malaise chez le joueur, moins optimiste, qui incarne un chevalier noir à son point de rupture, accumulant les erreurs. La mort du Joker dans Arkham City a marqué toute la population de Gotham, que ce soit les ennemis de la chauve-souris ou le justicier lui-même. Pour autant, s’il n’est pas vivant le clown n’est pas absent de l’aventure, et l’interdiction du jeu aux mineurs permet de montrer toute l’horreur dont il est capable aux quelques personnes restantes qui ne le voient que comme un bouffon rigolo.

Les quêtes secondaires et le 100% s’intègrent mieux au scenario.

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Le Mystérieux Chevalier d’Arkham dont l’identité est une évidence pour les fans du comics.

Le nouveau degré de violence est d’ailleurs bien aidé par les visions provoquées par l’Épouvantail, principal antagoniste du jeu, qui menace une fois de plus la ville avec son gaz de terreur. Il se révèle particulièrement dangereux car il fait équipe avec le mystérieux Chevalier d’Arkham qui semble bien connaître l’homme chauve-souris, en tout cas suffisamment pour toujours avoir une longueur d’avance sur lui. Cette fois-ci, la campagne principale se limite à ces deux adversaires et il faudra compter sur les quêtes secondaires pour voir d’autres visages connus. Néanmoins, les quêtes secondaires et le 100% s’intègrent mieux qu’avant au scenario et sont nécessaires pour avoir le fin mot de l’histoire. Si certains trouveront dommage de ne croiser que des criminels dans la rue, les autres seront ravis d’avoir un prétexte enfin logique pour cette absence de civils. L’ennemi de Batman fait une démonstration de la nouvelle version de son arme chimique, ce qui pousse les autorités à faire évacuer la ville. Gotham est d’ailleurs méconnaissable en perdant au passage son côté terrain de jeu pour justicier mais devient ainsi une véritable ville, avec ses différents quartiers plus ou moins modernes mais surtout plus ou moins fréquentables. Le titre ne rentre pas dans la course actuelle à la surface démesurée mais marque plutôt par son soin du détail.

Be the Batman

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« I’M BATMAN ! »

Si on suit Batman dans un moment très particulier pour lui, jamais on ne se sera autant senti dans son costume que dans ce jeu. Paradoxalement, sortir de son point de vue de temps en temps aide non seulement la narration et la mise en scène, mais aussi la compréhension de Bruce Wayne puisqu’on le voit sous différents angles. De manière générale l’accent est mis sur les dialogues, ce qui donne l’impression qu’on joue à un jeu dans l’univers de Batman et non pas simplement à un jeu Batman. Le titre explore allègrement les alliés du héros et nous permet de revivre certains de leurs moments iconiques en démontrant qu’il n’y a pas que Batman et ses ennemis dans cette œuvre. D’ailleurs, les clins d’œil s’ouvrent sur tout l’univers DC avec principalement des mentions, sans les nommer, à un Kryptonien mais également à un archer vert désormais connu du grand public grâce à sa série. Rocksteady est plus que généreux avec les fans de comics et du héros en général. Ce qui manquait dans les épisodes précédents est désormais présent, à l’image des combats en duo avec Robin ou Nightwing qui marquent malheureusement par leur rareté et leur courte durée. En revanche, aller voir le Commissaire Gordon sur le toit du GCPD, près du Bat-signal, puis voir Batman se cacher quand le policier tourne la tête est un plaisir, tout comme le fait de mettre ses ennemis à l’arrière de la Batmobile avant de les enfermer dans leur cellule. Un autre grand classique, occuper l’adversaire tandis que l’on contrôle la voiture à distance pour les prendre à revers est un autre délice du jeu. Mais surtout, la chose la plus Batman du jeu est, bien entendu, conduire la fameuse Batmobile.

Être privé de sa voiture devient une respiration.

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Dans le jeu, comme sur cette image, Batman est à genoux devant sa maîtresse, la Batmobile.

Il s’agit d’ailleurs du gros problème de ce jeu. Certes, le véhicule peut être assez particulier à prendre en main au départ mais le plus gênant est son omniprésence. Rocksteady part du principe que les personnes qui jouent ont forcément touché à un autre épisode et ne propose pas de tutoriel ou de remise à niveau. Il faudra également faire une croix sur certaines expériences déjà vécues, l’équipe propose principalement de l’inédit et cette nouveauté passe surtout par la Batmobile qu’on nous sert à toutes les sauces. L’engin peut être un bolide ou un tank et dispose également de nombreux gadgets, à l’image de son conducteur. On se retrouve donc avec la plupart des phases classiques de la série mais avec la Batmobile à la place de Batman, quitte à friser le ridicule quand on roule sur les toits, lors des phases d’infiltration ou lors de l’exploration d’intérieurs dans le véhicule. Être privé de sa voiture devient une respiration dans le jeu mais qui se résume trop souvent à aller dégager le passage pour la faire avancer ou à aller la rejoindre. C’est d’autant plus dommage que si le jeu surclasse sans contestation possible les autres épisodes sur tous les plans, ce déséquilibre l’empêche de mettre en danger la réputation de jeu parfait que peut avoir Arkham City.

Une réalisation de haut vol

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Encore une fois, regardez-moi cette ville et cette cape !

Techniquement, Batman: Arkham Knight est au dessus du lot. Dans la version PS4, la plus stable de toutes, il est tout de même possible d’être victime de freezes ou autres bizarreries qui peuvent exaspérer tout en restant extrêmement rares. Mais dans l’ensemble, il faut être très exigeant pour ne pas être envouté par la réalisation, que ce soit dans la profondeur des détails de la ville lorsqu’on est sur les toits ou par le costume de Batman lui-même, sous la pluie. La même maîtrise se retrouve dans la destruction du décor, notamment à bord de son véhicule qui ne s’embarrasse pas vraiment des obstacles. Le jeu est un plaisir visuel que l’on se plait à contempler mais moins à visiter vu qu’en dehors des sbires à affronter et des énigmes à résoudre, la ville semble tout de même un peu vide sorti des missions. La narration est le point fort du titre qui vous embarque dès les premières secondes avec une action loin d’être anodine. Tout n’est pas imprévisible mais le jeu sait balancer un crochet aux tripes quand on ne s’y attend pas. Si l’aventure se passe quasiment d’affrontements avec des boss, elle ne manque pas de moments marquants qui raviront les fans et mettront les autres à niveau sur la mythologie du héros. Le tout avec un doublage de qualité que ce soit en version originale ou en version française.

On ne cracherait pas sur un peu plus de boss et de combats avec un coéquipier.

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Les combats en duo sont un plaisir rare.

Le gameplay est également à la fête avec les phases de combats améliorées qui changent de façon heureuse cette tradition de la série. Les affrontements restent du martelage de boutons mais avec l’apparition de nouvelles classes d’ennemis, il faut devenir plus tactique dans ses choix, le tout aidé par une jouabilité plus nerveuse. Le constat est le même pour les phases Prédateurs axées sur l’infiltration qui s’enrichissent de possibilités grâce aux nouveaux gadgets et aux nouvelles fonctions des anciens, ce qui pourrait faire aimer ces séquences aux plus réfractaires avec une liberté nouvelle. En dehors des éternelles énigmes de l’Homme-Mystère, le reste du jeu est composé de combats ou d’infiltrations en mode tank avec la Batmobile et de phases de course avec cette dernière qui font plus penser à du Trackmania qu’autre chose. On ne cracherait cependant pas sur un peu plus de boss et de combats avec un coéquipier pour contrebalancer les confrontations avec les drones de la Milice au design très basique qui différencie mal les types de véhicules. Au final, la durée de vie du jeu est plus qu’honorable à l’image des autres épisodes, sans oublier le New Game Plus, similaire à celui apparu dans Arkham City, ou les défis dont les scores permettent de participer aux classements en ligne.

Une histoire de pinailleries

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« BRUCE ! BRUCE ! Est-ce que tout le monde voit bien que vous parlez avec moi, Barbara Gordon, fille du Commissaire Gordon ? »

Mais finissons sur une pointe de mauvaise foi avec des éléments de bêtise incroyables. Par exemple, Batman doit enquêter sur un tueur en série qui laisse ses victimes sans moyen de les reconnaître visuellement. Le meilleur détective du monde utilise donc ses différents scanners pour trouver des éléments susceptibles de l’aider mais qui bien souvent tournent au ridicule. Chaque détail indique le nombre de personnes correspondant au profil et le jeu aurait peut-être mieux fait de taire cette statistique, puisque non, les femmes dont une partie de l’abdomen a été arraché par une race de requins spécifique à Gotham City tout en ayant également un œil de verre ne se comptent pas par dizaines. Autre détail susceptible de gêner les joueurs tatillons, la protection du secret du héros est calamiteuse. Pour communiquer, Batman projette le visage de son interlocuteur au dessus de son avant-bras. Déjà pas très pratique mais pourquoi montrer également l’image à ceux qui se trouvent en face et qui peuvent donc en profiter pour voir les alliés à visage découvert. D’autant plus qu’il ne se cache pas vraiment lors de ces appels durant lesquels il peut arriver que ses alliés l’appellent Bruce sans être eux-mêmes à l’écart des autres.

Si cette critique évoque quelques points négatifs, il ne faut pas s’y tromper, il s’agit principalement de la déception de voir échouer un jeu aussi proche de la perfection. Il suffirait de rééquilibrer les phases de gameplay entre les anciennes et les nouvelles pour qu’Arkham Knight détrône Arkham City dans le panthéon du jeu vidéo moderne.

Jeu et images fournis par l’éditeur.